Des indiens contre Shell ; l’illusion d’une fausse retraite ; le poids de l’économie souterraine ; la foi catholique en déclin ; plus d’heures à l’école ; les médecins doutent des génériques.

Des Indiens guarani réclament le départ du géant énergétique Shell de leur territoire ancestral qu’il exploite pour produire de l’éthanol à Caarapó dans l’Etat du Mato Grosso do Sul.  La dénonciation est répercutée par l’Association « Survival International  qui publie la lettre envoyée à Shell par Ambrosio Vilhalva, un indien guarani de la région.

 (http://www.survivalfrance.org/peuples/guarani)

« Shell doit quitter notre territoire… Les compagnies doivent cesser d’exploiter les terres indigènes. Nous demandons la justice, nous voulons la démarcation et la protection de notre terre ». Plus loin dans sa lettre Ambrosio Vilhalva signale encore que « depuis la mise en marche de l’usine, la santé des enfants, des adultes et des animaux s’est détériorée. Les produits chimiques utilisés dans les plantations de canne à sucre sont très probablement à l’origine des fréquentes diarrhées des nourrissons et de la disparition de la biodiversité, notamment des poissons et de certains végétaux qui forment la base de notre subsistance ».

Le groupe pétrolier Shell s’est récemment associé à l’entreprise sucrière Cosan (voir Vision Brésil n° 19, novembre 2010. dans la création d’une nouvelle entreprise de production d’éthanol du nom de Raizen. Une partie de sa production provient de la canne à sucre cultivée sur la terre ancestrale des Guarani affirme Survival International qui a adressé un rapport sur la question aux Nations Unies. Shell n’a pas réagi officiellement à ces accusations.

(http://assets.survivalinternational.org/documents/207/Guarani_report_English_MARCH.pdf)

L’illusion d’une fausse retraite

Le système de retraites basé sur le facteur de prévoyance selon le temps de cotisation est une illusion dangereuse, explique José Rolim Guimarães, Secrétaire aux Politiques des Assurances Sociales du Ministère de la Prévoyance. « Techniquement, il apparaît parfait, explique ce haut fonctionnaire, puisqu’il permet à quelqu’un de prendre sa retraite tôt, c’est à dire vers 54 ans, ou même 51 ans pour les femmes, après avoir cotisé le nombre d’années requises. La perte de revenu est alors de l’ordre de 40%, mais la personne peut continuer à travailler, ce qui lui assure un complément de salaire confortable. Le problème se pose ensuite, quand la personne cesse vraiment de travailler et n’a plus que sa retraite. Son pouvoir d’achat chute alors drastiquement ».

Syndicats et gouvernement sont d’accord pour dire qu’il faut en finir avec ce système, hérité des lois corporatistes du travail édictées sous Getulio Vargas dans les années 1930. Les parlementaires, eux sont moins convaincus car les retraités jouissant de ce système forment une base électorale importante. Ils sont 4,6 millions au Brésil. C’est une forte minorité, même si 15,8 autres millions prennent leur retraite en fonction de leur âge. La discussion autour de cette réforme est donc en panne à Brasilia. L’équipe du Gouvernement Dilma Rousseff a décidé de la réactiver, car elle touche le cadre de sa politique d’austérité budgétaire. Les syndicats espèrent des consultations ce mois encore afin qu’une nouvelle proposition soit déposée au Congrès avant la fin de l’année.

Le poids de l’économie souterraine 

Les salariés qui jouissent d’une « carteira assinada », signe officiel d’un emploi légal sont encore une minorité au Brésil. Une minorité croissante, grâce à la bonne santé économique du pays qui permet de créer des postes de travail, mais une minorité tout de même. Au point, estime la Fondation Getulio Vargas de Statistique, que l’économie souterraine contribue pour 18,3% au Produit National Brut. Ce sont ainsi 663,4 milliards de R$ (344 milliards de CHF / 287 milliards d’€) qui, échappant au fisc, sont annuellement soustraits aux caisses de l’Etat.

