Meilleure compétitivité mais ralentissement de la croissance ; polémique sur l’aide à la production de véhicules ; et si le Brésil achetait de la dette européenne ? Moins de terres en mains des étrangères ? Vie des entreprises : Sodexo, Bunge, Fiat.

Le Brésil a fait un bond de 5 places dans le ranking de la compétitivité mondiale, mesuré par le WEF, le Forum Economique Mondial, initiateur du Symposium de Davos. Il se classe maintenant 53° des 142 pays pris en considération, devant l’Inde (56ème) et la Russie (66ème) mais encore  derrière les deux autres BRIC’s, la Chine (26ème) et, curieusement, l’Afrique du Sud (50ème). 

« L’important, c’est aussi d’analyser les tendance », commente Beñat Bilbao-Osorio, Directeur du Centre pour la Compétitivité Mondiale du WEF. « Depuis 6 ans, le Brésil a gagné 13 places. IL pourrait être nettement mieux classé s’il n’était pas pénalisé par ses faiblesses traditionnelles, le manque de compétitivité de son marché local, les déficiences de son infrastructure et la corruption. Les choses s’améliorent lentement dans ces domaines, mais ils pèsent encore négativement sur le potentiel du pays ».

Bien que sa compétitivité s’améliore, la croissance brésilienne semble marquer le pas, touchée par la crise américaine et européenne. Selon le dernier rapport mensuel de l’OCDE (septembre 2011), le Brésil serait le pays où l‘activité économique devrait être la plus faible, dans les 6 à 9 prochains mois, au sein du groupe des pays émergeants et même vis à vis des pays industrialisés. L’OCDE reconnaît cependant prudemment les limites de ses anticipations : « nous ne pouvons pas prétendre que  le ralentissement économique sera vraiment plus fort au Brésil que dans les autres pays. Nous pouvons seulement affirmer qu’il aura lieu. »

Un ralentissement contre lequel le gouvernement et la Banque Centrale luttent déjà. De façon surprenante, le Comité de Politique Monétaire a en effet décidé de réduire le taux de référence de la Banque Centrale, le Selic, d’un demi-point à 12%. Il reste certes un des plus haut du monde, mais depuis un an, le Brésil n’avait pas cessé de l’augmenter pour lutter contre l’inflation. Cette inversion de la politique monétaire devrait peser sur l’augmentation des prix, mais stimuler la compétitivité des exportations, le réal baissant face au dollar.  Les analystes du Crédit Suisse affirment que ce mouvement va continuer et que le taux Selic sera vraisemblablement en dessous de 10% à la fin de 2011.

« Notre situation est encore privilégiée par rapport à d’autres pays, nous somme préparés à affronter le défi d’une crise mondiale qui est bien plus grave que celle de 2008, mais nous sommes encore loin de ce que nous pouvons et devons faire » déclare prudemment Dilma Rousseff. , La Présidente s’exprimait lors des célébrations de la fête nationale du 7 septembre, elle a promis que son gouvernement allait « développer et renforcer la défense du marché intérieur » et « qu’elle ne permettrait pas d’attaques contre l’industrie nationale ».

Polémique sur l’aide à la production de véhicules 

Les déclarations de la Présidente Dilma Rousseff, lors des célébrations de la fête nationale du 7 septembre, affirmant « qu’elle ne permettrait pas d’attaques contre l’industrie nationale », se sont traduits dans les faits, par un vigoureux rapport de force entre le gouvernement et la branche des constructeurs automobiles.

Fin juin, le gouvernement proposait que les entreprises « qui présenteront des projets innovateurs incorporant plus de composants nationaux dans la fabrication des véhicules» soient dispensées du payement de l’IPI, l’Impôt sur les Produits Industriels jusqu’en 2016, un impôt qui peut culminer à 25%. Les 4 grands constructeurs automobiles brésiliens, Fiat, VW, Ford et General Motors proposaient alors que l’exemption d’IPI soit appliquée dès qu’au moins 60% des composants d’un modèle sont originaire du Mercosul (Voir Vision Brésil n° 26 août 2011).

La proposition a fait long feu. Devant la difficulté des constructeurs à proposer des projets concrets de substitution, le gouvernement a fait machine arrière. Il veut maintenant, au contraire… surtaxer à 30% l’IPI pour les voitures importées dont 65% des composants ne seraient pas fabriqués au Brésil ou dans le Mercosur ! Principale cible visée, les marques chinoises JAC et Cherry, qui font un tabac sur le marché. Les importateurs ont immédiatement réagit, ils menacent de saisir l’OMC car, affirment-ils, s’appuyant sur un avis de droit du Professeur Ali Nasser de la Fondation Getulio Vargas, « l’Organisation Mondiale du Commerce interdit la discrimination entre produits locaux et importés et ne permet pas d’exiger l’incorporation de contenus nationaux ».

D’autres spécialistes du secteur industriel regrettent qu’une fois de plus les autorités aient choisi la voie de la facilité pour protéger la production nationale : « au lieu de stimuler l’innovation, ce qui était la motivation première de la baisse de l’IPI pour les constructeurs faisant un effort de substitution, on offre une prime à la paresse en taxant les produits importés. A long terme, c’est une stratégie qui ne tient pas, la compétitivité va s’en ressentir ».

