Réforme des retraites ; garantie pour les femmes ; louanges aux UPP mais milices non pacifiées ; réouverture du dossier des disparus

Le Congrès a enfin donné son aval à la réforme du système de retraite de la fonction publique, désormais calqué sur celui en vigueur dans le secteur privé. Le gouvernement va garantir aux fonctionnaires une retraite maximum équivalente au plafond de la sécurité sociale soit 3’916  R$ (2’000 CHF / 1’750 €). Au-delà, celui qui veut  recevoir une retraite complémentaire va devoir s’assurer personnellement. Jusqu’à présent, les fonctionnaires retraités touchaient l’équivalent de la totalité de leur salaire.

Cette réforme met fin à une aberration. Lorsque le régime spécial des retraites pour les employés d’Etat avait été établi, les salaires de la fonction publique étaient si bas que le gouvernement les avait assorti d’une garantie de revenu de 100% au moment de la retraite pour les rendre plus attractifs. C’était devenu une absurdité depuis que la rémunération des fonctionnaires a été revalorisée, il y a une dizaine d’année. Aujourd’hui, à poste équivalent, les fonctionnaires touchent plus que les employés du privé et jouissent d’une retraite plus élevée.

Un passe droit qui n’a plus sa raison d’être, d’autant que ce régime privilégié des retraites grève lourdement les finances publiques : 80 milliards de R$ par an (41,6 milliards de CHF / 35,5 milliards d’€), couverts pour 25 milliards seulement par les cotisations sociales. Le reste, soit 70%, émarge au budget financé par les impôts.

Garantie pour les femmes par les femmes

La Présidente Dilma Rousseff l’a annoncé à l’occasion de la Journée Internationale des Femmes du 8 mars. Elle va modifier le règlement du programme d’accès social au logement, « Minha Vida – Minha Casa » de telle sorte que le titre de propriété de l’habitation subventionnée soit octroyé à la femme et non à l’homme, afin de la protéger, elle et ses enfants, cas de divorce ou de séparation.

Le programme « Minha Casa Minha Vida », lancé en 2009 par le Président Lula, vise à construire 1 million de logements populaires pour les plus pauvres, afin de réduire de 14% le déficit du pays en matière d’habitation.

Louanges aux UPP mais milices non pacifiées

L’Organe International de Contrôle des Stupéfiants de l’ONU ne tarit pas d’éloges sur la politique de pacification des favelas de Rio de Janeiro et ses résultats concernant la lutte contre le trafic de drogue. C’est particulièrement « l’engagement d’une police communautaire qui travaille à établir des relations de paix aves les habitants et leurs associations locales » qui retient l’attention de l’OICS.

Des louanges que la réalité du terrain oblige à nuancer: certes, une vingtaine de favelas ne sont plus sous la domination des trafiquants, mais celles qui sont contrôlées par des milices n’ont pas encore été occupées par les Unités de Police de Pacification. A l’exception de l’une d’entre elle, la favela de Batam dans la Zone Ouest.

Le Secrétaire à la Sécurité de l’Etat de Rio José Mariano Beltrame admet qu’il s’agit là d’un défi, car ces milices, formées de policiers en activités ou à la retraite, de gardiens de prisons, de pompiers et d’agents de sécurités privés bénéficient de relais politiques importants. Certains dirigeants de ces milices pourraient même se faire élire lors des élections municipales d’octobre prochain. « Quoiqu’on en dise, les milices, ce n’est pas la police, précise José Mariano Beltrame, même si elles sont en partie formées de policiers. Un jour, elles perdront leur domination territoriale, comme les trafiquants aujourd’hui. C’est une question de temps car c’est une lutte de longue haleine ».

Autre souci pour le Secrétaire à la Sécurité de l’Etat de Rio, le déplacement de plus en plus visible des chefs du trafic expulsés des favelas pacifiées de la ville de Rio de Janeiro vers les agglomérations voisines qui ne bénéficient pas d’Unités de Police de Pacification. Ainsi Niteroi, de l’autre côté de la baie de Guanabara, a vu la violence exploser ces dernières semaines. Parmi les délinquants identifiés, plusieurs étaient d’anciens caïds des favelas de Rio. Les effectifs de la police locale ont été renforcés.

Réouverture du dossier des disparus

Avec la mise en place de la « Commission de la Vérité », chargée de faire la lumière sur les violations des droits de l’homme durant le régime militaire, certains procureurs de justice tentent de relancer les enquêtes concernant les victimes de la torture ou les disparus, des dossiers considérées comme éteints suite à l’amnistie de 1979.

L’existence de la « Commission de la Vérité », ne peut pas remettre en cause cette amnistie, mais les juristes argumentent que dans les cas de disparition notamment, l’affaire ne peut être close en droit que lorsque le corps a été retrouvé ou localisé. Ce n’est pas le cas pour au moins 4 des 39 personnes disparues à Rio de Janeiro pendant la dictature. Le procureur de la justice militaire Otávio Bravo demande donc la réouverture de l’instruction pour ces 4 cas.

Un certain nombre d’officiers de réserve ont signé un manifeste pour s’opposer à la réouverture de ces cas dans le cadre de la « Commission de la Vérité », une démarche que le Ministre de la Défense Celso Amorim considère comme un acte d’indiscipline. Il demande aux chefs des armées de prendre des sanctions contre les signataires.

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