Green Card pour l’éthanol brésilien; prévention insuffisante contre les pluies d’été ; fin de l’amiante au Brésil ? Amazonie, déboisement en baisse.

Après 30 ans de protection douanière, les Etats-Unis ont enfin aboli l’impôt de 0,54 US$ perçu sur chaque galon d’alcool-carburant brésilien importé. Ils ont aussi renoncé au subside de 0,45 US$ par galon accordé aux producteurs nord-américains d’éthanol, qui coûtait chaque année 6 milliards d’US$ au Trésor.

« Après des années de combat, c’est enfin une victoire pour le Brésil, se réjouit Leticia Phillips, représentante de l’Union Brésilienne des Industries de la Canne à Sucre pour l’Amérique du Nord (UNICA). Et c’est un pas important pour consolider l’éthanol comme « commodities » et fixer son prix sur le marché international. » Ensemble, Brésil et Etats-Unis produisent et consomment 80% de l’alcool-carburant mondial.

Paradoxalement toutefois, cette abolition des barrières douanière peut déséquilibrer l’approvisionnement en éthanol sur le plan national. Actuellement le Brésil n’exporte que 6% de son éthanol, soit 1,5 milliards de litres, le reste est destiné au marché intérieur. L’UNICA veut décupler ses ventes à l’extérieur d’ici 2022. C’est un  mauvais calcul, estime Adriano Pires, consultant au Centre Brésilien des Infrastructures (Cbie), car avec la généralisation des moteurs flex qui peuvent faire rouler les voitures indifféremment à l’alcool ou au pétrole, le prix de l’essence est devenu plus attractif et les consommateurs délaissent l’éthanol. « Le Brésil roule ainsi avec du carburant sale alors qu’il exporte son carburant propre vers les Etats-Unis. »

Ce qu’oublie de dire Adriano Pires, c’est qu’en 2011, le Brésil a non seulement importé 45’000 barils/jour de pétrole, mais aussi un milliard de litres d’éthanol des Etats-Unis car le prix du sucre, en hausse sur le marché mondial a fait baisser l’intérêt des producteurs à distiller la canne pour en faire de l’alcool-carburant.

Prévention insuffisante contre les pluies d’été

La comparaison est méchante, mais nécessaire. Dans le cadre des émissions de rétrospectives 2011, une chaîne de télévision a opposé les rythmes de reconstruction après catastrophe du Japon atteint par un tsunami géant en mars et des inondations qui ont affecté la région montagneuse de Nova Friburgo, Teresopolis et Petropolis, dans l’Etat de Rio de Janeiro, en janvier. Dans le premier cas, toute l’infrastructure routière et ferroviaire a pratiquement été rétablie en 3 mois, au Brésil, seule une minorité des travaux de reconstruction sont achevés un an après le cataclysme.

Mais il y a pire. Le Ministère de l’Intégration Nationale a annoncé mi-décembre qu’il avait recensé 251 municipalités au Brésil dans lesquels existaient des risques élevés d’inondations où de glissements de terrain pour la population. « Il ne faut pas se faire d’illusion, il y aura des morts cette année et les années prochaines pendant la saison des pluies, avertit Aloisio Mercadante, Ministre des Sciences et de la Technologie. Le climat change et les extrêmes s’aggravent au Brésil. Ce que nous faisons, c’est de tenter de faire comprendre cela à la population ». 178’000 personnes sont concernée par cette alerte.

Prévisions confirmées, les 2 premiers jours de l’année 2012 ont été marqué par des pluies ininterrompues dans les Etats de Rio de Janeiro et du Minas Gerais qui ont fait plusieurs morts et des dizaines de sans-abris. Fernando Bezerra, le Ministre de l’Intégration Nationale reconnaît que ce recensement est loin de couvrir tous les risques essentiels. « Ce n’est pas l’argent qui nous manque, mais il n’y a pas assez de techniciens capables de procéder à ces relevés. Idem pour la reconstruction dans la région des montagnes de Rio de Janeiro. « Le gouvernement fédéral a mis à disposition 75 millions de R$ pour refaire les ponts emportés par les crues, mais les autorités locales ont des difficultés à trouver des entreprises pour lancer les travaux ».

Fin de l’amiante au Brésil ?

La production et l’utilisation de l’amiante au Brésil vit certainement ses dernières heures après la décision du Procureur Général de la République de rejeter le dernier recours déposé en 2008 par l’association des fabricants d’amiante contre sa prohibition. La décision du Procureur devrait entrer en force au premier semestre 2012, ouvrant la voie à une interdiction rapide et totale de l’amiante au Brésil.

L’Institut Brésilien de Chrysotile, qui représente les producteurs nationaux rappelle que l’unique mine brésilienne de Cana Brava dans l’Etat du Goias fait vivre les 35’000 habitants de la ville voisine de Minaçu (voir Vision Brésil n°3, avril 2009). L’IBC ne prend cependant pas position sur la décision du Procureur Général, se contentant d’affirmer que « la question suit son cours sur le plan judiciaire ».

Amazonie, déboisement en baisse.

Le rythme du déboisement en Amazonie a fortement baissé en 2011, atteignant le chiffre le plus bas depuis 1988, que ces statistiques annuelles sont publiées : 6’238 Km2, 11% de moins qu’en 2010. A titre de comparaison, en 2005, le déboisement avait affecté 18’846 km2. Les 6’238 km2 de 2011 représentent toutefois encore une superficie plus étendue que le District Fédéral de Brasilia !

24% des arbres abattus l’ont été dans l’Etat du Pará, suivent le Mato Grosso et le Rondônia, deux Etats où la tendance est à la hausse, le déboisement y a augmenté respectivement de 30% et de 50% en 2011. La diminution du déboisement est continue depuis 2009, mais encore insuffisante aux yeux des autorités qui espèrent le réduire à 4’000 km2 par an d’ici 2020, afin que le pays puisse respecter ses engagements en matière de réduction des émissions de carbone.

Selon Gilberto Câmara, Directeur de l’Institut National de Recherche Spatiales (Inpe), 21% des surfaces déboisées en Amazonie sont en voie de récupération et 62% transformées en pâturages. « Avec l’encouragement à l’élevage intensif et un  meilleur contrôle du défrichement illégal, le gouvernement espère faire de l’Amazonie une région qui consomme du carbone au lieu d’en émettre. Avec les chiffres de 2011, nous sommes dans une phase d’équilibre entre absorption et émission ».

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