Triumvirat de femmes à la tête du pays ; Cas Battisti, la polémique continue ; deux nouveaux Etats de l’Union en perspective; Adieu à Ronaldo ; le Paraguay fête ses nouvelles royalties brésiliennes ; l’Autorité Olympique de Rio enfin confirmée; valse-hésitation autour du secret d’Etat.

Dilma Rousseff a vécu sa première grande crise politique suite aux accusations d’enrichissement suspect portées contre son ministre de la « Casa Civil » Antonio Palocci. Après avoir résisté aux pressions pendant quelques semaines, elle s’est résignée à s’en séparer. Pour renouveler sa garde rapprochée politique, Dilma Rousseff a alors nommé 2 femmes, Gleisi Hoffmann à la « Casa Civil », qui va faire office de Premier Ministre, et Ideli Salvatti qui sera elle chargée des négociations avec les Chambres.

Trois enseignements, à l’issue de cette crise : le départ obligé de Palocci signe la fin de l’influence visible de l’ex-Président Lula, – qui avait insisté pour le voir nommé à ce poste stratégique de la « Casa Civil » -, sur l’équipe de Dilma Rousseff. Elle renforce aussi le poids des femmes au gouvernement et dans l’administration. Elles sont désormais 10 à être ministres et le mouvement de féminisation s’étend au Affaires Extérieures, l’Itamaraty, historiquement un bastion du conservatisme masculin. Quatre des neuf nouveaux ambassadeurs intronisé ce mois sont des ambassadrices, les représentations à l’étranger comptent désormais 339 femmes, c’est 21% de l’effectif total. Parmi elles, les ambassadrice en Israël et en Palestine.

Enfin, la nomination de Gleisi Hofmann et d’Ideli Salvatti est un acte d’indépendance de la Présidente face aux partis qui la soutienne, lesquels avançaient d’autres noms, tous masculins. Les nouvelles coordinatrices de l’action politique gouvernementale auront-elles assez d’affinité avec les parlementaires pour réussir ? Certains en doutent, – avec discrétion par peut d’être taxés d’emblée de machisme -, mais relèvent que les deux femmes se sont faites une réputation de « lionnes » peu enclines au compromis lorsqu’elles étaient parlementaires.

Cas Battisti, la polémique continue

Le Tribunal Suprême a finalement choisi de confirmer la décision du Président Lula prise au dernier jour de son mandat le 31 décembre 2010, et accorde l’asile politique à Cesare Battisti, condamné par contumace en Italie à la prison perpétuelle pour 4 meurtres à l’époque du terrorisme des « années de plomb » de la décennie 1970. Battisti a toujours nié les faits. Il est arrivé au Brésil sous une fausse identité en 2004 et attend en prison qu’on statue sur son sort depuis 2007. Il a été immédiatement libéré après la décision du STF.

Rome proteste avec véhémence, accusant le Brésil de violer le traité bilatéral qui unit les deux pays, et annonce qu’il va saisir le Tribunal International de La Haye. «  Refuser d’extrader Battisti est une erreur commise par le seul Président Lula et pas par le gouvernement actuel », précise toutefois prudemment le Ministre des Affaires Etrangères Franco Frattini. Dans la presse italienne, on est plus virulent : la sanction brésilienne est jugée comme une attaque à la souveraineté nationale. « En se comportant de cette manière, le Brésil démontre qu’il n’est pas encore prêt à être une puissance mondiale crédible ».

Pour la petite histoire, les autorités de la commune de San Polo del Piave, dans la province de Trévise, ont suspendu le processus de jumelage en cours avec la municipalité de Arroio Trinta dans l’Etat de Santa Catarina, en signe de représailles. Arroio Trinta compte 3’500 habitants, 97% d’entre eux sont des descendants d’immigrants italiens venus s’installer au Brésil à la fin du XIX° siècle.

Deux nouveaux Etats de l’Union en perspective

La République Fédérative du Brésil comptera bientôt 2 Etat de plus, ceux du Carajás et du Tapajós. Capitales respectives : Santarém et Marabá. Ils vont naître grâce à la division de l’actuel Etat amazonien du Pará, plus grand que la France, mais peuplé seulement de 6 millions d’habitants dont ¼ sont concentrés à Belém. Ce démembrement devrait faciliter la gestion administrative et les prises de décision dans les régions éloignées de la capitale actuelle. Les communications avec Belém sont en effet souvent précaires.

La gestation de ces nouveaux Etats ne sera cependant pas de tout repos. Le Tapajós en effet, hérite du polémique projet de barrage de Belo Monte, le 3ème plus grand barrage du monde, et l’économie du futur Carajás, qui détient les principales réserves de minerai de fer du pays, est très dépendante des activités de la Vale, une des plus grandes entreprises sidérurgiques du monde.  L’élevage vient ensuite, dont la croissance contribue au déboisement illégal.

