La BNDES achète du franc suisse; chasse aux avoirs des brésiliens à l’étranger ; chute des ventes de jus d’orange ; allégement des charges sociales dans l’industrie automobile ; délocalisation au Paraguay ; marché aérien brésilien en explosion, mais trop cher.

La BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Social a contracté un emprunt de 200 millions de francs suisses (400 millions de R$) pour une durée de 5 ans. C’est la première fois en 14 ans que la BNDES, institution publique brésilienne, recourt au franc suisse.

Elle affirme que cette opération fera référence pour le proche avenir : en effet, les turbulences qui affectent l’euro et le dollar renchérissent les emprunts dans ces monnaies. Le coût de « l’emprunt suisse » à 5 ans est estimé à 3,9%, contre 4,125% pour un emprunt en euro sur 7 ans effectué en 2010.

« L’accès au marché en francs suisses est aussi un gage de qualité pour les souscripteurs, explique Sergio Foldes, Directeur du Département des Opérations Internationales de la BNDES, car ce sont  des investisseurs très conservateurs, extrêmement exigeant sur le rating ».

Chasse aux avoirs des brésiliens à l’étranger

Les personnes qui résident au Brésil, nationaux ou étrangers, l’ignorent la plupart du temps, mais lorsqu’elles remplissent leur déclaration d’impôts, elles doivent déclarer leurs avoirs à l’extérieur supérieurs à 100’000 US$,  comptes en banque, fortune ou immobilier, des avoirs qui sont soumis au fisc brésilien même sil y a un accord de coopération bilatéral avec le pays d’origine.

Le Département Fiscal de la Banque Centrale renforce depuis cette année le contrôle sur les fraudeurs ou les mauvais payeurs. En 2009, il a prononcé 3 amendes à leur encontre, il vient d’en infliger 62 pour l’année 2010 et 52 pour les seuls mois de janvier à mai 2011. L’obligation de déclarer ses biens à l’étranger a été instaurée par le régime militaire en 1969 et cette loi reste en vigueur aujourd’hui. La Banque Centrale limite toutefois ses contrôles aux trois dernières années.

Chute des ventes de jus d’orange

Le phénomène à commencé en 2000 et s’est accentué : la part des ventes de jus d’orange baisse régulièrement sur le marché mondial des boissons (moins 1,6% par an) au profit des sodas (plus 2,7%) du café instantané (plus 8,2%), de l’eau minérale (plus 15,3%) et du thé (plus 20,9%).

Les 4 grands producteurs brésiliens de jus d’orange, Cutrale, Citrosuco, Citrovita et Louis Dreyfuss Commodities, qui contrôlent 85% des ventes mondiales ont décidé de réagir en lançant une campagne « I fell orange », centrée sur les jeunes et les réseaux sociaux de l’internet. Leur objectif est double : mieux profiler le jus d’orange brésilien en Europe où il ne dispose pas de marques propres, et développer les marchés indiens et chinois sur lesquels le jus d’orange reste une boisson encore trop chère pour la majorité de la population.

Le cours international du jus d’orange est à 2’500 US$ la tonne alors que celui du jus de pomme, numéro 2 des ventes mondiales est à 700 US$ grâce notamment aux subsides gouvernementaux que reçoivent les producteurs européens et nord-américain. « C’est une guerre déloyale et il faudra bien un jour trouver une solution » déclare Christian Lohbauer, Président de Citrus BR, l’organisme qui regroupe les 4 géants du jus d’orange brésiliens.

Allégement des charges sociales dans l’industrie automobile

L’industrie automobile sera le premier secteur à bénéficier de la nouvelle politique industrielle mise en place par la Présidente Dilma Rousseff pour contrer la baisse des exportations et la hausse des importations dues au renchérissement de la monnaie brésilienne face au dollar et à l’euro. Désormais, les entreprises « qui présenteront des projets innovateurs incorporant plus de composants nationaux dans la fabrication » seront dispensées du payement de l’IPI, l’Impôt sur les Produits Industriels jusqu’en 2016, un impôt qui culmine à 25%.

La mesure fait suite à une campagne des 4 grands constructeurs automobiles brésiliens, Fiat, VW, Ford et General Motors auprès du gouvernement afin qu’il prenne des mesures pour freiner l’importation croissante de véhicules chinois et coréens. Les constructeurs proposent que l’exemption d’IPI soit appliquée dès qu’au moins 60% des composants d’un modèle sont originaire du Mercosul.

