Mai et juin sont traditionnellement au Brésil les mois des finales des différents championnats de football régionaux et nationaux. Alors bien sûr, au pays du ballon rond, on ne peut pas échapper à la chose, même si on n’est pas très fan de foot. D’autant que cette année, la mythique équipe de Flamengo est une fois de plus champion de Rio de Janeiro et que de nombreuses stars brésiliennes des clubs européens reviennent au pays où ils retrouvent la gloire et des salaires très confortables.

Notre confrère du « Petit Journal », Luca Roxo grand connaisseur, a mené l’enquête, et comme et ne suis pas moi-même un spécialiste en la matière, c’est avec plaisir que je reproduis ses reportages dans cette édition de Vision Brésil.

Planète football (1) Flamengo, le triomphe de tout un peuple ?

Vainqueur aux tirs aux buts de la Taça Carioca, le club de Ronaldinho est champion de l’Etat de Rio de Janeiro pour la 32ème fois de son histoire après un parcours quasi-parfait, pour le plus grand bonheur de ses supporters. Gros plan sur le club le plus populaire du Brésil.

Dimanche, aux alentours de 17h30, Rio est envahi par les cris et les chants des rouges et noirs, les couleurs de Flamengo. Les terrasses des bars se soulèvent, les voitures klaxonnent à la fin de la séance de tirs aux buts clôturée victorieusement par Thiago Neves, l’autre star de l’équipe. Ronaldino, le capitaine, brandit le trophée, Flamengo gagne son 32ème titre de champion de l’Etat de Rio, et se pose en candidat sérieux au championnat national, qu’il a remporté 6 fois. Ce n’est pas seulement la ville de Rio, mais tout le pays qui entre en ébullition, et se partage entre les pros et les antis. Car Flamengo est un club qui ne laisse pas indifférent.

Club le plus populaire du Brésil, il devance les Corinthians de São Paulo, l’ancien club de Ronaldo. Dans un pays où les championnats fonctionnent par Etat, Flamengo a la particularité de dépasser les frontières de celui de Rio. Son premier moment de gloire, au début des années 20 a été parallèle au développement de la radio. Dans les Etats les plus pauvres, notamment dans le Nord, où les clubs de foot n’avaient pas encore de structures suffisantes, les gens suivaient les exploits de Flamengo dans le championnat carioca. Les matchs de Rio étaient les seuls retransmis dans tout le pays.

De Rio, Flamengo est finalement devenu le club de tout un pays. La popularité des rouges et noirs s’est construite en plusieurs temps. Créé en 1895, Flamengo est d’abord un club de régates. C’est en 1911 qu’apparaît l’équipe de football : cette année-là, un désaccord dans l’équipe de Fluminense entraîne la sortie de la moitié du groupe, qui décide de quitter le club et de créer une nouvelle équipe, à Flamengo. C’est à ce moment-là que naît la fameuse rivalité entre les deux clubs, communément appelée le « Fla- Flu ». Le journaliste reconnu, Nelson Rodrigues, les qualifiera de « Frères Karamazov du football » : les deux se détestent, mais ne peuvent vivre l’un sans l’autre.

Flamengo, le club des plus pauvres

« C’est dans les années 20 que sa réputation de club populaire surgit », explique Bernardo Buarque de Hollanda, historien spécialisé dans le football. « Sans aucun terrain pour jouer, les joueurs s’entraînaient sur la plage, ou dans les rues du quartier Flamengo. » Ainsi, aucune barrière ne les séparait du public, aucun stade ne les fermait de l’extérieur. De cette manière, des gens s’arrêtaient pour les regarder jouer, des personnes provenant de classes sociales basses, dont les finances ne permettaient pas d’aller au stade. A cette époque, au Brésil, le football est un  sport d’élite, et les tribunes sont remplies par l’aristocratie. Pour l’anecdote, le terme ‘torcedores’, synonyme de supporters en portugais du Brésil, tire son origine de cette période : les jeunes femmes aristocrates emmenaient leurs mouchoirs au stade, qu’elles passaient le match à ‘torcer’ (tordre).

La construction d’un stade dans le quartier de Gavea, dans les années 30, a contribué à poursuivre cette réputation de club populaire. Alors qu’aujourd’hui Gavea est considéré comme un quartier riche, il était à l’époque en pleine industrialisation, et l’équipe s’entraînait d’ailleurs juste à côté d’une favela (favela do Pinto). D’où l’imaginaire populaire qui a continué à coller à la peau du club rouge et noir.