Et si le Brésil achetait de la dette européenne ?

L’idée n’est pas une boutade, l’ensemble des BRIC’s, dont les exportations dépendent largement des capacités d’absorption des marchés des pays industrialisés étudient sérieusement la possibilité d’accroître leurs avoirs en obligations libellées en euros dans le but d’aider les pays de la zone en pleine crise de la dette. C’est le journal de São Paulo « Valor Economico » qui l’affirme. Il pense même savoir que la perspective sera évoquée lors de la prochaine réunion des ministres des finances et des banquiers centraux des BRICS à Washington, le 22 septembre.

Guido Mantega, Ministre des Finances brésilien ne dément pas : « Nous allons nous réunir à Washington et nous allons parler de ce qu’il faut faire pour aider l’Union européenne à sortir de cette situation ». Rien n’a transpiré sur la forme de cette aide, mais s’il y a achat d’obligations européennes, cela devrait concerner « celles des pays les plus solides de la zone euro ». Donc vraisemblablement pas la Grèce, l’Espagne, l’Italie ou le Portugal.

La présidente Dilma Rousseff confirme que «le Brésil sera toujours disposé à participer à un effort international contre la crise », tout en soulignant qu’il n’y a pas de solution internationale, et que cela dépend beaucoup des pays concernés. La Chine détient une réserve de 3200 milliards de dollars, la Russie 525 milliards, le Brésil 350 milliards et l’Inde 320 milliards. Suffisamment pour acheter une quantité significative d’obligations émises par des pays de la zone euro si la décision est prise.

Moins de terres en mains étrangères ?

Il y a un an le gouvernement brésilien promulguait une ordonnance limitant l’achat des terres par les étrangers (voir Vision Brésil n° 16, août 2010). Depuis, plus aucun achat foncier effectué par des étrangers n’a été enregistré au Brésil ! Etrange, estime Eliana Calmon, Ministre chef de l’Inspectorat National de la Justice, qui a lancé ses limiers sur l’affaire. Résultat, les achats de terres au Brésil par des non-résidents continueraient de plus belle, à travers des prête-noms, avec la complicité généreuse de notaires et d’avocats des régions concernées.

La Sénateur Katia Abreu, Présidente de la Confédération de l’Agriculture et de l’Elevage, la CNA, le bras politique de l’agrobusiness  ne conteste pas: pour elle, l’achat clandestin de terres est le résultat prévisible des limitations imposées en 2010 par le Bureau du Procureur Général de l’Union dans l’application de cette nouvelle directive. Des limites qui ne font pas la différence entre les entreprises et les propriétaires privés. « Acheter légalement des terre devient impossible, cela tourne à la tragédie.  Limiter la présence étrangère met en danger des promesses d’investissements de 60 milliards de R$ (30 milliards de CHF / 25 milliards d’€) prévus d’ici 2017 dans le secteur forestier, la production de papier et de cellulose, la culture du soja, du maïs et la production de sucre et d’éthanol. »

Le registre officiel des propriétés foncières aux mains des étrangers est considéré comme largement sous-estimé au Brésil. En 1994, une estimation chiffrait déjà à 10% du territoire national, les terres aux mains des non-nationaux. Depuis, avec le boum de l’agro-industrie, ce chiffre a augmenté. « Notre travail, à l’Inspectorat National de la Justice, affirme Eliana Calmon, c’est de dévoiler les fraudeurs et de démanteler leurs réseaux criminels. C’est une question de sécurité nationale »

Vie des entreprises : Sodexo, Bunge, Fiat.

L´entreprise française Sodexo annonce l’acquisition de la société Puras do Brasil, moyennant 525 millions d’euros et affirme ainsi son leadership. Sodexo est implantée au Brésil depuis trente ans et offre des prestations qui vont de la restauration collective à la gestion d’espaces publics. L’entreprise emploie 22.000 personnes réparties sur plus de 1.300 sites.

La multinationale céréalière Bunge, annonce 2,5 milliards d’US$ d’investissement au Brésil d’ici 2016, afin d’augmenter de 50% la capacité de transformation de ses 8 unités sucrière. L’entreprise ne dit pas quelle sera la part de production d’éthanol carburant et celle de sucre brut. « Cela variera en fonction des prix du marché », justifie l’entreprise. Bunge fait partie des « Big 4 » du négoce céréalier mondial, aux côtés de Cargill, Glencore et du groupe Louis Dreyfus.

Fiat annonce un investissement de 4 milliards de R$ (2,1 milliards de CHF / 1,7 milliards d’€) afin de construire une nouvelle unité de construction a Goiana, une localité située à 60km de Recife, dans le Nord-Est. Le début de la production est prévue pour 2014, 200 à 250’000 véhicules devraient être fabriqués sur ce site de 14’000 hectares. Fiat, premier constructeur automobile du Brésil s’était déjà distingué il y a 35 ans en implantant sa première usine à Betim, près de Belo Horizonte dans le Minas Gerais, rompant ainsi avec la concentration industrielle autour de São Paulo. Il reproduit la même stratégie avec maintenant la « pernamboucalisation » de ses opérations : plus d’espace à disposition, une main d’œuvre meilleure marché, des avantages fiscaux et une absence de concurrence industrielle dans les environs.

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