L’Observatoire Social, un institut lié au monde syndical lance un nouveau pavé dans la mare : la sidérurgie brésilienne serait un des grands responsable du déboisement en Amazonie, car elle utilise pour ses hauts-fourneaux du charbon végétal provenant du déboisement illégal.

En juin 2009, l’Observatoire Social avait déjà défrayé la chronique en accusant des chaînes de supermarché du bricolage européennes et américaine de vendre du bois provenant du déboisement illégal (voir Vision Brésil n° 5, juin 2009). Il répète donc l’opération dans le domaine de la sidérurgie, avec un dossier extrêmement bien documenté qui met en cause plusieurs grandes entreprises.

L’enquête a été confiée au journaliste Marques Casara qui a débuté ses investigations à Nova Ipixuna dans l’Etat du Pará, là où ont été assassinés le 24 mai 2011 José Claudio Ribeiro et Maria do Espirito Santo qui dénonçaient la dévastation de la forêt liée notamment à la production illégale de charbon de bois. (Voir Vision Brésil n° 25, juin 2011). Le journaliste a ainsi pu établir, à partir de statistiques concernant la production de fer en 2010, gardées jusqu’ici confidentielles, que plus de la moitié de la production sidérurgique de la région dite du « Pôle de Carajas » était d’origine suspecte. 4 des 16 principales entreprises sidérurgies d’Amazonie seraient concernées : Cosipar, Sidepar, Margusa et Gusa Nordeste.

La fabrication d’acier principale source du déboisement ?

Ces informations sont peu connues du grand public qui associe généralement le déboisement à la vente de bois, la culture du soja ou l’élevage. L’Observatoire Social démontre cependant que la majorité des arbres abattus clandestinement alimentent les fourneaux de petites entreprises au service de la sidérurgie. Comment fonctionne cette activité illégale ?

A travers le « blanchiment » du charbon de bois de provenance douteuse, via l’obtention de faux certificats de conformité obtenus par le payements de pots de vin aux organes officiels de surveillance. Un mécanisme de corruption de même nature que celui ayant cours dans la « légalisation » du bois provenant du déboisement illégal vendu en Europe et aux Etats-Unis, déjà dénoncé en mai 2009 par l’Observatoire Social. Cet « acier sale » contamine toute la chaîne en aval, des dépôts de gros aux usines de montage des voitures, des appareils électro-domestiques, des ordinateurs et même de l’industrie aéronautique brésilienne…

500’000 tonnes d’acier de provenance douteuse

L’exemple le plus frappant est celui de « l’Industrie de Charbon Végétal Boa Esperança » qui contrôle 96 fourneaux dans la commune de Jacundá, toujours dans l’Etat du Pará. En mars 2011, cette firme déclarait détenir un stock de charbon de bois 66% plus important que celui officiellement contrôlé sur place par les fonctionnaires de l’IBAMA (l’Institut Brésilien de l’Environnement). La différence correspondrait à du charbon provenant de zones de déboisement clandestin, « légalisé  » par l’achat de crédits de carbone provenant d’autres secteurs.

« Charbon Végétal Boa Esperança » n’est pas seule dans son cas, les recoupements effectués par Marques Casara montrent que les 4 grandes entreprises citées dans son rapport, Cosipar, Sidepar, Margusa et Gusa Nordeste, auraient produit plus de 500’000 tonnes d’acier de plus que ne le permettait la capacité officiellement déclarée de leurs installations. Cet acier de provenance douteuse représenterait par exemple 54% de la production totale de Gusa Nordeste et 155% de celle de Sidepar.

Des entreprises qui ferment les yeux

D’après l’IBAMA les entreprises sidérurgiques sont parfaitement au courant de la provenance illégale de leur charbon végétal. « Légalement, elles doivent planter leurs propres forêts pour produire du charbon, explique Luciano Menezes Evaristo, Directeur du Service de Protection de l’Environnement, mais elles ne le font pas. » Ainsi, note l’Observatoire Social, le propriétaire de « Charbon Végétal Boa Esperança » utilise 15 CNPJ différents correspondant à 500 fourneaux répartis sur une superficie de 10km2 autour de Boa Esperança. Le CNPJ au Brésil est l’inscription légale et obligatoire d’une firme au registre du commerce.

Dernier élément de l’enquête de l’Observatoire Social, ces entreprises « achèteraient » des crédits de carbone aux petits agriculteurs de la région installés sur les terres de la réforme agraire, pour « blanchir » le charbon de bois illégal. C’est une des raisons qui pourrait expliquer l’assassinat de José Claudio Ribeiro et Maria do Espirito Santo qui vivaient dans une zone de la réforme agraire. Depuis le mois de mai, 5 agriculteurs dénonçant l’extraction illégale de bois ont été assassinés. Les services de l’IBAMA ont fermé 9 scieries qui fournissaient du bois pour les fourneaux à Nova Ipixuna et détruits plus de 120 fours clandestins depuis mars 2011.

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