Palier à la pénurie de main d’œuvre qualifiée ; leçon d’anglais dans les favelas ; expulsions forcées pour la Coupe du Monde 2014 et les J.O. de 2016 ; les Quilombos au Tribunal ; main d’œuvre infantile ; Radios et TV sous influence.

La pénurie de main d’œuvre qualifiée est aujourd’hui un des principaux goulets d’étranglement de la croissance brésilienne. Les besoins en maçons, plombiers, électriciens pour la construction civile, en mécaniciens, électroniciens, serveurs, cuisiniers pour les services, explosent avec les grands travaux en cours et les échéances de la Coupe du Monde de 2014 et des J.O. de 2016. Or les professionnels formés disponibles sur le marché pour répondre à ces demandes ne sont qu’une poignée car le système de formation au Brésil ne s’est jamais préoccupé de qualifier ce type de main d’œuvre. 

Le gouvernement réagit et lance un vaste « Programme National d’Accès à l’Enseignement Technique » qui devrait permettre de former 3,5 millions de professionnels d’ici 2014, 500’000 déjà en 2011. Les ministères de l’Education, du Travail et de l’Economie, ainsi que les administrations des Etats et les Préfectures sont mobilisés. 850 nouvelles écoles techniques seront créées dans tout le pays et le secteur privé est incité à recycler son propre personnel. 2’800 nouveaux professeurs techniques seront aussi engagés dans cette opération dont le montant n’a pas encore été chiffré.

Le public cible de cette formation technique sera les élèves ayant terminé l’école obligatoire, les chômeurs et certains bénéficiaires de la Bourse Famille.

Leçons d’anglais gratuites dans les favelas

Le binôme J.O.2016 et Unités de Police Pacificatrice dans les favelas a des effets très positifs à Rio de Janeiro. Parmi eux, l’initiative du Consulat américain de proposer des cours d’anglais gratuits aux jeunes de ces quartiers afin de les aider à entrer dans le monde du travail. Il est vrai qu’avec l’afflux de visiteurs attendus, la maîtrise de la langue de Shakespeare devient indispensable. Les premiers cours sont donnés dans la favela du Morro de Cantagalo à Ipanema, les suivants seront dispensés aux habitants du Morro da Providencîa à Gamboa dans le centre, 2 favelas dotées d’UPP, les Unités de Police de Pacification.

Expulsions forcées pour la Coupe du Monde 2014 et les J.O. de 2016 ?

Le « Rapporteur Spécial de l’ONU pour le Droit à un Logement Digne » dénonce des expulsions forcées d’habitants à Rio de Janeiro, São Paulo, Belo Horizonte, Recife, Porto Alegre, Curitiba, Natal et Fortaleza, et cela dans le cadre des travaux préparatoires de la Coupe du Monde 2014 et des Jeux Olympiques 2016. Il ne s’agit pas, selon le rapporteur d’expulsions collectives « manu militari », mais de manque de transparence dans les procédures et d’absence de dialogue. Les populations concernées sont prises de court par des délais trop brefs. La valeur trop basse des indemnisations, obligeant ces personnes à se reloger à bas coût dans des zones éloignées de leur lieu de vie, est aussi dénoncée comme un élément favorisant la reconstitution et la multiplication de nouvelles favelas.

La dénonciation est signée par le Rapporteur Spécial pour le Brésil, Raquel Ronik, professeur d’Architecture et d’Urbanisme à l’Université de São Paulo, qui s’est basée sur des plaintes émanant d’ONG’s ou d’avocats commis à la défense publique des plaignants, mais n’a pas procédé à des vérifications sur le terrain.