Un chiffre d’une désespérante stabilité, il n’a pratiquement pas bougé depuis 2008 : 18,5%, 18,7%, 18,3%… Il faut remonter à 2003 pour percevoir une chute significative de cette économie informelle. Cette année-là elle représentait, il est vrai 21% du PIB. « L’économie souterraine croît un peu moins rapidement que l’économie formelle, aujourd’hui », commente Fernando de Holanda barbosa, auteur de l’étude à la Fondation Getulio Vargas. « Mais après la baisse constatée entre 2003 et 2008, la diminution est de plus en plus lente. Le seul moyen de faire vraiment chuter l’économie souterraine, c’est une réforme fiscale qui en finirait avec la forte charge tributaire exigée des entreprises et le coût élevé des charges sociales ».

Autrement dit, sans réforme institutionnelle draconienne, le travail au noir restera la règle dans beaucoup de PME et chez la plupart des artisans brésiliens.

La foi catholique en déclin 

Le plus grand pays catholique du monde perd sa foi… Les fidèles du Pape étaient encore 83% de la population brésilienne en 1991, 74% en 2000 mais 68% seulement en 2009. Dans le même temps, c’est à dire entre 2003 et 2009, les religions évangélistes ont connu un boum passant de 13% de fidèles à plus de 20% ! Les agnostiques déclarés, eux restent une infime minorité, 5% de femmes, 8% d’hommes.

Ces données sont tirées de l’ouvrage « La nouvelle cartographie des religions », que vient d’éditer la Fondation Getulio Vargas. On y apprend encore que les catholiques les plus nombreux se trouvent dans les Etats du Nord-Est et que les incroyants se recrutent à proportion égale parmi les plus pauvres (la classe économique « E »), 7,7% et parmi les plus riches (les classes économiques AB), 6,7% du total.

Cas particulier, la ville de Rio de Janeiro, qui recevra le Pape lors des Journées Mondiales de la Jeunesse de 2013,  moins de la moitié de la population se dit catholique !  Rio est aussi la seconde ville du pays en ce qui concerne les non-croyants et les évangélistes. L’Etat de Rio de Janeiro abrite enfin le plus grand nombre d’adeptes des autres religions comme les cultes spiritistes, afro-brésiliens et orientaux.

Plus d’heures à l’école

Le Ministère de l’Education veut augmenter le nombre d’heure de présence des élèves à l’école, durant la période de l’enseignement obligatoire. Il est actuellement de 4 heures par jour durant 200 jours, soit 800 heures annuelle, « une charge horaire considérablement trop basse comparé à d’autres pays » déclare Fernando Haddad, le Ministre de l’Education. De fait, les cours se donnent en 2 volées, une le matin, l’autre l’après-midi. Pour changer les choses, en accord avec les associations professionnelles, le ministre veut introduire l’école à la journée entière dans la moitié des établissements du pays d’ici… 2020. Une réforme à pas de tortue donc, qui ne dit encore rien de la qualité de l’enseignement dispensé. L’éducation de base est une des bêtes noires du Brésil. Par manque de formation professionnelle et à cause des bas salaires des enseignants, les classes ressemblent généralement plus à des lieux de gardiennage qu’à des centres pédagogiques d’excellence…

Les médecins doutent des génériques

Un sondage divulgué par l’Association Brésilienne de Défense des Consommateurs Proteste révèle que 46% des médecins doutent de l’efficacité et de la sécurité des médicaments génériques. Dans la population au contraire, 83% des consommateurs les plébiscitent. L’enquête a porté sur un échantillon de 690 adultes et 119 médecins.

Les arguments les plus souvent avancés par les professionnels de la santé sont que les processus de contrôles de qualité des génériques sont moins rigoureux et que ces médicaments sont plus sujets aux contrefaçons. Faux affirme Cadri Awad, membre du Conseil Fédéral de la Pharmacie, « les produits les plus falsifiés sont  les amaigrissants, les anabolisants et les autres produits esthétiques dont la valeur marchande est bien plus élevée. Cette peur des contrefaçons dans les génériques traduit une méconnaissance profonde ».

Une méconnaissance alimentée par les grandes fîmes pharmaceutiques, estime Regina Parizzi de la Faculté de Santé Publique de l’Université de São Paulo : « l’industrie des médicaments de marque pratique un marketing agressif dans le but de dévaloriser les médicaments génériques et de susciter la méfiance à leur égard. Il est fondamental que les associations de médecins et l’Agence Nationale de Vigilance Sanitaire mettent en place une campagne d’information pour contrer ces faux arguments et améliorer l’image des génériques auprès des praticiens. »

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