Les salariés payent plus d’impôts que les banques ; revenu sérieusement en baisse pour les trieurs d’ordure de Gramacho ; le sheriff de Rio de Janeiro ; invasion d’haïtiens.

« L’injustice fiscale brésilienne pénalise la classe moyenne  et favorise les banques » affirme le Syndicat National de la Recette Fédérale (Sindifisco) au terme d’une étude dans laquelle il relève que les salariés contribuent à l’impôt à hauteur de 9,9% et les banques seulement de 4,1%.  De septembre 2010 à août 2011, les personnes physiques ont payé 87,6 milliards d’impôts (44 milliards de CHF / 36 milliards d’€) alors que le système financier n’a versé que 36,3 milliards de R$ au fisc. 

« Ces chiffres démontrent la politique fiscale erronée du gouvernement qui taxe les salariés à la source au lieu d’imposer la richesse et le patrimoine, juge João Eloi Olenike, Présidente de l’Institut Brésilien de Planification Fiscale (IBPT). Peu de pays au monde procèdent ainsi ».

Les spécialistes en la matière sont divisés sur les raisons de ces choix. Pour Robson Maia, Professeur à l’Institut Brésilien d’Etudes Fiscales, « le Brésil doit adopter un taux équivalent à celui des autres pays pour taxer les institutions financières, sous peine de perdre des investissements ». João Eloi Olenike de l’IBPT considère lui que cette manière de taxer est liée à l’influence politique démesurées des banques. « Dans n’importe quel autre pays, le gouvernement tomberait face à la révélation d’une telle injustice. Hélas, nous n’avons pas cette vocation au Brésil, le peuple est très docile et permet aux autorités de faire ce qu’elles veulent ».

Revenu sérieusement en baisse pour les trieurs d’ordure de Gramacho

Sept mois après les garanties données par les autorités de lancer un programme de substitution de revenu pour les trieurs d’ordure de l’Aterro de Gramacho à Rio de Janeiro, qui doit fermer fin 2012, l’argent promis reste bloqué. Selon une enquête de l’Institut d’Etudes du Travail et de la Société, le IETS, 2’000 personnes tirent actuellement directement leur revenu de leurs activités sur le site de Gramacho. Un fond de substitution de 10 millions de R$ a été promis qui devait être généré par la vente du méthane produit par la décomposition des déchets, canalisé et récolté sur le site lui-même.

Mais la Présidente de l’Association des trieurs d’ordure de Jardim Gramacho, Gloria Santos, affirme que « notre revenu a chuté de 40% depuis que 3 tonnes de déchets sont maintenant quotidiennement envoyée au nouveau centre de collecte industriel de Seropédica et nous n’avons pas encore vu la couleur d’un seul centavo du fond de compensation ».

Le Secrétaire  à l’Environnement de l’Etat de Rio de Janeiro, l’ancien ministre Carlos Minc reconnaît le retard mais affirme qu’une centaine de personnes ont déjà été formé au recyclage sur le nouveau centre de tri construit pour donner du travail aux trieurs de Gramacho et que « l’argent du fond de compensation sera libéré avant la fin de l’année 2011. La Caisse Economique Fédérale avancera ces 10 millions pour combler le retard pris ».

Le shérif de Rio de Janeiro

« Improbable héros des morros », « charisme proche de zéro mais idole populaire et mascotte de couverture des magazines » « incarnation de la vertu morale », 2011 aura été « l’année José Mariano Beltrame » à Rio de Janeiro. Le Secrétaire d’Etat à la Sécurité, concepteur et réalisateur de la politique des Unités de Pacification dans les favelas de la ville est en effet loué et adulé par tant par les médias que par les autorités et l’opinion publique. Il doit son aura à la réussite d’une utopie folle, dont il est l’unique concepteur, libérer une population fatiguée de l’arbitraire du joug des riches barons de la drogue.