Les Quilombos au Tribunal

Bientôt peut-être, enfin, l’heure de la décision judiciaire pour les Quilombos, ces territoires revendiqués par les afro-descendants. Un décret, signé par le Président Lula en 2003, leur accorde au titre de « réparation historique », le droit de s’installer collectivement sur des terres qui ont été historiquement des lieux de regroupement  des esclaves fugitifs. Le DEM, parti d’opposition de droite a en effet déposé une plainte devant le Tribunal Suprême Fédéral, il y a quelques années déjà, pour « inconstitutionnalité » de cette décision. A l’origine, le fait que plusieurs des territoires revendiqués sont aujourd’hui d’intérêt stratégique pour le pays, telle la base de lancement de satellites d’Alcantâra, voisine de São Luis dans le Maranhão. Elle devrait être en partie évacuée si les « Quilombolas »  obtiennent gain de cause.

Le DEM met aussi en question les modalités permettant de définir un territoire quilombo, des modalités qui se basent sur l’expertise par des anthropologues de « récits oraux justifiant l’identité culturelle et ethnique des demandeurs » et non sur des critères de descendance généalogique. De son côté, la Fondation Palmeras, chargée de mener ces enquêtes ethnologiques, explique que jusqu’à présent 1’000 titres de Quilombos ont été attribués, mais que 3’000 autres sont en attente de formalisation. Parmi eux, beaucoup sont situés en zone urbaine.

Le Tribunal Suprême Fédéral n’a pas encore formellement fixé la date à laquelle il débattra de cette question, mais ce pourrait être pour bientôt.

Main d’œuvre infantile

Encore beaucoup trop d’enfants au travail au Brésil ! Cette fois, c’est sur les employés de maison que les projecteurs se braquent. Les fillettes oeuvrant à des travaux domestiques contre rémunération plus particulièrement. Elles seraient 102’000, entre 10 et 14 ans à laver ainsi la vaisselle et le linge contre salaire, selon une évaluation nationale datant de 2009. C’est 30’000 de moins qu’en 2001 certes, mais c’est encore trop, le travail des enfants étant interdit au Brésil. La grande majorité de ces employées mineures se concentre dans les régions Nord et Nord-Est du pays.

Radios et TV sous influence

Prise de position publique inédite de l’UNESCO qui met en question un article de la Constitution déterminant que l’octroi de concessions radio et TV doit être approuvé par le Congrès et le Sénat. « Mettre entre les mains du pouvoir législatif l’octroi de telles concessions est une anomalie qui menace la démocratie et viole la garantie des Droits de l’Homme » justifie l’UNESCO. L’Organisation des Nations Unies pour l’Education la Science et la Culture suggère la création d’une agence régulatrice des médias, indépendante des intérêts politiques et économiques du secteur, qui approuveraient ces concessions, sur le modèle de ce qui existe dans d’autres pays démocratiques.

L’UNESCO questionne aussi la concentration de la propriété des moyens de communication au Brésil et recommande d’établir « des règles plus solides en la matière ». Sont notamment montrées du doigt les difficultés que rencontrent les radios et télévisions communautaires pour obtenir légalement le droit d’émettre, des médias qui sont proches de leur public local et indépendants des grands groupes de presse.

Réaction virulente et outragée de l’ABERT, l’Association Brésilienne des Emetteurs de Radio et de Télévision qui rejette en bloc l’appel de l’UNESCO. « Le fait d’avoir donné au Congrès le droit d’approuver les concessions a été une conquête de la démocratie » affirme Roberto Antonik, Directeur de l’Association. L’ABERT maintien un lobby très actif auprès des parlementaires de Brasilia pour défendre ses intérêts.

C’est ainsi que l’ex-ministre des Transports et Communications du gouvernement Lula, Hélio Costa était l’ancien correspondant à New York de TV Globo et son collègue de la Communication Sociale Franklin Martins, journaliste à TV Bandeirantes. Hélio Costa est maintenant sénateur, Franklin Martins, lui, déchargé de toute responsabilité politique, envisage de reprendre son activité de journaliste de télévision.

L’ABERT se montre aussi sceptique vis à vis d’une autre recommandation de l’UNESCO : introduire des quotas pour permettre la diffusion de contenus nationaux (50%), locaux (10%) et indépendants (10%). Elle affirm que les petits émetteurs auraient de la peine à respecter ces exigences.

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