Droit à la terre pour les indiens ; préférence raciale dans les universités ; travail esclave légitimé ? Fin des privilèges syndicaux ?

Les indiens Pataxós Hã-Hã-Hãe viennent de remporter une victoire au Tribunal Suprême Fédéral : les droits de propriétés des occupants non indiens des terres situées à l’intérieur de leur réserve Caramuru-Catarina-Paraguasu, au sud de la Bahia, ont été abolis. Les fazenderos installés sur les lieux vont devoir partir. Il a fallu 30 ans de lutte (l’origine du conflit remonte aux années 1980) pour arracher cette décision. Les sages du Tribunal Suprême ont finalement admis que « la terre est pour un indien plus qu’un bien matériel, qu’elle fait partie de leur âme ». 

Cette reconnaissance juridique d’une valeur culturelle d’un bien est inédite au Brésil. Elle risque de déclencher une cascade d’autres revendications indigènes du même type. Déjà dans le Mato Grosso do Sul, plusieurs fazendas situées à l’intérieur d’une réserve indigène viennent d’être occupée par des tribus indiennes qui les considèrent comme siennes.

La multiplication de ces conflits s’explique aussi par un retour général à la terre des peuples indigènes. Selon le recensement général de 2010, les deux tiers d’entre eux vivent désormais en zone rurale, contre 52% seulement en 2000. La population indienne vivant en ville a diminué de 17%. « L’immigration de retour », liée à la croissance économique et au développement des régions de l’intérieur du Brésil  est un des facteurs qui explique ce phénomène, mais le réveil de la conscience indigène compte aussi pour beaucoup dans ce retour sur les terres de leurs ancêtres.

Préférence raciale dans les universités

La préférence raciale pour l’entrée à l’Université est désormais légale au Brésil. Le Tribunal Fédéral Suprême vient de le décider, suite à une plainte déposée contre l’Université de Brasilia, accusée de violer la Constitution parce qu’elle pratique une telle politique de préférence raciale.  Les juges suprêmes ont prononcé ce verdict à l’unanimité,  sanctionnant le fait qu’il existe bel et bien une forme de discrimination raciale à l’égard des noirs au Brésil, et que « l’égalité ne se construit pas par inertie, mais par le biais de l’action ».

Cette vision des choses n’est pas partagée par tous dans le monde académique. Yvonne Maggie, par exemple, chercheuse en anthropologie à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro s’y oppose farouchement : « je vais respecter la décision du STF, mais je crois qu’elle inaugure une règle d’Etat qui divise les citoyens selon leur race. Cela est contraire à la Constitution qui prône l’égalité entre tous, une des plus grande conquête de l’humanité dans le domaine des droits de l’homme ».

D’autres voix demandent que cette préférence soit étendue aux couches défavorisées de la population et qu’on réserve aussi des places à l’université pour les pauvres quelque soit leur race. Les quotas pour les noirs dans les Hautes Ecoles existent depuis 2003. Ils se sont peu à peu généralisés. Actuellement, 70 des 98 universités publiques du pays les ont adoptés. Au total, 22,6% des places sont réservées aux étudiants noirs. Les noirs représentent 51% de la population totale du pays.

Travail esclave légitimé ?

Le gouvernement a soumis au Parlement un projet de loi visant à durcir le combat contre le travail esclave.  Le texte propose l’expropriation pure et simple des entreprises prisent en flagrant délit. C’était sans compter avec le lobby des propriétaires terriens au Congrès, qui ont fait capoter la chose en première lecture. Fort de cette victoire, les « ruralistes » exigent maintenant une redéfinition de ce qu’est le travail esclave.

Actuellement, la loi retient quatre critères pour définir cette pratique dégradante : la coercition, la privation de liberté de circuler, un nombre d’heures de travail exhaustif et des conditions d’emploi dégradantes. Moreira Mendes, porte-parole des « ruralistes » à la Chambre Basse explique que son groupe veut supprimer de la définition du travail esclave les deux derniers critères (travail exhaustif et emploi dégradant), car « ils permettent une interprétation subjective et abusive des faits par les autorités de surveillance ».

Alors que la discussion s’éternise au Parlement, les autorités continuent à « libérer » des employés victimes de travail esclave un peu partout : 90 d’entre eux ont été découvert récemment sur un chantier de construction du programme social de construction de logements populaires « Minha Casa, Minha Vida », financé par le Gouvernement Fédéral et la banque publique Caixa Economica.

Fin des privilèges syndicaux ?

Il a fallu plusieurs semaines à la Présidente Dilma Rousseff pour qu’elle réussisse à désigner, en la personne de Brizola Neto, son nouveau Ministre du Travail. Il va remplacer Carlos Lupi, contraint à la démission pour corruption en décembre dernier. La difficulté venait du fait que la Présidente voulait nommer quelqu’un émanant du monde syndical, lequel était très divisée sur le nom à choisir. Enjeu, la défense ou la remise en cause du pactole grâce auquel les leaders syndicaux assurent l’existence de leurs institutions et la leur propre.

2,4 milliards de R$ (1,13 milliards de CHF /950 millions d’€) par an sont en effet prélevé par l’Etat, sous forme de contribution obligatoire des entreprises, et redistribuée aux syndicats qui en ont ensuite le contrôle exclusif. Les patrons qui payent et les salariés qui cotisent n’ont pas leur mot à dire ! Cette curieuse mesure est inscrite dans la Constitution de 1988. Il faudrait l’accord de 2/3 des Chambres pour l’abolir. C’est une majorité impossible à atteindre sur ce sujet.

Cette directive avait été adoptée au lendemain de la dictature militaire, pour garantir une liberté d’existence, alors encore balbutiante, aux syndicats. Son effet pervers a été leur pulvérisation. Le Ministère du Travail légalise chaque année 1’200 nouvelles entités syndicales qui toutes réclament leur part du gâteau. Les syndicats sont aujourd’hui 20’000 au Brésil, pour 41 millions de travailleurs qui contribuent à l’impôt syndical.

Le jeune Ministre Brizola Neto, petit-fils de Leonel Brizola, une des grandes figures de la résistance contre le régime militaire, veut lui, limiter le nombre de syndicats et abolir l’obligation de la cotisation. L’idée plaît à la Présidente, mais, on s’en doute, à aucune des centrales syndicales du pays, qui pourtant appuient la majorité gouvernementale en place. La croisade du nouveau Ministre du Travail sera longue et ardue.

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