Dans les favelas pacifiées, il est salué comme le futur préfet ou le futur gouverneur de Rio. Une perspective qu’il abhorre. José Mariano Beltrame, militaire rigide et catholique militant déteste la politique, pour laquelle il n’a d’ailleurs pas le profil : bien trop peu flexible pour le jeu électoral. Il a par contre la persévérance nécessaire, obsessive, pour atteindre son but, pacifier d’ici 2014 40 complexes de favelas afin de rendre la liberté de circuler à 1,5 millions d’habitants de Rio de Janeiro.

Une tâche nécessaire, mais pas suffisante. « Il y a une erreur de perception dans l’opinion publique du rôle véritable des Unités de Police de Pacification, explique infatigablement le Secrétaire d’Etat à la Sécurité. Elles ne sont pas une fin en soi, mais une étape dans la transition vers un nouveau modèle de tranquillité publique. Il s’agit tout simplement de réintégrer ces zones d’habitat marginal dans la cité, en permettant à leurs résidents de recevoir de la part de l’Etat les prestations essentielles que sont la santé, l’éducation, l’assainissement des eaux usées, la collecte des ordures et l’éclairage des rues ».

« La pacification ne se résume pas aux UPP’s mais elle commence avec elles, parce qu’en libérant les favelas de la dictature des marginaux, elles permettent d’instaurer le dialogue entre les habitants et les autorités légitimes », conclut José Mariano Beltrame.

Son cahier des charges pour 2012 ? Continuer à investir les favelas non encore libérées et surtout nettoyer ses propres services de police de la corruption qui y règne. Car le démantèlement du pouvoir des trafiquants, – plus de 70 d’entre eux ont été arrêtés lors de l’occupation de la Rocinha début décembre, et 260 armes à feu saisies -, a mis en lumière des complicités à tous les niveaux avec les forces de l’ordre. La traque aux policiers achetés par les délinquants pour fermer les yeux va s’intensifier l’an prochain, promet José Mariano Beltrame : « nous allons trancher dans le vif de la corruption. La lutte contre les comportements déviants va s’intensifier, il n’y aura pas de retour en arrière ».

Un promesse qui vise non seulement les « mauvais » policiers en service, mais aussi les activités des « milices », formées de gendarmes, de militaires et de pompiers, retraités ou en service, qui s’approprient illégalement le contrôle de favelas d’où ils expulsent les trafiquants de drogue.

Invasion d’haïtiens

En moins de 3 jours, 550 haïtiens sont arrivés dans la petite bourgade de Brasileia,  dans l’Etat d’Acre, rejoignant 1250 de leurs compatriotes, en attente d’un visa de séjour humanitaire, dans cette ville qui fait frontière avec le Pérou et la Bolivie. « Désormais, il y a plus d’haïtiens à Brasilea que de casques bleus brésiliens en Haïti, se désole le maire de la ville. Ils représentent 10% de la population et sont démunis de tout. La situation devient intenable ».

Cette vague d’immigration a commencé en décembre 2010, des familles entières d’haïtiens sans ressource tentent de se refaire une  vie au Brésil, attirés par la croissance de ce pays et les grands travaux d’infrastructure comme le barrage de Belo Monte où ils pensent trouver du travail.

La filière s’est structurée depuis, le voyage commence en avion, entre Port-au-Prince et Quito en Equateur, qui n’exige pas de visa de tourisme des haïtiens et se poursuit en bus via le Pérou, jusqu’à la frontière brésilienne. Récemment, une centaine d’afghans, de pakistanais et d’indonésiens ont tenté la même aventure. Ils ont été refoulés à leur arrivée.

Les autorités soupçonnent une mafia mexicaine d’être à la source de ce trafic, des « passeurs », habitués à faire franchir la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis à des clandestins. Ils exigeraient 2’000 à 5’000 dollars pour acheminer ces nouveaux migrants vers le Brésil. Les autorités brésiliennes ont demandé l’aide du Pérou pour freiner ce trafic. Le Brésil différencie clairement les haïtiens à qui il donne un visa humanitaire et les achemine vers Manaus ou São Paulo, des migrants d’autres nationalités qui sont immédiatement refoulés.

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