Un club de « vautours »

Le second grand moment de gloire du Mengão (surnom de Flamengo) survient donc au début des années 40, lorsque la bande de Zizinho mène le club vers un triplé (1942, 1943, 1944) dans le championnat carioca. Dans les années 60, le championnat est dominé par Botafogo, puis par Fluminense au début des années 70 ; Flamengo ne peut rivaliser. Son statut de club des plus défavorisés et la réputation violente de ses supporters amène les autres clubs à caractériser les flamenguistes de « vautours ». En 1969, ces derniers retournent la situation, et lors de la finale du championnat carioca, un supporter lance un vautour dans le stade du Maracana. Flamengo l’emporte après une longue période de disette, et adopte l’animal comme mascotte et symbole.

L’année 1978 marque le début d’une période faste pour l’équipe rouge et noire, emmenée par le phénomène Zico. 5 championnats de Rio, 2 championnats brésiliens, et un motif de gloire pour tout le Brésil : la victoire 3-0 contre Liverpool en finale de la Coupe Intercontinentale. Flamengo, club de vautours, a réussi à unir tout un peuple. Ce caractère national le suit jusqu’à aujourd’hui, ce qui fait de lui un club si spécial. « Je ne vois aucun autre club qui cristallise les supporters, non seulement d’une ville, mais de tout un pays », poursuit Bernardo Buarque de Hollanda. « En Europe, du moins. En Argentine, c’est peut-être le cas de Boca Junior ».

Flamengo évolue aussi au rythme de ses supporters, considérés comme les plus violents de Rio. Lors de la toute récente finale contre Vasco, 9 blessés graves ont été recensés, et 101 arrestations effectuées. C’est probablement l’oeuvre de la ‘Torcida Jovem’, groupe de supporters ultras créé en 1967 et reconnu pour ses frasques hors du terrain, mais aussi pour son engouement les jours de match. D’autres groupes de supporters viennent également animer les parties, comme notamment le groupe ‘Raça rubo-negro’, qui compte (selon ses propres chiffres) plus de 60.000 adhérents.

Après un trou entre 1992 et 2007, dû notamment à des difficultés économiques, Flamengo est de nouveau champion du Brésil en 2009, suite à une remontée exceptionnelle. Mais l’année 2010 marque une énorme crise médiatique avec l’arrestation de son gardien star, Bruno, accusé d’avoir tué sa maîtresse à cause de problèmes d’argent. L’arrivée de Ronaldinho est ainsi venue relancer une saison mal partie, et fait espérer le meilleur pour le championnat brésilien qui arrive.

Lucas ROXO (www.lepetitjournal.com – Rio de Janeiro) vendredi 06 mai

Planète football (2)- Retour au pays pour de nombreux joueurs

En 2010, le Brésil a été le pays à rapatrier le plus de joueurs – 135 au total – et notamment des stars comme Deco ou Ronaldinho. Pré-retraite ou nouveau départ? Si certains moquent leurs envies de carnaval, les explications semblent avant tout financières

« A chaque fois que je venais à Rio, on me disait de me faire transférer ici, parce que mon âme est carioca. Ils avaient raison. Je suis très heureux, je suis né avec la samba dans le sang et ici c’est le royaume du divertissement. J’aime la musique et lemélange, je voudrais que ma maison soit toujours remplie de gens », a récemment déclaré Ronaldinho.

Arrivé l’année dernière à Flamengo, provoquant l’ire de son club formateur, Grêmio, qui ne lui pardonnera sans doute jamais cet affront, Ronaldinho semble heureux là où il est. D’autant plus que ses potes Ronaldo et Adriano (ce dernier venant d’arriver aux Corinthians de São Paulo) ont promis de venir écumer les plages cariocas aux prochaines vacances. Voilà qui n’est pas sans rappeler de mauvais souvenirs à Carlos Alberto Parreira, sélectionneur du Brésil lors de la Coupe du Monde 2006, qui avait bien eu du mal à les empêcher de faire la fête les veilles de match.

Mais cela ne s’arrête pas là : l’année dernière, 135 joueurs sont revenus au pays, dont 10 au seul club de Flamengo. Et pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit de joueurs tels que Roberto Carlos, Deco, Fred, Robinho, bientôt rejoints par Juninho, l’ancien lyonnais, qui va s’engager avec Vasco de Gama. Le championnat brésilien regorge d’anciennes gloires revenues au pays. Ainsi, quand Corinthians et Fluminense luttaient pour la tête du Brasileirão, les chocs voyaient s’affronter Ronaldo et Roberto Carlos d’un côté, Deco et Fred de l’autre. Avantage aux seconds.

Pré-retraite?

