Alors que les économies d’Europe et des Etats Unis sombrent dans une crise de la dette sans précédent, l’Amérique latine attire de manière croissance, investisseurs et professionnels des pays développés. Les jeunes espagnols forment le gros du contingent de cette nouvelle migration explique le quotidien El Pais. Mais ils ne sont pas les seuls car obtenir un poste de manager dans une multinationale au Brésil ou au Mexique, c’est assurer sa future carrière au siège de l’entreprise.

Beaucoup d’observateurs estiment que l’Amérique latine est désormais le moteur de la décennie. “La région possède les plus importantes réserves mondiales d’eau, les plus grandes réserves de matières premières et un marché de 600 millions de personnes sur un territoire grand comme quatre fois l’Europe. L’augmentation des prix des matières premières inonde la région d’argent”, résume El País.

L’Amérique latine, moteur de la décennie

La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepal) affirme elle que la région « connaît la plus grande croissance des investissements directs étrangers au niveau mondial”. Ils ont augmenté de 40 % dans la région entre 2009 et 2010, atteignant 112,6 milliards de dollars (environ 78 milliards d’euros). Ils devraient encore croître de 15 à 25 % en 2011.

Le Brésil en est le premier bénéficiaire, avec 48,4 milliards de dollars, suivi par le Mexique (17,7 milliards de dollars), le Chili (15 milliards), le Pérou (7,3), la Colombie (6,7) et l’Argentine (6,1). Le Brésil est ainsi passé du 15° au 5° rang mondial des pays recevant le plus d’investissements directs destinés à la production entre 2009 et 2010. Leur montant a augmenté de 84,6% en une année note la CNUCED (la Commission des Nations Unies pour le Commerce et le Développement), cela reflète le nouvel intérêt des grandes entreprises transnationales pour les pays émergeants au moment où la crise touche l’Europe et les Etats Unis.

Capitaux nord-américains, européens et chinois

Les Nord-américains restent les premiers investisseurs avec 17 % des sommes totales, devant les Pays-Bas (13 %), la Chine (9 %), le Canada et l’Espagne (4 % chacun). Les pays de la région sont non seulement attractifs pour les investisseurs étrangers, mais ils se lancent de plus en plus à la conquête d’autres marchés à travers les translatinas [les grandes entreprises latino-américaines]”, ajoute la Cepal. Les entreprises latino-américaines ont investi la somme record de 43,1 milliards de dollars dans d’autres pays en 2010.

Il n’y a pas que les capitaux qui affluent en Amérique latine. Les professionnels qualifiés en début de carrière se bousculent aussi au portillon. C’est particulièrement vrai pour les Espagnols. L’équation semble en effet claire: une génération d’Espagnols sans perspectives d’avenir fait traîner, d’année en année, ses études supérieures ou enchaîne les stages non rémunérés. Pendant ce temps, un continent affairé à poser les fondations de son développement manque de travailleurs qualifiés.

Un nouveau type d’immigrant : jeune, qualifié et ambitieux

Il existe aujourd’hui un profil type de l’émigrant espagnol en Amérique latine : la trentaine, très qualifié, célibataire. A l’exemple de Juan Arteaga, 30 ans, qui vit depuis cinq ans à Mexico. Après des études de journalisme, il a tenté de faire son trou à Santander, “mais en Espagne c’est compliqué. Tu te retrouves plus facilement serveur que journaliste.” Aujourd’hui, il travaille pour le cabinet de consultants Llorente y Cuenca, spécialisé dans les réseaux sociaux et la communication en ligne, dans la capitale mexicaine.

« Le monde du travail n’a rien à voir ici et en Espagne, poursuit Juan Arteaga. Tu travailles énormément, il y a moins de congés. Mais les efforts sont récompensés. Celui qui travaille bien progresse très vite. Je suis arrivé sans argent, sans réseau, et cinq ans plus tard je m’occupe de la communication chez de Coca-Cola sur son deuxième marché mondial, et tout ça à 30 ans. En Espagne, je serais encore stagiaire.”

Même constat au consulat de Colombie à Madrid, où on enregistre une augmentation sans précédent des demandes de visa de travail : 45 par mois en 2008, 70 cette année, avec une forte demande de permis spécifique permettant de nouer des contacts commerciaux.

Le Brésil passage obligé

« Un continent neuf à construire d’un côté, un vieux continent en plein marasme, les deux réalités tendent à se rejoindre et vont former le panorama des 10 prochaines années » note le cabinet de consultant Hays qui publie annuellement un guide salarial mondial. Pour l’édition 2011, 48’000 interviews ont été réalisés dans 10’000 entreprises et le Brésil se classe champion toutes catégories : 80,4% des entreprises brésiliennes consultées annoncent qu’elles vont recruter des techniciens ou des managers sur le marché international cette année.

Le Brésil est ainsi devenu une étape presque incontournable dans le parcours des managers des multinationales qui veulent accéder à la direction générale. Une expérience de CEO au Brésil permet en effet de prouver ses compétences, note encore Hays, « parce qu’en Europe ou aux Etats Unis, on leur demande surtout de réduire les coûts, alors que dans une économie en croissance comme le Brésil, il doivent prouver leur dynamisme et leur créativité.  En Europe et aux Etats-Unis, on donnera la préférence à un directeur financier, alors que dans un pays émergeant, il faut un profil plus large, capable d’affronter des défis externes à l’entreprise comme les relations avec le gouvernement. »

L’enjeu est crucial pour les multinationales. En 2007 (ce sont les derniers chiffres connus), 50% des managers des grandes entreprises du monde entier étaient en passe d’atteindre l’âge de la retraite. Le temps moyen de permanence au poste de CEO a aussi diminué de 8,1 ans à 6,3 ans entre 2001 et 2010. « C’est dire qu’un passage par le Brésil accompagné de résultats performants est un atout fondamental pour celui qui veut profiler aujourd’hui sa carrière internationale » conclut Debra Nunes, analyste chez Hays Group.

Boum immobilier

Troisième volet de cet engouement pour le continent latino-américain, la pierre. Là encore, c’est le Brésil qui se distingue avec une hausse des investissements étrangers dans l’immobilier de 150% en 2010. Un chiffre qui devrait être largement dépassé cette année, note Sotheby’s International Realty qui annonce 400 millions de R$ (200 millions de CHF / 190 millions d’€) de vente probables sur le marché brésilien d’ici décembre 2011.

Qui achète ?  Des managers qui viennent s’installer à São Paulo, des retraités aisés qui passent quelques mois à Rio de Janeiro et louent leur bien le reste de l’année, ou des investisseurs attirés par la hausse des prix des résidences de luxe au Brésil : le m2 dans le quartier chic de Leblon à Rio de Janeiro se négocie aujourd’hui à 14’000 R$ (7’000 CHF / 6’900 €), c’est 44,9% de plus qu’en juillet 2010 ! Et puis, les grands événements  mondiaux à venir, Coupe du Monde de Football 2014 et Jeux Olympique 2016 contribuent à stimuler marché immobilier, surtout à Rio de Janeiro.

Risque de bulle spéculative ? Pas vraiment affirment les connaisseurs de la branche. Il y a certes une pression inflationniste, mais les prix suivent et les besoins en logement liés à l’installation de nouvelles entreprises étrangères au Brésil sont loin d’être satisfaits. En outre, une législation bancaire assez rigide empêche en principe le surendettement pour acquérir un bien foncier. Le syndrome des « surprimes » ne semble donc pas devoir atteindre le Brésil dans un proche avenir.

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