Cette exonération fiscale n’aura cependant pas d’effet sur le prix pour les consommateurs, les sommes économisées permettront seulement d’assumer le surcoût en réais de la fabrication sur place des pièces par rapport à leur importation.

Délocalisation au Paraguay

Cette exonération de l’IPI pour le secteur automobile ne va pourtant pas résoudre à elle seule le problème de la « désindustrialisation » au Brésil, liée à la sur-valorisation du R$. Beaucoup d’industriels cherchent donc des solutions du côté de la délocalisation. Plusieurs entreprises brésiliennes ont déjà implanté des unités de fabrication en Chine et en Inde, mais essentiellement pour alimenter les marchés locaux jusqu’à présent.

Un nouveau mouvement se fait jour : des usines brésiliennes se déplacent… au Paraguay,  pour produire pour le marché brésilien ! Membre du Mercosul, ce pays voisin affiche depuis quelques années une très bonne santé économique, avec un taux de croissance de 5% et surtout, un fisc à 10% seulement, largement inférieur aux 25% de l’IPI brésilien. Les salaires et les charges sociales y sont aussi bien plus bas qu’au Brésil.

Il faut dire qu’aujourd’hui, le Brésil est un des pays où le coût du travail le plus cher du monde : Hélio Zylberstajn, professeur à l’Université de São Paulo a calculé que pour un salaire fixé à 2’000 R$ (1’000 CHF / 900 €), les charges et impôts se montent à 837 R$, soit 32,3% du total. Ainsi, l’entreprise payera effectivement 2’596 R$ et le salarié ne recevra que 1’759 R$ ! « C’est donc plus de ce côté qu’il faut regarder si on veut contrer l’offensive de charme paraguayenne vis à vis des entreprise brésiliennes »que de celui de la hausse du cours de R$ conclut Carlos Alberto Sardenberg, journaliste économique au quotidien O Globo.

Marché aérien brésilien en explosion, mais trop cher.

Le nombre de passagers sur les vols intérieurs brésiliens a augmenté de 21, 4% durant le 1er semestre 2011, en relation à la même période de l’année précédente. Rien qu’au mois de juin, la hausse a été de 19,54%. Un phénomène qui s’accentue d’année en année et entraîne de vastes modifications dans le secteur. Ainsi, la compagnie GOL, numéro 2 sur les vols intérieurs vient de racheter Webjet, 4ème opérateur. TAM, sa principale concurrente, est dans l’attente du feu vert des autorités chiliennes pour concrétiser son alliance avec LanChile.

Les aéroports se doivent d’absorber cette hausse constante du nombre de passagers ! Le gouvernement a ainsi décidé de privatiser 4 d’entre eux pour leur permettre d’accélérer les travaux de modernisation nécessaires avant l’échéance de la Coupe du Monde de Football de 2014 au Brésil (Voir Vision Brésil n°24, mai 2011). Des aéroports dont les taxes d’embarquement internationales sont par ailleurs les plus chères du continent américain : 42 US$ à Rio de Janeiro, contre 29 à Buenos Aires, 20 à Panama et 21 à New York.

Mais il n’y a pas que l’aviation de ligne qui fait sa révolution au Brésil. Le transport aérien particulier explose lui aussi, notamment dans le secteur des hélicoptères. Le Helipark de São Paulo, le plus grand d’Amérique latine, prévoit de se doter d’un second patio de 116’000 m2 en 2013. 600 hélicoptères survolent régulièrement la capitale économique du pays, c’est la seconde flotte du monde après New York. Dans l’ensemble du Brésil, 1’400 hélicoptères sont en service, une augmentation de 200% en 15 ans.

Les déplacements urbains par les airs des managers pour éviter les embouteillages de São Paulo et de Rio de Janeiro y sont pour quelque chose, mais le développement de l’activité pétrolière off shore y contribue aussi: les navettes entre la terre ferme et les plates-formes en mer se font toutes par hélicoptère, un trafic qui devrait encore augmenter avec le début de  l’exploitation du pétrole des grandes profondeurs, dit du « Pré-Sal ».

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