La décroissance industrielle brésilienne de ce début d’année donne le vertige : recul de 3,4% en janvier et février, le plus mauvais résultat depuis septembre 2009. Pris à la gorge, le gouvernement réagit. Il va injecter 60 milliards de R$ (30 milliards de CHF / 25 milliards d’€) pour relancer le secteur manufacturier. Une bouffée d’oxygène bienvenue estime la plupart des économistes, mais qui ne résout pas la question de la compétitivité à long terme. Car la crise de l’industrie brésilienne est structurelle et requiert des réformes de fond que les autorités rechignent à entreprendre.

Depuis le début 2003, 3 politiques d’encouragement industriel ont été lancées, les deux premières par les équipes économiques des gouvernements Lula, la dernière, l’an passé, par la Présidente Dilma Rousseff, le « Plano Brasil Maior ». 20 milliards de R$ d’aide publique aux entreprises ont été libérés en 2011 pour stimuler l’emploi. 60 milliards vont encore leur être destinée cette année, dans le cadre de la seconde phase du « Plano Brasil Maior ».

Allégement des charges, prêts à taux plus favorables, protection contre la concurrence

La contribution patronale à la prévoyance, actuellement de 20% sur la totalité de la masse salariale, sera réduite et remplacée par un impôt de 1% sur le chiffre d’affaire. Economie attendue pour les entreprises : 12,5 milliards de R$ (6,25 milliards de CHF / 5,4 milliards d’€), que l’Etat compensera par l’impôt pour ne pas déséquilibrer les comptes de la Sécurité Sociale.

Une autre partie des subsides ira à la Banques Nationale de Développement Economique et Social, la BNDES, afin qu’elle prête de l’argent à taux préférentiel aux entreprises qui en ont besoin. Enfin, les barrières de protection contre l’invasion des produits manufacturés étrangers, chinois notamment, vont être renforcées par une élévation des taxes à l’importation.

Puits sans fond

Les associations patronales comme les analystes économiques accueillent favorablement ces mesures, indispensables pour freiner la dégradation de la situation à court terme, mais tous considèrent qu’elles n’auront qu’un effet palliatif. Tant que les conditions cadres de la production industrielle ne seront pas réformées, la dégringolade du secteur productif se poursuivra.

Paulo Skaf, Président de la FIESP, la Fédération des Industries de São Paulo prévoit déjà que si le gouvernement continue à promouvoir des « réformettes » au lieu de questionner sa politique fiscale, « le Plan Brasil Maior est voué à l’échec, comme les précédents ».

Désindustrialisation irréversible ?

Plus pessimiste encore que le Président de la FIESP, Julio Gomes de Almeida, ancien Secrétaire à la Politique Economique du Ministère de l’Economie juge que ce second volet du Plan Brasil Maior « ne permettra pas de renverser le scénario actuel de perte de participation de l’industrie dans la formation du PIB brésilien ».

Julio Gomes de Almeida est aujourd’hui chercheur à l’Institut d’Etudes pour le Développement Industriel (Iedi). Il mène une réflexion approfondie sur les causes de la désindustrialisation dont il a condensé l’essentiel dans une chronique parue au début du mois d’avril dans plusieurs grands quotidiens. Voici l’essentiel de son analyse :

La crise de l’industrie et la politique du gouvernement

L’impasse dans laquelle s’est fourvoyée l’industrie brésilienne procède de plusieurs facteurs. Il y a une crise proprement industrielle parce que le secteur connaît une faible croissance de sa productivité, et sans productivité, il n’y a pas moyen de résister à la concurrence extérieure. Mais c’est aussi une crise du pays tout entier, qui est devenu cher avant de devenir riche.

Le Brésil accumule les records dans le domaine du poids des impôts, des coûts logistiques et énergétiques, mais aussi de la cherté du capital pour les entreprises qui n’ont pas accès à la BNDES. Le taux de change, qui devrait neutraliser ces désavantages, aggrave au contraire le déséquilibre de compétition que connaît la production nationale. Et cette impasse industrielle est encore pénalisée par la crise mondiale qui réduit les marchés de consommation tout autour du monde. Dans ce contexte, les grands producteurs de biens manufacturés à bas coûts tels la Chine, occupent donc tout l’espace disponible.

Des réformes immédiates pour un effet à long terme

Ce cadre général ne va pas changer à cour terme. Rompre avec la faible productivité interne et son coût élevé exige des réformes qui mettront du temps à faire effet et les taux de change vont continuer encore longtemps à être défavorables pour le réal brésilien. La crise de l’industrie brésilienne va donc se prolonger pour quelques années encore.

C’est une crise grave, qui exige des mesures immédiates, comme celles qui viennent d’être  prises par le gouvernement et qui sont les bienvenues à court terme. Mais il faut aussi lancer des actions en profondeur pour renverser le cours des variables qui déterminent le prolongement de cette crise. Lutter contre la concurrence déloyale seulement par des mesures de type protectionniste est voué à l’échec étant donné le degré de dépendance de la production domestique à l’égard des intrants et des biens de capitaux qu’il faut aller chercher à l’extérieur.

Réduire le « coût Brésil »

L’allégement des charges sociales et le crédit à taux préférentiels sont les bienvenus, mais ils surchargent le Trésor Public, pénalisant ainsi toute initiative de réforme fiscale et de baisse des impôts. Il faut donc accompagner ces mesures d’une politique de crédit et d’investissements privilégiant impérativement l’activité productive au détriment des applications boursières.

Mais surtout, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : sans programme de réduction du « coût Brésil » et sans une politique d’incitation à l’innovation pour augmenter la productivité, il n’y aura pas de sortie de crise. Reste le facteur change. Il faut aussi une plus grande stabilité des monnaies. Mais là, le Brésil n’a pas la maîtrise du dossier. ! Cependant, ne menât une bonne politique industrielle, il peu contribuer à cette stabilisation en rendant le réal spéculatif moins attractif ».

Julio Gomes de Almeida

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