Belo Monte de nouveau à l’arrêt ; les tueurs du Pará arrêtés ; terres rares en Amazonie ; nouvelle cartographie agricole ; transgéniques à gogo

En juin, l’IBAMA, lʼInstitut Brésilien de lʼEnvironnement avait autorisé de démarrage des travaux du barrage de Belo Monte. En septembre, la justice de l’Etat du Pará bloque le chantier, estimant que « l’implantation d’un port, des explosions, la construction de digues, le creusement de canaux ou tous autres travaux qui modifient le cours naturel du Xingu portent atteinte à la faune ichtyologique ».

Le juge estime donc « qu’il n’est pas raisonnable de permettre que les innombrables familles, dont la survie dépend exclusivement de la pêche de poissons ornementaux sur le fleuve Xingu, se voient affectées directement par les travaux du barrage hydroélectrique« . Le consortium Norte Energia a ainsi été interdit d’altérer le lit du fleuve Xingu.

C’est l’ultime rebondissement, et sûrement pas le dernier, à propos de la construction de ce mastodonte de 11.200 mégawatts, soit près de 11 % de la puissance installée du Brésil pour un investissement de 11 milliards de dollars. Le barrage de Belo Monte sera le troisième le plus important au monde après ceux des Trois-Gorges, en Chine, et d’Itaipu, à la frontière entre le Brésil et le Paraguay. La pomme de discorde porte sur le détournement d’une portion du Rio Xingu qui sera en partie asséché det traverse une réserve indienne dont les habitants vivent du fleuve. (Voir Vision Brésil n° 8, octobre 2009, n°11, février 2010, n° 23, avril 2011, n°24, mai 2011 et n° 25 juin 2011)

Les tueurs du Pará arrêtés

José Rodrigues Moreira et Lindonjonson Silva Rocha, accusés d’être respectivement le commanditaire et l’exécutant des militants écologistes Cláudio Ribeiro Silva et Maria do Espírito Santo Silva, tués le 24 mai dernier à Nova Ipixuna (Voir Vision Brésil n° 25, juin 2011), viennent d’être arrêtés, après une traque de 2 mois. Ils étaient cachés à Nova Repartimento, à 200km du lieu du crime. Avec eux, la police a trouvé 3 revolvers et un fusil.

« L’enquête a été difficile explique Nilton Ataíde, délégué de la police civile, parce que les deux personnages se déplaçaient sans cesse dans ces contrées isolées de la forêt. »  Ils ont été amenés sous forte escorte à Bélem. Ils risquent la prison à perpétuité pour assassinat avec préméditation. Pour autant que la justice suive son cours. Rappelons que selon les chiffres de la Commission Pastorale de la Terre, 1’580 personnes ont été assassinées en Amazonie depuis 1985, 94 responsables présumés ont été condamnés, mais un seul est encore en prison.

Terres rares en Amazonie

La multinationale du fer Vale annonce avoir découvert des gisements de terres rares dans la mine cde cuivre de Salobó à Carajás, dans l’Etat du Pará, qui serait « d’aussi bonne qualité que les dépôts de haute teneur d’Australie » précise le Centre de Technologie Minérale. Les terres rares sont utilisées dans la fabrication des microchips et dans le raffinage du pétrole. L’intérêt pour ces minerais particuliers a augmenté depuis qu’en mai dernier, la Chine, principal producteur mondial, a décidé de réduire ses exportations pour se constituer un socle de réserves stratégiques. D’après Mathias Helder, du Département National de Production Minérale, le Brésil dispose de réserves potentiellement appréciables de terres rares.

L’association « Noyau Juridique Populaire Brésilien » craint que cette richesse ne soit bradée par les autorités. Elle dénonce le cas d’un autre minerai rare, le niobium, qui entre dans la fabrication des turbines, des vaisseaux spatiaux, des avions et des missiles. Le Brésil détient 98% des réserves mondiales, et les principaux acheteurs sont l’Europe, les Etats-Unis et le Japon. Qui fixent les prix. C’est ce qui révolte le « Noyau Juridique Populaire Brésilien » : « Le Brésil perd chaque année 14 milliards de US$ à cause du cours bradé du niobium. C’est comme si l’OPEP vendait le baril de pétrole brut à 1 US$ » !

Nouvelle cartographie agricole 

Le Secrétaire Général au Changements Climatiques du Ministère de lʼEnvironnement, Eduardo Assad, tire la sonnette d’alarme : « Il y a une hausse des phénomènes climatiques extrêmes, comme les températures élevées, qui peuvent faire avorter la floraison du café, ou les basses températures provoquant des gelées sévères dans le sud, sans oublier des étés plus chauds qui provoquent une baisse de la productivité des cultures de grains et de la canne-à-sucre« .

Résultat, des bananes poussent là où on cultivait autrefois les pommes, le traditionnel manioc disparait du Nordeste, et le sud-est perd lʼarôme du bon café. A terme, les pertes des récoltes de grains dues au réchauffement climatique, pourraient atteindre 4,6 milliards de dollars en 2020 et altérer “en profondeur la géographie de la production agricole au Brésil”.

Pour le moment, ces changements ne sont pas encore visibles dans les comptes du gouvernement : la récolte 2010-2011 devrait augmenter de 9,2% et le ministre de lʼAgriculture, Mendes Ribeiro Filho, sʼen félicite : « Ce record de production illustre la force de lʼagriculture brésilienne et lʼimportance du Brésil comme fournisseur mondial dʼaliments« . Ce nʼest pas une garantie pour le futur.

Pour compenser lʼimpact du réchauffement sur lʼagriculture, via lʼémission de gaz à effet de serre, le gouvernement investit plus de 2 milliards de US$ dans “lʼagriculture à faible émission de carbone”, soit dans la réduction des incendies pour libérer des terres de pâturage, l’augmentation de la production de biocombustibles et l’encouragement à la reforestation. (Collaboration : www.lepetitjournal.com – São Paulo)

Transgéniques à gogo

Les autorisations pour l’utilisation commerciale des variétés transgéniques au Brésil s’enchaînent. Le 11 août, la Commission Technique Nationale de Biosécurité la CTNbio, autorisait la culture du maïs transgénique résistant aux insectes, produit par la firme Dupont. Le 15 septembre, elle a accepté la libération commerciale des variétés de haricot transgénique produites par Embrapa (entreprise brésilienne de recherche agronomique), qui sont résistantes au virus de la mosaïque dorée – principal fléau de la culture du grain au Brésil et en Amérique du Sud.

Les recherches sur le développement dʼun grain de feijão génétiquement modifié auront duré dix ans, et ont été menées exclusivement par une institution publique brésilienne, ce qui constitue une grande première. Dʼaprès Francisco Aragão, chercheur à lʼEmbrapa, la validation du haricot transgénique peut réduire de façon significative lʼindice de perte des récoltes : «  Le virus de la mosaïque dorée sévit partout où le haricot est planté au Brésil et les pertes annuelles représentent une quantité qui pourrait alimenter entre 9 et 18 millions de personnes « .

Les organisations écologistes et les associations de petits producteurs, -le haricot est principalement cultivé sur des petites exploitations au Brésil-, sʼinquiètent cependant  du peu de tests menés sur le nouveau haricot, et du manque dʼinformation sur les éventuels impacts de la modification génétique sur toutes les variétés de grain consommées dans le pays. L’étiquetage des produits transgéniques dans les commerce n’est en effet pas systématique au Brésil, du coup, semences originales et manipulées sont allègrement mélangées par les grossistes.

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