L’Organisation Internationale du Travail vient de vivre une petite révolution à Genève. Pour la première fois de son histoire, elle a adopté une norme mondiale qui concerne le secteur informel : les domestiques et femmes de ménage auront désormais légalement droit aux week-ends, aux vacances payées et à la retraite. Comme les autres travailleurs. Les différents pays membres de l’OIT devront encore ratifier cette « Convention concernant le travail décent pour les travailleuses et les travailleurs domestiques » pour qu’elle entre en vigueur. Au Brésil, « babas », « faxineiras » ou « empregadas domesticas » n’ont pas attendu l’adoption des nouvelles normes de l’OIT pour faire leur propre révolution. Essuyer la poussière ou s’occuper d’un enfant devient une profession lucrative.

Eleronia Sousa, 29 ans, pouponne 2 jumeaux de 3 ans et un bébé de 1 an 8 mois dans une famille aisée de Rio de Janeiro. C’est une « baba » comblée. A sa disposition, une voiture pour conduire les enfants à la crèche ou chez le médecin, une carte de crédit pour les emplettes de la maison et un salaire qui lui permet de se bâtir une maison de 140 m2 dans un quartier, disons… plus modeste. Eleronia est compétente, elle a plusieurs années d’expérience dans le métier et elle a fait un séjour de 6 mois en Australie pour apprendre l’anglais. Elle a obtenu son poste actuel sans difficulté vu la pénurie de domestiques de talents.

4’500 euros par mois

Les femmes de ménages étaient 423’000 à Rio de Janeiro en 2006, selon l’IBGE, l’Institut Brésilien de Statistiques, 380’000 en 2010, 10% de moins. « Traditionnellement la profession est dévalorisée au Brésil et dès qu’elles le peuvent, les employées de maison cherchent autre chose, réceptionnistes d’hôtels, hôtesses dans un salon de beauté ou vendeuses » explique Roberta Rizzo qui tient une agence de recrutement de main d’œuvre domestique. Avec la prospérité économique, les opportunités de ce genre se sont multipliées. Et l’augmentation des salaires a permis aux femmes de ménages de retourner à l’école pour se former à d’autres métiers. Alors quand elles décident éventuellement de revenir à la profession, c’est avec des exigences très claires.

Irene Ribeiro da Silva fait partie du top de cette catégorie. Elle partage son temps entre les jumeaux d’une famille et les triplés d’une autre pour un salaire mensuel 10’500 R$ (5’700CHF / 4’500€). La moyenne des revenus des femmes de ménage à Rio de Janeiro est de 800 R$ par mois. Pourtant, on s’arrache Dona Irene : « j’avais absolument besoin d’elle déclare Fabiana Protasio, directrice dans les assurances. Maintenant, je peux dormir tranquillement toute la nuit, même quand un des jumeaux est malade. »

Liste d’attente

Irene fait donc les nuits, mais pas les week-ends et ses vacances sont payées. 54 ans plus tôt, elle naît dans un petit village de la Bahia où elle ne réussit même pas à terminer l’école primaire. Elle migre à Rio et lors de son premier emploi, elle était payée quand sa patronne le veut bien. Un mois oui, un mois non. Elle a ensuite dû cacher à son second employeur qu’elle suivait à ses frais, un cours d’infirmière. « Aujourd’hui, pour trouver une perle comme Irene, il faut courir les sites de recrutement explique Roberta Rizzo. Chez moi, l’ouverture d’un dossier de recherche coûte 600 R$ (330CHF /265€) et j’ai 120 clients en liste d’attente. Tous sont prêts à payer au minimum 1’500 R$ par mois ».

« La classe moyenne va devoir s’adapter analyse Marcelo Neri, économiste. S’équiper de machines à laver la vaisselle, de produits efficaces pour nettoyer la maison et recourir à de nouveaux systèmes de crèches. » Signe des temps, à São Paulo, beaucoup des nouveaux immeubles en construction ne prévoient plus dans les appartements, la « chambre de bonne », logée au fond des communs, derrière le coin à lessive et l’armoire à balais.

Révolution copernicienne

« Pour moi, ce n’est pas un problème juge Nelson Motta, producteur musical. J’ai vécu 9 ans à New York. J’y ai appris à faire la vaisselle tout seul et à laver mon linge. Là-bas, il n’y a pas de chambre de bonne. » Tous les brésiliens n’ont pas sa souplesse d’esprit. Pour beaucoup, renoncer à la présence de leur employée de maison 24h sur 24 ou la faire venir un seul jour par semaine, représente une révolution copernicienne.

Ils ont encore du temps pour s’adapter. Alors qu’en France, les domestiques ne sont plus que 2,5% de la population laborieuse, et en Suisse, 1,2%, au Brésil, leur nombre est encore de 7,1% même s’il a baissé de 10% en 5 ans.

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