Vale dans la tourmente ; le héros de la forêt ; des indiens réclament leur or ; Avatar sur le Rio Tapajos ; Brésil n°1 de l’exportation des transgéniques ; Comment rendre l’éthanol brésilien plus compétitif ? 

Vale est la première entreprise brésilienne à recevoir le peu glorieux trophée de pire entreprise du monde, décerné à Davos par le « Public Eye People’s », regroupant Greenpeace et la Déclaration de Berne.

L’indication de Vale à cet « Oscar de la honte » se justifierait par « 70 ans d’histoire émaillée de violations répétées des droits de l’homme, de pillage du patrimoine public et d’exploitation cruelle de la nature ». C’est notamment la prise de participation de Vale dans le consortium de construction du barrage de Belo Monte en Amazonie en 2011 qui a poussé « Public Eye People’s » à lui décerner ce titre.

Vale n’a pas réagi à l’information, se contentant d’indiquer qu’elle publie annuellement un rapport environnemental et qu’elle prévoit d’investir en 2012 1,6 milliards de US$ dans des programmes de protection de l’environnement et de promotion sociale, 400 millions de plus que l’année précédente.

Au même moment, l’entreprise brésilienne ferme pour une durée indéterminée sa mine souterraine de Sudbury dans l’Ontario (Canada), suite à un accident qui a coûté la vie à un mineur. C’est le 4ème accident en 7 mois et les autorités canadiennes ont décidé d’ouvrir une enquête sur les conditions de travail et de sécurité dans cette mine.

Le héros de la forêt

Autre prix décerné, cette fois pour services rendus à l’environnement, Paulo Adario, responsable de Greenpeace Brésil a reçu le prix de « héros de la forêt » d’Amérique latine et des Caraïbes qui lui sera remis à New York par l’ONU. Paulo Adario et le bureau brésilien de Greenpeace se sont distingués par une campagne de défense du « mogno »,  une espèce rare surnommée l’or vert de l’Amazonie, très prisée par les scieries clandestines et par les dénonciations publiques des menaces faites aux militants syndicalistes paysans qui luttent contre le déboisement clandestin.

Des indiens réclament leur or 

Les Indiens « Cintas Largas », appelés ainsi parce qu’ils se parent d’une large ceinture faite de l’écorce d’un arbre particulier, le tauari, n’ont pas bonne réputation. Ils ont déjà été accusés de pratiquer la contrebande des diamants et il y a 8 ans, ils ont massacré 29 chercheurs d’or qui avaient envahi leur réserve, à la frontière du Rondonia et du Mato Grosso. Ils viennent d’entrer une nouvelle fois en conflit avec les autorités brésiliennes en créant en décembre une coopérative pour exploiter eux-mêmes la réserve de diamants, or et manganèse de Roosevelt, située à l’intérieur de leur territoire.

Le Département National de Production Minérale du Ministère des Mines et de l’Energie leur a refusé l’autorisation, alléguant que la Constitution interdit l’extraction minière dans les réserves indigènes. Les « Cintas Largas » n’acceptent pas la sentence. Dans un  premier temps, ils iront au Congrès pour négocier une dérogation et si ça ne marche pas, ils promettent de reprendre le sentier de la guerre.

« Avatar » sur le Rio Tapajos 

L’idée procède un peu de l’œuf de Colon. Il fallait juste y penser, mais dès qu’elle est formulée, elle semble évidente. Puisqu’il faut construire des usines hydro-électriques en Amazonie pour répondre à la demande énergétique croissante du pays,  mais que ces ouvrages se heurtent à de fortes résistances liées à l’ouverture de routes pour les chantiers au déboisement et au peuplement sauvage des environs, pourquoi ne pas édifier ces complexes sur le modèle du fonctionnement des plateformes pétrolières off shore, en amenant les ouvriers de la construction par hélicoptère, dans des zones qui vont rester inaccessibles autrement et en les retirant ensuite de la même manière ?

Le matériel nécessaire à l’édification des centrales hydro-électriques prendrait lui aussi  le chemin des airs, une opération pas nécessairement plus coûteuse que d’ouvrir des routes d’accès, et serait entreposé sur des « chantiers provisoires » spécialement défrichés pour cela et reboisés tout de suite après la fin des travaux. La main d’œuvre, acheminée de la même manière, serait composée d’équipes tournantes qui resteraient quelques semaines sur place avant d’être remplacée par d’autres. A la fin du chantier, les logements provisoires seraient démontés pour éviter que d’autres viennent s’y installer sauvagement.

