Baisse du réal et chute des taux d’intérêt ; un Brésil plein de gaz ; La LATAM est née ; marée rouge dans les ports

Retournement de situation: après avoir touché le plancher en début d’année, le dollar américain atteint des sommets face à la monnaie brésilienne, 2 R$ pour 1 US$. Et les banques baissent leur taux d’intérêt, sur l’injonction de Dilma Rousseff qui a déclenché ce mouvement, annonçant dans son allocution du 1°mai (une des rares occasions où la Présidente adresse un discours à la Nation), qu’elle voulait un Brésil dont les taux soient compatible avec le marché international. Ordre a été donné à la Banque du Brésil et à la Caixa Economica, deux institutions financières publiques de s’exécuter et de baisser le coût des crédits aux consommateurs. Ce coup de pied dans la fourmilière a pour but de relancer la consommation intérieure qui s’essouffle, pour assurer l’objectif de croissance du PIB 2012, fixé aux environs de 4%. 

Les banques privées ont été contraintes de faire le ménage et de baisser leur spread. Le spread, c’est la différence entre ce que coûte l’argent emprunté par un établissement financier et celui qu’il fait payer à ses clients lorsqu’il octroie un crédit. Au Brésil,  le spread se situe autour de 30 points. Les consommateurs ont payé 194 milliards de R$ d’intérêt en 2011, soit 3’600R$ par personne en moyenne (1’700 CHF / 1’400 €). C’est trop estiment les autorités.

Les banques justifient ce tarif en expliquant que l’Etat ponctionne une bonne partie du spread sous forme de garanties pour assurer la stabilité du système bancaire. L’explication ne convainc pas la revue américaine « The Economist » : 30 points de spread, c’est abusif, le spread moyen en Amérique latine est de 5 points et dans les pays les plus avancés il est même inférieur.

Avant même de réussir à stimuler la consommation, cette baisse des taux s’est traduit par une baisse une R$ face au dollar.  Cela va certes favoriser les exportations, mais à contrario, la dette extérieure des entreprises brésiliennes, qui est en calculée en dollar, a augmenté d’environ 18 milliards de R$ (8,5 milliards de CHF /7,1 milliards d’€) en moins d’une semaine ! A quoi s’est ajouté un exode massif des capitaux spéculatifs.

Selon l’indice MSCI de la banque Morgan Stanley, les investisseurs ont retiré 869 millions de US$ des fonds d’actions du pays depuis le début de l’année, ramenant le niveau des investissements étrangers en bourse à ce qu’il était en 2006. Les autorités et surtout les industriels s’inquiètent maintenant du comportement en dents de scie du change. En janvier, le dollar américain coûtait moins de 1,70 R$, aujourd’hui il est à 2 R$, cela rend difficile la planification des activités sur le moyen et long terme.

Un Brésil plein de gaz 

C’est la nouvelle frontière énergétique du pays. Le Brésil renferme de gigantesques réserves de gaz dont 96% ne sont pas exploitées. Jusqu’à présent en effet, seul le gaz associé au pétrole off shore était extrait. Le gaz terrestre n’a jamais été considéré comme un potentiel intéressant. Or des études géologiques menées par l’ANP, l’Agence Nationale du Pétrole, ont révélé que la production brésilienne pouvait augmenter de 360% dans ce domaine d’ici 2025 et que le pays pourrait être autosuffisant d’ici 5 ans.

La production de ce gaz terrestre deviendrait rentable grâce aux nouvelles technologies mises au point ces dernières années, qui ont largement fait baisser les coûts d’exploitation. Ce serait aussi une énergie moins polluante que le pétrole et le charbon, une « énergie de transition vers une matrice complètement propre d’ici 2050 » affirme Ricardo Baltelo coordinateur de la Campagne pour les énergies renouvelables de Greenpeace, qui soutient l’idée.

Reste un détail, qui a son importance ! La plupart des réserves de gaz brésilien sont concentrées dans des couches de roches feuilletées. C’est l’équivalent du gaz de schiste dont l’extraction fait polémique, notamment aux Etats-Unis car il contamine les nappes phréatiques. En Europe, la France a même renoncé à exploiter ce gaz de schiste sur son territoire à cause des risques que cela comportait…

La LATAM est née 

Presque deux ans après l’annonce du projet de fusion entre la compagnie aérienne brésilienne TAM et la chilienne LAM, la LATAM voit le jour. C’est la plus grande compagnie aérienne d’Amérique latine et une des plus importante du monde. Les actionnaires ont un mois pour échanger les titres TAM contre des titres LAN, au cours de 1 « TAM » pour 0,9 « LAN », qui deviendra ensuite une action « LATAM ». Personne ne conteste l’intérêt économique de l’opération, les synergies prévues doivent entraîner 700 millions de US$ d’économie par an pour les 2 compagnies. Les coûts opérationnels de la LAN chilienne sont exemplairement bas, ce qui devrait aider la TAM, dont les dépenses d’exploitation sont nettement plus élevées, à améliorer sa rentabilité, même si les deux compagnies vont continuer à voler sous leurs bannières respectives.

Les analystes financiers eux, ne débordent pas d’enthousiasme : « le secteur aérien dans son ensemble n’est pas un investissement très rentable, explique-t-on au cabinet XP Investissement de São Paulo. A cause de la volatilité des prix du carburant et de la guerre des tarifs, les marges sont faibles ». Pour exemple, au premier semestre 2012, le bénéfice de la TAM a reculé de 20,5% en comparaison avec les chiffres du 1er semestre 2011.

La TAM dessert 49 destinations au Brésil et 19 dans le reste du monde, surtout en Amérique latine et aux Etats-Unis avec une flotte de 156 avions. Elle emploie 29’768 salariés. La LAN possède 150 appareils dont 14 avions cargo et vole vers une centaine de destinations dans le monde entier. Ses employés sont au nombre de 21’838.

Marée rouge dans les ports

4 mois pour se faire livrer une commande postale depuis l’étranger ! La grogne monte chez les usagers, qui lancent une pétition contre « l’inefficacité de la Recette Fédérale du Brésil ». Déjà plus de 700 signatures ont été récoltées. A l’origine de ces retards, l’opération « Marée rouge » dans les ports et les aéroports pour lutter contre la contrebande. Les fonctionnaires des douanes ont décidé de renforcer les contrôles, du coup les embouteillages de colis et de bagages se multiplient.

Il n’y a pas que des consommateurs frustrés qui protestent, les entreprises aussi, pour qui le retard des commandes désorganise toute la production. L’an dernier, c’est plus de 4,78 millions d’envois de marchandise qui ont été faits depuis l’étranger vers le Brésil par voie postale. La majorité concerne des achats par internet. Commandé sur la toile, les produits coûtent en moyenne 60% moins cher qu’en magasin, à condition de ne pas devoir payer les droits de douane. En est exempté chaque achat effectué pour son usage personnel dont la valeur est inférieure à 50 US$. On imagine le festival de trucs et de combines pour bénéficier de cette faveur, et on comprend pourquoi autant de paquets postaux transitent par la Recette Fédérale.

« Marée rouge » a débuté le 19 mars et les contrôles vont se poursuivre indéfiniment. Les livraisons vont donc continuer à prendre du retard. Suffisamment peut-être pour décourager les acheteurs et les ramener vers les étals du pays. On murmure en tout cas que ce serait le « vrai objectif » de l’opération. Une forme de protectionnisme déguisé qui ne dit pas son nom…

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