On discutera du cours des changes à l’OMC ; Standard and Poor réhausse la note du Brésil ; le Brésil importe chaque jour plus nourriture ; Vie des entreprises : PSA, Ford, Embraer, Technip.

Le Brésil a réussi à faire admettre à l’OMC l’ouverture de discussions sur les relations entre le commerce international et les cours du change des monnaies. La proposition, qui a reçu l’appui de la Chine et des Etats-Unis a été largement approuvée. 

Un séminaire devrait être organisé au premier semestre 2012. Les spécialistes considèrent qu’il s’agit là d’une avancée historique. Jusqu’à présent l’OMC avait toujours refusé d’englober la question du cours des monnaies, un domaine réservé du FMI, dans les négociations sur le libre commerce.

La crise économique mondiale de 2008 et ses suites ont changé la donne. L’OMC admet maintenant implicitement que  la baisse continue du dollar, combinée à la hausse des monnaies des pays émergeants et au contrôle artificiel du yuan par la Chine, ont créé des distorsions dans le commerce mondial. Le Brésil en souffre particulièrement dans ses exportations manufacturées et estime que les droits de douane de 35% qu’il applique aux importations pour protéger cette branche sont insuffisants. Récemment, les autorités avaient d’ailleurs augmenté les impôts sur les voitures qui contiennent moins de 65% de composantes d’origine nationale.

Pour Silvio Campos Neto, économiste chez « Tendências Consultoria Integrada », l’ouverture de discussion à l’OMC sur le rôle du change est une bonne idée, mais les problèmes de compétitivité du Brésil se trouvent ailleurs. « L’industrie manufacturière a un problème structurel d’utilisation trop intensive d’une main d’œuvre chère qui augmente les coûts de production ». Dans son esprit, il faut d’abord moderniser les processus de fabrication. Silvio Campos Neto est aussi sceptique sur la capacité d’une organisation internationale à se mêler avec succès  des politiques monétaires appliquées par chaque pays.

Standard and Poor’s réhausse la note du Brésil 

A contre-courant des blâmes distribués aux pays de l’Union Européenne, Standard and Poor’s vient de revaloriser la note de la dette du Brésil de BBB- à BBB avec des perspectives de stabilité : « Nous espérons que le gouvernement persiste dans sa politique monétaire et fiscale prudente qui, associée à la puissance de la croissance économique, doivent modérer l’impact d’éventuels chocs extérieurs, et soutenir les perspectives à long terme » précise le communiqué de l’agence. La cote du Brésil auprès des investisseurs étrangers devrait de ce fait s’accroître.

On peut tout de même s’interroger sur les critères utilisés par Standard and Poor’s et les autres agences internationales de notation lorsqu’on compare les notes données aux « canards boiteux » de la zone euro et aux pays émergeants, dont le bilan économique est aujourd’hui bien plus équilibré. Ainsi, le Brésil est noté BBB avec une dette de 60% de son PIB, un chiffre identique à celui de l’Espagne qui reçoit, elle un AA-.

L’Italie récolte un A alors que sa dette atteint 118% du PIB. La France et l’Allemagne dont le niveau d’endettement est respectivement de 88% et 78% du PIB sont créditées du maximum AAA, comme les Etats-Unis, endettés à plus de 99% de leur PIB. La Chine, moteur de la croissance mondiale n’a qu’un A+. Les agences justifient ces chiffres par une équation compliquée combinant plusieurs critères, mais la formule semble quand même favoriser certaines parties du globe, au nord de l’Equateur, au détriment des autres…

Le Brésil importe chaque jour plus nourriture

C’est un paradoxe, le Brésil, considéré comme un des greniers du monde, importe de plus en plus de denrées alimentaires. Des produits qui poussent pourtant sur son territoire, comme le haricot noir, les bananes et le riz , désormais en provenance d’Asie ou d’Europe. Ainsi, l’augmentation des importations de feijão en provenance de Chine a été de 56% entre janvier et septembre. Celle des bananes, d’origine thaïlandaise de… 383% ! Quand aux importations de viande et d’oranges, dont le Brésil est premier exportateur mondial, elles ont été respectivement de 21 et de 143%.

Cela s’explique à la fois par la structure de l’économie agricole du pays et par la croissance des revenus. La production agraire brésilienne est traditionnellement tournée vers l’exportation, elle a peu développé ses circuits d’approvisionnement sur le marché intérieur. Avec la croissance des revenus et l’élargissement de la classe moyenne, la demande en produits frais de qualité augmente et les grandes chaînes de supermarchés, qui comparent les prix, découvrent qu’acheter des bananes en Asie du Sud Est ou du kiwi au Chili, c’est plus avantageux que de s’approvisionner auprès des petits paysans de l’agriculture familiale brésilienne.

Le cas est flagrant pour les oranges, ce qui désole Marcos Fava Neves, professeur d’économie à la Faculté de Ribeirão Preto de l’Université de São Paulo : « la combinaison de la baisse du dollar avec des coûts de production intérieurs trop élevés fait que l’agriculture vivrière n’est plus concurrentielle ». Marcos Fava Neves lance un regard désabusé par la fenêtre de son bureau : à perte de vue des orangers, dont les fruits deviendront jus destiné à l’exportation, mais qu’il ne retrouvera pas au marché local. Et pourtant, Ribeirão Preto est le principal centre de production des oranges au Brésil.

Vie des entreprises : PSA, Ford, Embraer, Technip

PSA Peugeot-Citroën va investir 3,7 milliards de R$ d’ici 2015 (1,8 milliards de CHF / 1,5 milliards d’€) pour développer sa production au Brésil. A terme, 300’000 véhicules devraient sortir chaque année des chaînes de montages qui en fabriquent  140’000 aujourd’hui. L’essentiel de ces investissements seront faits dans l’Etat de Rio de Janeiro.

De son côté, Ford annonce un investissement de 500 millions de R$ pour son usine de fabrication de moteurs et de boîtes de transmissions de Taubaté, dans l’Etat de São Paulo, afin d’augmenter sa capacité à 500’000 moteurs et 520’000 boîtes de vitesse par an. 500 nouveaux postes de travail seront créés. L’usine de Taubaté emploie 1’700 salariés.

C’est vers Dubai que lorgne l’avionneur brésilien Embraer. L’entreprise y installe une structure d’assistance technique et de vente « pour se rapprocher de ses clients ». Embraer estime que le secteur de l’aviation commerciale se développe maintenant du côté du Moyen Orient et des pays du Golfe « et qu’il y a une place à prendre pour les avions de 70 à 100 places » qu’elle fabrique à São José dos Campos, dans l’Etat de São Paulo.

La société française Technip, un des leaders mondiaux du management de projets pour le secteur pétrolier signe avec la société LLX, filiale du groupe EBX, un contrat pour la construction d’une nouvelle usine de flexibles destinés à l’industrie offshore brésilienne. Cette unité devrait débuter son activité en 2013 dans le complexe du Porto de Açu à São Jose da Barra, au nord de l’Etat de Rio de Janeiro. José Jorge Araújo, nouveau président de Technip Brésil, confirme que cet investissement est lié à l’exploration des champs pré-salifères (pré-sal) situés au large des côtes de Rio de Janeiro.

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