L’année 2011 se termine bizarrement. D’un côté, le Brésil devient la 6ème économie la plus puissante du monde, devançant la Grande Bretagne, mais de l’autre, son PIB s’est arrêté de croître au 3ème trimestre et aura vraisemblablement stagné aussi au 4ème et dernier trimestre, réflexe de la crise européenne. De l’avis de la Présidente Dilma Rousseff, 2012 va être une année économique difficile. Les analystes, eux sont moins pessimistes : l’an prochain devrait se caractériser par une croissance plus forte et une inflation plus faible que 2011.

Première économie du monde, toutes richesses confondues, les Etats-Unis, suivis de la Chine, du Japon, de l’Allemagne, de la France et maintenant du Brésil qui passe devant la Grande Bretagne. Ce nouveau ranking mondial est établi par un institut anglais, le Centre de Recherche pour l’Economie et le Commerce (CEBR), qui justifie cet échange de place « par l’effet bénéfique pour le Brésil de la hausse du prix des commodities sur le marché mondial et les conséquences de la crise européenne sur l’économie britannique ».

Une croissance qui se maintient ?

« Et un petit peu tout de même par la qualité de la croissance brésilienne qui a su maintenir la consommation intérieure grâce à une politique de redistribution et de plein emploi », ajoute Miriam Leitão, éditorialiste au journal O Globo. Ce nouveau classement doit nous réjouir, ajoute Guido Mantega, Ministre de l’Economie, mais il ne doit pas faire illusion : en terme de Produit Intérieur Brut per capita, le Brésil n’est qu’à la 73° place, avec 12’916 US$, bien loin de la Grande-Bretagne, 26° classée, avec 40’000 US$. « Au rythme actuel, il va nous falloir 20 ans pour atteindre un niveau de vie comparable à celui des européens », conclut le ministre.

Si la croissance brésilienne ne ralentit pas… Sur ce thème, les avis divergent pour 2012. La croissance du PIB a atteint un record en 2010, 7,5% par rapport à 2009, depuis, elle n’a pas cessé de fléchir pour s’arrêter entre juillet et septembre 2011. Au total, l’augmentation atteindra à peine 2,9% cette année, plaçant le Brésil en 30ème position en ce qui concerne la croissance et en queue des BRICS.  Au début de l’année, les prévisions de croissance étaient de 4,5% Le Brésil est en effet le plus sensible des pays émergeants aux fluctuations du marché européen.

L’industrie à la peine

Le déclin est surtout sensible dans la production industrielle, dont on attendait une performance de 5,3% et qui n’a finalement progressé que de 0,82%, alors que les ventes de produits manufacturés se sont maintenues sur le marché intérieur. C’est donc l’entrée des marchandises importées en provenance d’Extrême-Orient qui expliquent ce maintien, au détriment d’une industrie nationale fortement affectée par la contraction de ses exportations vers l’Europe.

Autre élément qui a tiré la croissance brésilienne, les investissements étrangers directs, qui ont atteint 60 milliards de US$, pratiquement le double de ce qui était attendu. Le phénomène s’explique par l’attrait de l’énorme marché intérieur brésilien, en plein boum fin 2010, qui a poussé les entreprises multinationales à renforcer leur présence nationale au moment en plus où l’Europe et les Etats-Unis marquaient le pas.

Les incertitudes de 2012

Investissements étrangers directs et marché intérieur pourront-ils encore porter la croissance en 2012, comme ils l’ont fait en 2011 ? En fin d’année, l’emploi a marqué le pas et le marché intérieur s’est contracté. La période de Noël, habituellement une époque de records de vente a été très décevante, bien inférieure aux prévisions : 5,5% de plus qu’en 2010 au lieu des 8% attendus. Le PIB devrait avancer de 3,1% à 4,5% en 2012, selon les estimations, soit une performance légèrement supérieure à celle de 2011, mais, « l’année prochaine sera difficile admet la Présidente Dilma Rousseff et vu l’ampleur de la crise européenne, il est impossible de faire des prévisions fiables ».

Visiblement, les autorités sont perplexes. Lors du dernier sommet du Mercosur, qui s’est tenu début décembre à Montevideo, Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay ont décidé de relever les droits de douane à l’importation d’une centaine de produits pour lutter contre la concurrence chinoise, mais aucune politique claire de relance industrielle n’est avancée par Brasília. Le Président de la Banque Centrale brésilienne qu’il pourrait continuer à baisser les taux d’intérêts, malgré une inflation en hausse, – elle a dépassé le plafond maximum de 6,5% en 2011 et devrait rester autour de 6% en 2012 -, pour stimuler l’octroi de crédit.

Essoufflement à long terme ?

S’ajoute la hausse de 14% du salaire minimum en 2012, qui va peser sur les finances publiques, mais injectera dans l’économie 47 milliards de R$ (24 milliards de CHF / 20 milliards d’€). L’impôt sur la farine, le pain, les appareils électro-ménagers, va diminuer, ainsi que le coût du crédit. « Avec moins d’impôts et plus de crédit, l’économie brésilienne va croître en 2012 » indique la Présidente Dilma Rousseff .

Elle se garde cependant bien d’aborder la question de la croissance à long terme qui inquiète plusieurs observateurs : « nous sommes devenus la 6ème puissance économique mondiale, mais ça fait 9 ans qu’on essaie d’échapper à un agenda impératif de réforme de l’Etat nécessaire pour assurer l’équilibre de notre développement. La croissance du PIB combinée à une amélioration du bien-être social que préconise le gouvernement présuppose une réforme de la prévoyance sociale pour éviter de tomber dans l’impasse que connaît aujourd’hui l’Europe et une réorganisation des comptes publics de façon a privilégier l’éducation, clé d’un développement durable. »

Une nouvelle mutation est nécessaire

A quoi devrait s’ajouter une réduction des coûts de la machine gouvernementale brésilienne, pantagruélique, qui absorbe 40% du PIB actuellement et une hausse significative de l’épargne, elle représente aujourd’hui 20% du PIB, il faudrait qu’elle augmente de 5 points pour permettre une croissance sans soubresauts.

« Après la mise en place du Plan Real en 1994, le Brésil a besoin de faire un nouveau saut, conclut l’éditorial du journal O Globo du 28 décembre 2011. Croissance équilibrée, taux d’intérêt « normal », système éducatif de qualité, infrastructure moderne et performante, impliquant une plus grande participation du secteur privé, donc moins de préjugés idéologiques de la part de Brasilia, voilà la mission des dirigeants brésiliens pour 2012 ».

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