Des immeubles qui s’écroulent ; surprises dans les tréfonds du Maracanã ; bras de fer politico-policier dans la Bahia ; Dilma Rousseff en Haïti ; Eloge d’une photographe suisso-brésilienne à Paris

21 morts dans l’écroulement d’un immeuble de bureaux au centre de Rio de Janeiro le 25 janvier, la chute d’un immeuble de 20 étages, en entraîne deux autres, 2 morts après l’effondrement partiel d’un bâtiment de 13 étages au centre de São Paulo le 7 février, et dans les deux cas, vraisemblablement les mêmes causes, des travaux de transformation qui ont ébranlé la structure portante des constructions.

A Rio de Janeiro, empilement excessif de matériaux de construction au 9ème étage, sur une dalle portante fragilisée par des transformations antérieures semble être à l’origine du désastre. Mais il est possible aussi que l’ébranlement des structures de l’immeuble soit plus ancienne, elle daterait de la construction du métro, dans les années 1970, qui passe sous la rue longeant le lieu de la catastrophe. L’ancien syndic du lieu affirme en tout cas que des fissures étaient apparues à l’époque, qui ont été colmatées à la hâte. A São Paulo,  ce serait des infiltrations d’eau, suite à des travaux intérieurs, qui seraient la cause du sinistre.

Ces deux accidents révèlent le manque de surveillance des chantiers menés dans les appartements ou les bureaux de constructions existantes par des ouvriers ou des entreprises peu regardantes sur les formes. Et font craindre que d’autres tragédies du même genre ne se reproduisent. Le contrôle de tels chantier est de la responsabilité du Créa, le Conseil régional d’Ingénierie et d’Agriculture, qui gère aussi le registre des professionnels de la construction, mais avoue ne pas avoir les moyens de tout surveiller.

Ce serait aux syndics des immeubles de donner l’alerte en cas de travaux, le Conseil demande que ces derniers soient responsabilisés en cas d’accident s’ils n’ont pas  averti les autorités compétentes.

Surprises dans les tréfonds du Maracanã

3’200 ouvriers travaillent à la réforme du stade mythique du Maracanã, ils seront 4’000 à partir du mois de mars, afin que l’endroit soit prêt à accueillir la Coupe de Football des Confédérations en février 2013. Les délais sont encore respectés, même si plusieurs surprises ont provoqué des retards et des augmentations imprévues des coûts. Il a d’abord fallu démolir la marquise abritant les tribunes, dont les points d’ancrage étaient affaiblis, -elle sera remplacée par une couverture rétractable en toile -, et maintenant, les ingénieurs constatent que les piliers qui supportent les tribunes ne sont pas tous de la même hauteur.

Explication : « l’héritage d’une construction édifiée à la hâte, en moins de 2 ans, pour la Coupe du Monde de 1950, explique Carlos Zaeyen, directeur des travaux. Trois entreprises différentes ont attaqué des secteurs différents, sans vraiment se coordonner et lorsqu’elles se sont rencontrées, la hauteur et le type des piliers étaient différents. On a comblé à la va-vite avec du ciment. Il nous faut maintenant tout remettre à niveau. »

La construction a été tellement rapide, à l’époque, que le chantier n’a pas été nettoyé à la fin des travaux. Les ouvriers retrouvent des monceaux de gravats enfouis à la hâte sous les tribunes au fur et à mesure que la démolition avance.

Bras de fer politico-policier dans la Bahia

(9 février) Les locaux de l’Assemblée législative de la Bahia à Salvador viennent d’être libérés par les policiers militaires de l’Etat en grève, qui les occupaient avec leurs familles depuis 9 jours. Le bâtiment était encerclé par l’armée qui avait coupé l’eau et l’électricité et interdisait le ravitaillement des mutins. Les négociations n’avancent pas et depuis le début des événements, les désordres, les vols et les agressions, se sont multipliés dans tout l’Etat de la Bahia à cause de l’absence de policiers dans la rue, faisant un total de 153 morts.

A l’instar de leurs collègues du Maranhão et du Ceará, qui ont fait grève avant eux, les policiers militaires de la Bahia réclament l’instauration d’un minimum salarial national de 3’000 R$, le PEC 300, ce que le gouvernement refuse absolument, alléguant que les salaires des policiers sont de la compétence des Etats et que les régions sont trop disparates entre elles du point de vue du coût de la vie, pour établir un tel plancher salarial national.

