Nisio Gomes, cacique indien Guarani de 59 ans a été assassiné alors quʼil campait avec une soixantaine des siens dans le Mato Grosso do Sul, pour revendiquer le droit de réoccuper leurs terres ancestrales, spoliés par des éleveurs et des planteurs de soja. Son corps a été emmené par les tueurs et n’a pas encore été retrouvé. Les membres de sa tribu le cherchent toujours, pour lui donner une sépulture digne susceptible de calmer les esprits maléfiques.

Selon le Conseil Indigéniste Missionnaire, 250 indiens ont été assassinés dans le Mato Grosso do Sul ces 8 dernières années. Ce n’est que la pointe de l’iceberg. En Amazonie aussi, les indiens Yanomanis sont à nouveau décimés par les chercheurs d’or, dont l’activité redouble avec la flambée du prix du métal jaune sur le marché mondial.

De 2006 à 2010, le gouvernement a procédé à la démarcation de 35 réserves indigènes dans tout le pays, soit 8,9 millions d’hectares. La FUNAI, la Fondation pour l’Indien, prépare encore la délimitation de 3 millions d’hectares supplémentaires, ce qui portera le total des réserves indigènes à 13% du territoire national. Cet effort important n’a pourtant pas fait diminuer les conflits ni la violence contre les indiens.

Des décisions jamais respectées

L’Institut Socio-Environnemental (ISA) vient de publier une étude sur cette question, « Peuples Indigènes du Brésil 2006-2010 » qui fait état d’une augmentation de la violence de ces conflits ces 5 dernières années. La plupart du temps, ce sont les désaccords entre communautés indigènes d’une part, exploitants et petits paysans installés par la réforme agraire de l’autre, qui génèrent ces conflits. Dans certains cas, note l’anthropologue Fanny Ricardo, une des auteurs de l’étude, on a même vu des chefs indigènes négocier avec les fabricants de charbon de bois qui déboisent illégalement, contre l’intérêt de leur propre communauté.

« Il y a des régions, note Fanny Ricardo, où les indiens ne peuvent tout simplement pas prendre possession des terres qui leur ont été octroyées ». C’est le cas des guajás du Maranhão, obligés de cohabiter avec une dizaine de villages peuplés de « posseiros » qui se sont approprié par la force une partie des 116’000 hectares de leur réserve d’Auá, délimitée en 2005. Dans la région de São Felix do Araguaia, dans le Mato Grosso, les indiens Xavantes ont été expulsé de leur réserve de 165’000 hectares, légalisée en 1998, par des éleveurs de bétail et des producteurs de soja. A ce jour, ils n’ont pu récupérer que 10% de leurs terres.

Le CIMI confirme ces faits dans une étude consacrée au Mato Grosso do Sul. Dans cet Etat, la violence contre les indiens, liée aux conflits de terre ferait annuellement 145 morts pour 100’000 habitants, bien plus que la moyenne nationale de 24,5 morts par 100’000 habitants. Et bien plus qu’en Irak, au pire moment des attentats, qui ont fait 93 morts pour 100’000 habitants ! Selon Flavio Vicente Machado, coordinateur du CIMI pour le Mato Grosso do Sul, la plupart des victimes sont des leaders indigènes qui luttent, à la tête de leurs communautés, pour récupérer leurs terres ancestrales.

Le prix de l’or

La situation n’est pas meilleure dans l’Etat d’Amazonas, qui abrite officiellement le plus grand nombre de réserves indigènes du pays. Dans le Vale do Javali, à la frontière avec le Pérou, les maladies apportées par les occupants illégaux déciment la population indienne : les cas d’hépatite B et C affectent 14% de certaines tribu, un chiffre bien supérieur au seuil de tolérance de 2% fixé par l’OMS. « Ce n’est même pas un problème de moyens financiers ou d’équipements de santé, notent les auteurs de l’étude « Peuples Indigènes du Brésil 2006-2010 », mais de corruption qui fait que l’argent public est massivement détourné aux profit des politiciens locaux.

Sur les terres des indiens Yanomami du Roraima, c’est la flambée du cours de l’or sur le marché mondial qui fait des ravages. Ils vivent dans une gigantesque réserve qu’on ne peut pénétrer qu’avec autorisation. Dans les années 80, cette région avait déjà été envahie par les chercheurs d’or. On estimait à 40.000 le nombre de personnes ayant tenté la chance d’y faire fortune. Leur proximité avec les tribus avait provoqué une tragédie. Privés d’immunité physiologique contre les maladies amenées par les Blancs, les Indiens mourraient en attrapant une simple grippe. “A certains endroits 30% de la population a péri. Certains villages ont tout simplement disparu”, relate le missionnaire catholique Carlos Zacchini, qui travaille dans la région.

Pistes d’atterrissage clandestines

Expulsés dans les années 90, les chercheurs d’or sont de retour. Sur les bords du fleuve Couto Magalhães, on rencontre le premier garimpo à dix minutes de bateau d’un village indigène.  Occupé par trois hommes qui disent ne pas savoir qui en est le propriétaire à qui ils reversent pourtant 60% du fruit de leur activité ! Au centre d’assistance médicale indigène de Boa Vista, le docteur Rosimary Queirós a relevé 23 décès dus à la malaria en début d’année. Aucun doute, le moustique de la malaria a piqué des trafiquants qui ont contaminé les Indiens. Ces 23 morts représentent plus de 10% de la population d’un même village de 210 âmes.

Il y aurait actuellement 110 pistes clandestines d’atterrissage dans la réserve Yanomami. Des dizaines de machines d’extraction draguent les talus des fleuves, formant d’énormes clairières au milieu de la forêt et déversant du mercure dans les rivières. Certains de ces garimpos ont déjà été désactivés par la Police Fédérale. Mais les chercheurs d’or reviennent toujours.

Immunité institutionnalisée

L’immensité du territoire rend les contrôles difficiles. Quand les trafiquants sont pris, ils sont rarement condamnés. “La législation pénale est très clémente avec les chercheurs d’or”, affirme le procureur de la République du Roraima, Rodrigo da Costa. Malheureusement, si sa commercialisation est officiellement interdite, l’or des terres indigènes continue de circuler librement à Boa Vista. Une avenue entière du centre-ville est connue comme la “rue de l’or”. On y compte pas moins de 40 boutiques dûment enregistrées au syndicat des bijoutiers de la ville. Le commerce se fait à la lumière du jour, sans que personne ne s’en cache.

Le Conseil Indigène Missionnaire dénonce « cette augmentation de la violence contre les indiens et l’accumulation de cas de violation de leurs droits » et pointe du doigt « l’incapacité de l’Etat brésilien à faire respecter sa propre Constitution et les traités internationaux qu’il a signé pour la défense des droits de l’homme et des minorités indigènes ». Le CIMI remettra son dossier d’accusation aux autorités de Brasilia et à des organisations internationales de défense des droits de l’homme afin que des mesures d’urgences soient maintenant prises.

Collaboration : Stéphane DARMANI © Green et Vert (www.lepetitjournal.com) et Survival International, (http://www.survivalfrance.org/)

 

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