Encore un militant écologiste assassiné dans le Pará ;  Google Street, recensement en Amazonie ; canne à sucre plus chère et moins d’alcool dans l’essence ; certificat énergétique pour les voitures ; l’énergie qui pourrait venir de la mer.

Valdemar Oliveira Barbosa est tombé sous les balles de ses assassins le 25 août 2011. Deux tueurs en moto qui n’ont pas encore été retrouvés. Valdemar faisait partie du Syndicat des Travailleurs Ruraux de Marabá dans l’Etat du Pará et était coordinateur d’une collectivité de colons installés sur des terres de la réforme agraire.

Depuis l’assassinat de José Cláudio e Maria do Espírito Santo en mai, Valdemar Oliveira Barbosa est le 7ème militant écologiste assassiné en Amazonie, le 4ème dans le Pará.

Google Street, recensement en Amazonie

Depuis mi-août, d’étranges engins circulent sur et autour du Rio Negro, dans une réserve située à 180km de Manaus. Des bateaux et des tricycles surmontés de caméras tournantes qui filment tout et partout. Ce sont les équipements de Google Street View, adaptés à l’environnement de la forêt amazonienne, qui sont en train de cartographier la Réserve de Développement Durable du Rio Negro. Ces images à 360° seront disponibles pour le public du monde entier d’ici la fin de l’année. Une aventure innovatrice, d’habitude Google Street s’intéresse plutôt aux villes, menée en collaboration avec la fondation environnementale « Amazonie Durable » (FAS).

Ce n’est pas la seule tentative de mise en carte de cet immense tapis vert de 6,5 millions de km2 ! Le Brésil disposera en effet à partir de l’année prochaine, d’un Wikipédia de sa biodiversité. Baptisé Wikiflora.org, le portail réunira des descriptions et la cartographie des espèces de plantes de lʼAmazonie, faites par Internet et validées par un comité de spécialistes. Pour réaliser cette opération, menée en partenariat avec IBM, le Ministère des Sciences et Technologies (MCT) a eu l’idée de mettre les réseaux sociaux au service de la botanique. L’initiative vise en effet à créer un portail collaboratif de partage dʼ’nformations et d’études sur la biodiversité de l’Amazonie. L’objectif est d’engager des non-spécialistes, comme des collégiens par exemple, dans la classification biologique, en collaboration avec des scientifiques. Les internautes pourront comparer les plantes qu’ils connaissent à partir d’une base des collections déjà existantes.

Beaucoup de la biodiversité de l’Amazonie reste encore à découvrir et le MCT a fait une constatation inquiétante : il y a peu de spécialistes en classifications d’êtres vivants en Amazonie. Wikiflora.org, devrait contribuer à combler cette lacune. Une première version du site sera lancée lors de la Conférence Rio+20, en 2012, avec les descriptions de 2.500 espèces, soit un cinquième du total de toute la superficie du géant vert.

Canne à sucre plus chère et moins d’alcool dans l’essence

L’abondance de terres cultivables, le climat favorable et une bonne maîtrise des technologies de production ont longtemps garanti au Brésil, la place enviable de plus grand producteur de canne à sucre du monde, grâce à sa compétitivité. Mais le Brésil s’est progressivement fait souffler son leadership sur le marché par l’Australie, l’Afrique du Sud et la Thaïlande. En cause, des coûts de production en hausse, la valorisation du R$ et l’euphorie des investisseurs pour la filière de l’alcool carburant à base de canne à sucre qui a disséminé les zones de culture tout autour de la planète.

Selon les statistiques de l’UNICA, l’Union des Industries de la Canne à Sucre, les coûts de production ont augmenté au Brésil de près de 40%, passant de 25 à 36 US$ la tonne. Du coup, l’attractivité de la filière canne est en baisse. Le gouvernement s’en inquiète et prend des mesures de précaution. Ainsi, le pourcentage d’alcool qui doit obligatoirement figurer dans l’essence vendue à la pompe va baisser  de 25 à 20% dès le 1er octobre. Le Ministre des Mines et de l‘Energie Edson Lobão justifie : « nous devons assurer l’approvisionnement en éthanol pour 2011 et pour après, or les perspectives de récoltes pour l’an prochain ne sont pas très encourageantes ». Reste que moins d’alcool dans l’essence, cela veut dire plus de pétrole, dont l’approvisionnement et le prix ne sont pas non plus garantis.

Certificat énergétique pour les voitures 

De AAA+ à E-, i ne s’agit pas des notes données par Moodys aux économies européennes malades, mais des futurs certificats énergétiques que les constructeurs automobiles brésiliens vont devoir apposer sur les voitures qu’ils fabriquent. Le gouvernement exige en effet que chaque véhicule indique désormais clairement le niveau de ses émissions nocives et sa consommation. Les modèles trop polluants ou trop gourmands seront pénalisés. Dans l’esprit des autorités, la mesure devrait encourager la mise au point de véhicules hybrides roulant en partie à l’électricité, estime le Secrétaire Exécutif du Ministère de l’Economie Nelson Barbosa, « d’autant que la crise d’approvisionnement de l’éthanol que nous connaissons rend le moment particulièrement favorable pour lancer cette réforme ».

Les pénalités financières qui seront appliquées aux modèles salissants pourraient servir à baisser les impôts pour les véhicules électriques. Les constructeurs bénéficient d’une période d’adaptation. Les premiers véhicules munis de ce certificat environnemental sortiront des chaînes de montage dès 2012, mais l’obligation générale sera plus tardive. Les autorités n’ont pas encore fixé de date buttoir.

L’énergie qui pourrait venir de la mer.

« La mer, la mer toujours recommencée » scandait Paul Valéry… Des vers qui s’appliqueront peut-être bientôt très concrètement à une nouvelle réalité du Ceará dans le Nord-Est brésilien. Une équipe de scientifique du Programme de post graduation en ingénierie de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (COPPE) vient en effet d’installer sur une digue du port pétrolier de Pécem, à 60km de Fortaleza, une usine pilote de fabrication d’électricité à partir des vagues de la mer.

Des bras métalliques articulés prolongés par de grands flotteurs qui sont mis en mouvement par les vagues, génèrent une énergie suffisante à pomper l’eau de mer dans une centrale hydraulique où elle est dessalinisée puis turbinée. L’électricité ainsi produite est ensuite envoyée dans le réseau. L’unité expérimentale de Pécem est bien sûr encore modeste : 100kw/h de puissance, de quoi éclairer tout juste 60 maisons. Mais l’étude de son fonctionnement devrait permettre la mise au point de cette technologie à l’échelle industrielle.

« Nous n’avons pas de grandes rivières au Ceará, précise Paulo Lustosa, Secrétaire d’Etat à l’Environnement. 99% de notre énergie vient d’usines hydro-électriques situées hors de l’Etat. Par contre, nous avons des centaines de km de littoral marin et beaucoup de vent. Ça vaut la peine de chercher des alternatives. » Le Ceará ne limite d’ailleurs pas ses expérimentations aux seules vagues de la mer, il est en train d’édifier 14 parcs d’éoliennes et va construire la première usine solaire du Brésil à Tauá, à 360km de Fortaleza.  4’680 panneaux solaires devraient permettre d’alimenter 1’500 familles (voir Vision Brésil n° 26 août 2011).

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