Ce qui impressionne le plus, c’est la moyenne d’âge des revenants : 29 ans. A bientôt 38 ans et après une pige en Ouzbékistan, Rivaldo vient de s’engager avec le Sao Paulo FC. En France, son âge aurait fait reculer tout le monde. Pas au Brésil. « Rivaldo sera le cerveau de notre équipe », affirme joyeusement Paulo César Carpegiani, coach de son équipe d’accueil.

Pour quels résultats? Si on ne peut pas encore jauger le niveau de Rivaldo, on peut s’interroger sur le succès de ceux qui ont jadis semé la terreur dans les défenses européennes. Sur le plan sportif, le bilan est mitigé. Si Fluminense a bel et bien été champion, Fred a raté une grande partie de la saison à cause de blessures, et Deco, à court de condition, était cantonné au banc des remplaçants ; pendant ce temps- là, son concurrent au poste de meneur de jeu, Conca, empochait le titre de joueur de l’année. Aux Corinthians, Ronaldo a fait parler son sens du but lorsqu’il a joué, ce qui n’était pas si fréquent, alors que Roberto Carlos, 40 ans, est resté indéboulonnable dans son couloir gauche. Enfin, Ronaldinho a réussi à gagner le championnat carioca avec Flamengo, et même si son niveau de jeu est resté plus que moyen, c’est lui qui fait gagner la finale d’un coup-franc victorieux.

C’est plus sur le plan économique que ces transferts rapportent. Le président des Corinthians, Andres Sanchez, ne s’y est pas trompé en misant sur le fait que la venue de Ronaldo remplirait sans doute plus les caisses que les filets adverses. Et à raison : le chiffre d’affaires a augmenté de 44% avec l’arrivée d’El Fenomeno, tous les supporters de Corinthians ont son maillot sur les épaules. Le résultat a été sensiblement le même pour Flamengo, surtout lorsqu’on voit que chaque but de Ronaldinho est fêté telle une victoire en finale de Coupe du Monde, et qu’un char lui a même été dédié pour le carnaval.

Une explication : la crise économique européenne

Si les raisons sportives ne manquent pas pour expliquer leur retour au bercail (relancer sa carrière pour Robinho, reconversion dans l’encadrement pour Ronaldo et Juninho), il faut aller chercher du côté des finances européennes pour comprendre l’ampleur du phénomène. Ces dernières années, avec une situation économique bien plus favorable aux pays émergents, et l’impact de la crise économique sur les marchés occidentaux, les clubs européens ont du fermer leur porte-monnaie. D’autant plus lorsque le real a atteint un taux record, ce qui a permis aux clubs brésiliens, au contraire, bien plus de folies.

« Il y a aujourd’hui un important flux de joueurs en raison de la crise économique, qui a obligé les clubs européens à faire des ajustements dans leurs comptes« , affirme Luiz Gonzaga Belluzzo, économiste, ex- secrétaire en politique économique du ministère du Travail et actuel Président du club de Palmeiras. « Les comptes en banque réduisent la marge attribuée aux recrutements et la vente de joueurs étrangers, c’est un peu le coup de main des athlètes pour alléger la masse salariale« , complète-t-il. Le phénomène se fait également ressentir en volley.

Une parfaite illustration de ce phénomène est le cas de Robinho, qui est revenu jouer pour Santos pendant 6 mois l’année dernière. Acheté 42 millions d’euros par Manchester City en 2008, le joueur a été prêté sans aucun coût pour le club brésilien. De cette manière, le club anglais fait quant à lui une économie, pour 6 mois, de 5,25 millions d’euros en salaire. D’autant plus que Robinho n’a pas eu l’effet marketing d’un Cristiano Ronaldo ou d’un Kaka au Real.

On le voit, le phénomène satisfait des deux côtés. Les clubs font des économies sur des joueurs qui, avouons-le, avaient des difficultés à continuer à être dominants en Europe. Quant aux joueurs, ils se refont une santé dans un championnat au niveau moins soutenu, et dans lequel ils sont de véritables stars. Ainsi, Ronaldinho espère réintégrer la Seleção en jouant pour Flamengo, tout en bénéficiant d’un salaire (30.000 euros par jour). « Ronaldinho a ce qu’il mérite, on parle là de quelqu’un qui a un talent hors du commun », commente son copain Ronaldo, qui est lui devenu recruteur pour les Corinthians. Qui sait, peut-être suivront-ils ensuite le même chemin que Bebeto ou Romario, devenus politiciens et élus députés.

Lucas ROXO (www.lepetitjournal.com – São Paulo) jeudi 28 avril 2011

Le onze de départ des rapatriés brésiliens : Ronaldo – Alex Silva, Edmilson e Roberto Carlos; Corrêa, Juninho e Robinho; Adriano, Vágner Love, Fred e Ronaldinho.

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