Construit ainsi, chaque barrage, avec son lac de retenue, n’occuperait qu’une petite surface. Quant au personnel chargé ensuite d’assurer la maintenance, il travaillerait sur le même modèle que celui des employés des plateformes pétrolières de haute mer, passant une période déterminée sur le site en continu, avant de retourner chez lui pour une période de repos. Tous ces déplacements par hélicoptère bien entendu.

Cela semble une fiction digne du film « Avatar », mais c’est un projet très sérieux du Ministère des Mines et de l’Energie qui prévoit de réaliser de cette manière 5 usines hydro-électriques le long du fleuve Tapajos. Elles devront fournir 10’600 MW en occupant moins de 2’000km2  de forêt amazonienne. Le reste de la zone d’implantation, 200’000km2 serait entièrement classée réserve forestière de protection permanente. En procédant de la sorte pour le « Projet Tapajos », les autorités espèrent éviter les polémiques qui entachent la construction du barrage de Belo Monte dans l’Etat du Pará.

Les 5 usines en projet sont : Cachoeira dos Patos 528 MW, Jamanxim, 881 MW et Cachoeira do Caí sur le Rio Xamantim, un affluent du Tapajós, Jatobá, 2’338 MW et São Luiz do Tapajós, 6’133 MW, sur le Rio Tapajós lui-même. Aucun de ces 5 endroits n’est actuellement accessible.

Le Brésil, n°1 de l’exportation des transgéniques 

En 10 ans, les choses se sont totalement inversées… Jusqu’en 2002, le Brésil interdisait la culture des transgéniques sur son territoire, il était alors le premier et le seul exportateur mondial de soja non modifié génétiquement. Depuis, l’interdiction a été levée, d’abord à titre expérimentale puis, presque totalement même si la loi devant régler définitivement la question patine encore aux Chambres. Le Brésil est désormais devenu un très grand cultivateur de plantes transgéniques.

Pour la 3ème année consécutive, il est champion de la croissance mondiale des produits agricoles transgéniques relève l’ISAAA, l’organisme mondial de promotion des cultures transgéniques, augmentant de 20% sa surface plantée avec ce type de semences entre 2010 et 2011.  Le Brésil est désormais n°2 mondial et cultive 30 millions d’hectares en soja, maïs et coton transgénique, encore loin derrière les Etats-Unis cependant, qui dominent avec 60 millions d’hectares où poussent de nombreuses variétés modifiées génétiquement : soja, maïs, coton, tournesol, courge, papaye, luzerne et betterave.

Les autres grands cultivateurs de denrées transgéniques sont l’Argentine, l’Inde, le Canada et la Chine.

Comment rendre l’éthanol brésilien plus compétitif ? 

Le marché de l’éthanol se résume pratiquement, à l’heure actuelle, à deux producteurs et deux consommateurs qui sont les mêmes : les Etats-Unis et le Brésil. Avec un avantage compétitif à la production pour le Brésil : il distille son biocarburant à base de canne à sucre plus écologiquement que l’alcool américain extrait du maïs, et surtout il produit moins cher : 137 US$ la tonne contre 235 US$ la tonne aux Etats-Unis. Mais au bout de la chaine, l’éthanol brésilien coûte plus cher que l’éthanol américain ! Pourquoi ?

A cause des coûts d’acheminement explique Marcio d’Agosto, chercheur à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, qui vient d’achever en collaboration avec Ilton Curty, une étude de la question. « Aux Etats-Unis, 60% de l’éthanol produit voyage par chemin de fer, 30% est consommé sur place et 10% seulement est transporté par camion. Au Brésil, 96% de l’éthanol produit est acheminé par la route, qui est le moyen de transport le plus cher et celui qui occasionne le plus de perte, à cause des accidents».

São Paulo enregistre en effet annuellement 135 accidents concernant des transports de liquides inflammables, et les deux chercheurs ont calculé que l’utilisation au Brésil d’autres moyens de transport pour acheminer l’éthanol réduirait son coût final de presque 40% ! Sauf qu’il faudrait pour cela reconstruire massivement le réseau ferré brésilien, pratiquement démantelé après la seconde guerre mondiale. Ce n’est pas encore une des priorités principales du gouvernement.

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