Au-delà de ces revendications syndicales, plusieurs faits troublants semblent indiquer que le mouvement des policiers militaires de la Bahia obéit à des motivations cachées plus troubles. Preuve en est le fait que la première de leur demande n’est pas celle d’un réajustement salarial, mais d’une garantie d’amnistie pour les mutins et les grévistes. La Constitution de 1988 interdit en effet aux soldats, aux policiers et pompiers militaires de faire grève. Mais ces deux dernières catégories affirment exécuter des tâches administratives publiques qui devraient les assimiler aux fonctionnaires civils, qui eux,  ont le droit de faire grève.

Par ailleurs, plusieurs indices sembleraient montrer que les policiers militaires grévistes soient eux-mêmes à l’origine d’une partie des violences ayant ravagées l’Etat de la Bahia depuis le début des événements. Enfin, une organisation nationale clandestine des policiers militaires prônerait l’extension de la grève à d’autres Etats, Rio de Janeiro et São Paulo notamment, durant le Carnaval, afin de perturber les festivités. Les autorités fédérales et le Gouverneur de la Bahia, Jacques Wagner ont opté pour la fermeté : discussions, oui, mais seulement après que les policiers aient  repris le travail, pas d’amnistie pour les meneurs qui devront répondre de leurs actes devant la justice.

Le principal responsable de l’occupation de l’Assemblée législative de la Bahia, l’ex-pompier et président du syndicat, Marco Prisco a été immédiatement arrêté lors de la sortie des 245 occupants. Quelques heures plus tard, les policiers militaires et les pompiers de Rio de Janeiro ont entamé à leur tour une grève. Mais le lendemain la grève cessait dans la Bahia et Rio de Janeiro. Le mouvement de protestation a finalement fait long feu.

Dilma Rousseff en Haïti

Dilma Rousseff s’est rendu en Haïti pour la première fois depuis son élection comme présidente du Brésil, une courte visite d’une journée, à la suite de son déplacement à Cuba. Le Brésil dirige, depuis 2004, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). C’est le pays qui a fourni le plus gros contingent à cette troupe et il est impliqué dans divers projets de reconstruction de l’île.

Au menu, visite aux Casques bleus brésiliens et rencontre en tête à tête avec le Président Martelly. Les deux chefs d’Etat ont discuté migration des haïtien vers le Brésil, énergie, éducation, et la coopération tripartite Cuba-Brésil-Haïti. Le président Martelly sollicite l’appui du Brésil notamment pour la réalisation du programme national de lutte contre la faim baptisé « Aba grangou». Dilma Rousseff a aussi affirmé sa volonté de voir rapidement réduite la présence des casques bleus de l’ONU. Une commission mixte sera mise sur pied à cet effet et les autorités locales affirment vouloir reconstituer l’armée haïtienne pour remplacer les troupes des Nations Unies.

Une visite somme toute sans grands engagements de la part du Brésil, juge le quotidien « Le Nouvelliste d’Haïti » : « Après Lula, le Brésil continue à marquer son intérêt pour Haïti, mais les relations entre Haïti et le Brésil ressemble à une de ces belles histoires d’amour platonique. Pas assez de gestes forts. Peu d’actes concrets, trop d’actes manqués tissent, de Lula à Rousseff, le tissu de nos relations avec cet ami que nous aimons tant ».

Eloge d’une photographe suisso-brésilienne à Paris

Claudia Andujar, photographe suisse installée au Brésil depuis 1955 expose à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, dans le cadre d’un accrochage de la collection Itaú de Photographie intitulée « L’Eloge du Vertige ».  88 œuvres de 42 artistes y retracent des moments importants de l’évolution du Brésil, des années 1940 à nos jours. Aux côtés des photos de Claudia Andujar, on trouve des productions de Rosângela Rennó, Vik Muniz, Mario Cravo Neto et Miguel Rio Branco. « L’Eloge du Vertige » restera à Paris jusqu’au 25 mars et sera ensuite exposée, dans une version plus ample, dans plusieurs villes du Brésil.

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