L’adieu à Ronaldo

Il n’a joué que quelques minutes pour son ultime match de gala, histoire de se faire ovationner une dernière fois. Nike lui a aussi offert deux répliques en or de ses premières et dernières chaussures de footballeur en hommage à sa carrière. Car même s’il n’est plus que l’ombre de lui-même sur le terrain, « Ronaldo Fenomeno » reste un très grand footballeur qui rejoint au panthéon ses illustres prédécesseurs Pelé et Garrincha. Son retrait marque d’ailleurs un tournant pour l’équipe nationale, qui n’a pas encore réussi à lui trouver un vrai successeur. La fameuse chemise n°9 d’attaquant qui lui était réservée, a déjà été revêtue par une douzaine de joueurs, mais aucun n’a réussi à se hisser à la hauteur de Ronaldo.

Le Paraguay fête les nouvelles royalties brésiliennes 

C’était une promesse faite en 2009 par les président du Brésil, Lula da Silva et son homologue paraguayen, Fernando Lugo. Le Brésil allait revoir l’accord sur l’exploitation du barrage hydroélectrique frontalier d’Itaipú et augmenter les royalties annuelles versées au Paraguay. 360 millions de dollars au lieu des 120 actuels. Ce traité a été adopté par le Sénat brésilien le 12 mai, juste avant la célébration du 200e anniversaire de l’indépendance du Paraguay. Pour Fernando Lugo, cette décision « contribue à la reconquête de la souveraineté nationale ». L’accord passé dans les années 1970, entre le gouvernement militaire brésilien et le dictateur paraguayen Alfredo Stroessner était en effet trop désavantageux pour le Paraguay, qui n’utilise que 10% de l’électricité produite par le barrage.

L’Autorité Olympique de Rio confirmée

Le gouvernement avait annoncé en janvier la nomination de l’ancien Président de la Banque Centrale Henrique Meirelles à la tête de l’Autorité Olympique. Depuis, la confirmation officielle se faisait attendre, ralentissant d’autant les prises de décisions concernant les travaux de préparation des J.O. de 2016. Henrique Meirelles a finalement été désigné à un nouveau poste, celui de Président du Conseil Publique Olympique, hiérarchiquement supérieur, « qui va lui donner une plus grande marge de manœuvres » affirme Brasilia.

L’ancien Ministre des Villes du gouvernement Lula, Marcio Fortes, devient lui Président de l’Autorité Olympique. Les autorités brésiliennes veulent ainsi donner un signal fort de leur volonté de maîtriser les coûts de l’opération, -Henrique Meirelles était connu pour sa rigueur lorsqu’il était à la tête de la Banque Centrale-, et faire en sorte que l’événement laisse un héritage urbanistique important à Rio de Janeiro, en choisissant Marcio Fortes, ingénieur civil spécialisé dans le développement urbain, qui a exercé sa fonction de ministre entre 2005 et 2010.

Valse-hésitation autour du secret d’Etat

Le Brésil aura très bientôt une nouvelle loi sur la transparence publique. Elle autorisera l’accès des citoyens presque sans restriction, aux décisions prises par leurs autorités et les archives historiques leur seront ouvertes. Il a fallu du temps pour que tout le monde tombe d’accord. Notamment en ce qui concerne l’ouverture des documents du passé. Dans une première version, le texte autorisait le maintien éternel du secret d’Etat pour les documents sensibles, diplomatiques ou militaires. Lors de sa discussion, le Congrès abroge cette limitation : tous les textes doivent être en accès libre après 25 ou 50 ans au plus.

Deux anciens présidents, José Sarney, nommé à l’époque de la fin de la dictature militaire et Fernando Collor, frappé d’impeachment pour corruption en 1992 montent alors au créneau, arguant que la révélation de certains secrets « pourraient provoquer des frictions avec des pays voisins ». Ils font référence à la Guerre du Paraguay (1864-1870). La Présidente Dilma Rousseff, qui s’était pourtant engagée pour avait la transparence totale durant sa campagne électorale, change de position et endosse le point de vue de José Sarney et Fernando Collor.

Sa décision provoque un tollé, les deux ex-présidents sont soupçonnés de vouloir cacher leurs propres agissements lorsqu’ils étaient en poste. Dilma Rousseff fait marche arrière et promet maintenant que le gouvernement « suivra les décisions du Parlement ». Le Sénat doit confirmer la proposition du Congrès, dans une prochaine session. S’il le fait, l’accès aux archives sera totalement libéré après 25 ou 50 ans. Le Brésil rejoindra ainsi les pays du continent américain qui pratiquent la transparence citoyenne. Le Mexique en est actuellement l’exemple le plus achevé.

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