Nouveau code forestier, voté mais pas encore sur les rails; révision du programme nucléaire ; l’électricité de Belo Monte ; sauvez le dauphin franciscain!

La Chambre des Députés a infligé un camouflet au Gouvernement en votant le texte du nouveau code forestier dans une version en contradiction avec celle qui avait été adoptée au Sénat l’an dernier. La nouvelle formulation représente une victoire pour les « ruralistes ». Elle supprime notamment l’obligation de reboiser ce qui été défriché au bord des rivières de plus de 15 mètres de large. Une disposition considérée comme une amnistie de fait au déboisement illégal. 

La Présidente Dilma Rousseff a déjà fait savoir qu’elle mettrait son veto à cet article 62 et qu’elle publierait dans la foulée une mesure provisoire pour combler le vide juridique. Ce faisant, elle honorera un engagement pris durant sa campagne électorale de faire avancer la cause de la protection des forêts. On suppute qu’elle rendra public sa décision à l’occasion de la Conférence environnementale Rio+20, afin de gommer l’effet négatif de ce vote pour l’opinion publique internationale.

La Présidente est maintenant mise sous pression par les écologistes afin qu’elle oppose son veto à d’autres dispositions de la loi : les défenseurs de l’environnement n’acceptent pas que les zones de mangroves ne soient plus considérées comme réserves à protéger, ni l’autorisation donnée d’implanter des « activités d’agriculture et d’élevage sur les sommet des montages ». Selon eux, cela ouvre la voie à la généralisation de l’élevage sur les crêtes des monts et des collines, un facteur d’accélération de l’érosion.

Mis bout à bout, toutes ces demandes ressemblent fort à une remise sur le métier complète du nouveau code forestier, ce qui permettrait de reprendre la discussion sur d’autres bases, ce que souhaitent les écologistes.

Révision du programme nucléaire

Le Brésil n’a pas été aussi loquace que les pays européens sur l’avenir de sa politique nucléaire au lendemain de la catastrophe de Fukushima. Il est vrai que pour le moment seules 2 tranches d’une centrale nucléaire fonctionne dans le pays, Angra 1 et Angra 2, à Angra dos Reis, dans l’Etat de Rio de Janeiro. Une 3ème tranche, Angra 3, est en construction.

Ce sera la dernière, promettent maintenant les autorités. Après cela, le Brésil renoncera à développer la filière nucléaire et tablera sur sa matrice énergétique hydraulique. La décision divise déjà les écologistes : d’un côté ils applaudissent l’abandon des usines atomiques, de l’autre, ils s’inquiètent du fait que d’ici 2021, l’énergie nucléaire devrait être remplacée par des sources hydro-électriques. Donc des barrages à grande capacité. La majorité des projets envisagés dans ce domaine, une vingtaine en tout sont concentrés sur les rivières d’Amazonie.

L’électricité de Belo Monte 

C’est la confirmation de ce qu’on savait déjà, 70% des 11’000 mégawatts que va produire l’usine hydro-électrique de Belo Monte, en construction sur le Rio Xingu, ne desservira pas l’Amazonie. Mauricio Tolmasquim, Président de l’Entreprise de Recherches Energétiques (EPE) vient en effet de dévoiler les plans de construction de deux lignes électriques à très haute tension de respectivement 2’575 km et 2’050  km, qui transportera 70% de l’électricité produite à Belo Monte jusque dans les Etats de Minas Gerais et de Rio de Janeiro. La construction de ces deux lignes en courant continu de 800kV (kilovolts) reviendra à 8 milliards de R$ (3,8 milliards de CHF /3,1 milliards d’€).

Mauricio Tolmasquim défendra son projet au forum sur l’économie verte de Rio +20, en argumentant que le Brésil ne doit pas remettre en cause la construction d’usines hydro-électriques nécessaires à la poursuite de son développement, « car cela permet au pays d’émettre 100 fois moins de gaz à effet de serre que la Chine ».

A Rio de Janeiro, le Président de l’Entreprise de Recherches Energétiques a peut-être aussi rendez-vous avec la contestation. Un grand rassemblement des peuples indigènes  viendra lui donner la réplique, dans l’espace consacré au « Sommet des Peuples, sur les conséquences sociales des changements climatiques », installé dans le parc de Flamengo au centre ville. La construction des grands barrages en Amazonie sera au centre des débats.

Sauvez le dauphin franciscain

C’est un dauphin discret, plutôt petit, qui aime vivre dans les eaux tranquilles et déteste l’agitation. C’est pourquoi on ne le croise pas facilement le long des côtes brésiliennes. Le dauphin franciscain ou dauphin de la Plata, appelé « toninha » en portugais, est en fait membre de la famille des dauphins de rivière, au même titre que le dauphin rose de l’Amazone. Mais il est le seul à vivre dans des estuaires aux eaux salées plutôt que d’habiter les eaux douces des fleuves.

L’espèce est aujourd’hui menacée par l’activité humaine et notamment le trafic maritime le long des côtes, qui perturbe gravement son équilibre quotidien. Une importante colonie a trouvé refuge dans une baie tranquille de l’Etat de Santa Catarina, la baie de Babitonga où une équipe de chercheurs scrute ses habitudes au moyen d’une surveillance par satellite. Le relatif isolement de l’endroit permet en effet d’étudier les spécificités génétiques de cette espèce, afin de contribuer à sa préservation.

Cet ultime refuge est aujourd’hui en danger, un projet de port commercial à l’intérieur de la baie de Babitonga est à l’étude. A l’occasion de Rio +20 et en collaboration avec le WWF brésilien, une campagne a été lancée pour sauver les « toninhas » de la baie de Babitonga et récolter des fonds pour renforcer l’équipe de recherche qui les étudie sur place. (www.querovertoninha.com.br)

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