Impuissance face à la biopiraterie ; us et coutumes des indiens Xingus menacés par le barrage de Belo Monte ; Rio de Janeiro sous l’eau en 2099 ? Les derniers perroquets bleus du Brésil.

Le gouvernement brésilien reconnaît qu’il a les mains liées dans sa lutte contre « l’escalade de la cueillette illégale de matériel génétique de la biodiversité brésilienne ». Il lui manque une législation adaptée pour pincer les fraudeurs et les punir. « Notre seul outil, explique Bráulio Dias, Secrétaire à la Biodiversité du Ministère de l’Environnement, c’est la mesure provisoire 2’186, éditée il y a 10 ans, qui ne fixe même pas le montant des royalties que les entreprises doivent payer pour utiliser les ressources naturelles, alors que le Pérou, par exemple, s’est donné une loi fixant à 20% du bénéfice ces royalties. »

Conséquence grave de cette carence, l’envoi indiscriminé de tonnes de « plantes Mikado » (syngonanthus elegans) en Allemagne, une plante d’ornement d’intérieur existant seulement au Brésil et en voie de disparition. Ou encore le fait que d’après une enquête du quotidien Globo, plus d’une centaine d’entreprises pharmaceutiques, alimentaires, agroindustrielles cosmétiques ou de parfumerie ont été priées par les autorités de justifier leur activité dans ce domaine sans qu’aucune ne donne suite à cette notification officielle !

Bráulio Dias espère que le parlement votera enfin une nouvelle loi contre la biopiraterie avant la Conférence de l’ONU Rio +20 en 2012, qui marquera les 20 ans de la première Conférence Mondiale sur l’Environnement, Rio 92.

Us et coutumes des indiens Xingus menacés par le barrage de Belo Monte

« Chez nous les femmes ont pour coutume d’amener leur bébé avec elle quand elles se baignent dans la rivière et de les allaiter dans l’eau. » « Le Rio Xingu, on s’y baigne, on y pêche, on y lave le linge, le dimanche on va à la plage griller du poisson ». Ici il y a plus d’espèces de poissons que dans toutes les rivières d’Europe ». « Le Rio Xingu est mon père, le Rio Xingu est ma mère, vous allez me dire en face que vous allez tuer mon père et ma mère ? »

Ces citations sont extraites de textes d’enfants ou d’entretiens recueillis par le rapporteur de la Commission des Droits de l’Homme de l’OEA lors de son enquête auprès des indiens riverains du Rio Xingu, menacés par la construction du barrage de Belo Monte. Son rapport a donné lieu à une demande de l’OEA au Brésil de suspendre les travaux de ce barrage (voir Vision Brésil n° 23, avril 2011). Elles ont été recueillie et publiées par Cecilia Campello do Amaral, anthropologue, qui milite contre la construction de ce barrage devant assécher en partie un bras de la rivière le long duquel vivent plusieurs tribus indiennes.

Au delà de la dénonciation, Cecilia Campello do Amaral veut monter que le problème qui se pose à ces peuples de la forêt va au-delà des dommages matériels et ne peut être résolu par de simples compensations financières. Selon elle, le « Projet de Réparation qui reconnaît les pertes non matérielles infligées aux personnes touchées et propose une compensation en argent pour qu’elles puissent recomposer leur mode de vie ailleurs » n’est pas viable. « Les sociétés riveraines du Xingu sont constituées de personnes dont l’existence est complètement intégrée à la dynamique du fleuve. Si le Rio Xingu meurt, elles vont mourir avec».

Rio de Janeiro sous l’eau en 2099 ?

C’est évidemment des projections totalement futuristes, qui, on l’espère, ne se réaliseront jamais. Elles ne contribuent pas non plus à résoudre le problème des inondations qui submergent régulièrement certains quartiers de la ville lors de fortes pluies. Fin avril d’ailleurs, la commission technique du Comité International Olympique, en visite à Rio de Janeiro, s’est vue interdire l’accès des travaux du stade du Maracanã, où se déroulera la cérémonie d’ouverture des JO de 2016, noyés justement sous un mètre d’eau ! Tout de même, les conclusions de l’Institut National de Recherches Spatiales sont inquiétantes.

Les nouvelles évaluations de l’IPCC, le Groupe Intergouvernemental sur les Changements Climatiques, font état d’une élévation de 1,5 mètres du niveau de la mer d’ici 2099, et les experts de l’Institut ont dessiné une nouvelle carte de Rio de Janeiro sur cette base. Une bonne partie de la région de Jacarepagua, dans la Zone Ouest, où vont se dérouler la majorité des compétitions olympiques n’existera plus à la fin du siècle, les plages de la Zone Sud, Copacabana, Ipanema et Leblon sont aussi menacées, tout comme le fond de la baie de Guanabara, région populaire très habitée. En tout, 10% du territoire de la municipalité de Rio devrait être englouti par l’Océan.

Les derniers perroquets bleus du Brésil

Le réalisateur du film à grand spectacle et en 3D « Rio » n’a pas choisi au hasard son acteur principal, l’Ararinha  Azul ou perroquet bleu. Le fait qu’il ait été clandestinement envoyé hors du Brésil à sa naissance n’est pas fortuit non plus. L’Ararinha  Azul à l’état sauvage a en effet disparu, seuls 71 spécimens apprivoisés survivent encore, dont 66 hors du Brésil. C’est le Cheik du Qatar qui est aujourd’hui le plus grand propriétaire au monde de cet oiseau natif de la caatinga semi-sèche du Nord-Est du Brésil.

3 des 4 derniers Ararinha  Azuis, identifiés comme faisant partie d’une espèce en voie de disparition en 1985, sont capturés par des trafiquants en 1987. Le mâle survivant est encore vu en 1990, il s’est uni à un perroquet d’une autre espèce, le maracanã, plus petit que lui de 12 centimètres. Ce rescapé et sa famille sont aperçus une dernière fois en 2000. Depuis, aucun témoignage crédible ne permet de penser que cette espèce existe encore à l’état libre.

Le Cheik du Qatar, en collaboration avec les autorités brésiliennes, prépare un groupe d’oiseau de sa possession à une réintroduction dans le Nord-Est du Brésil. Une opération risquée qui devrait durer 5 ans et dont le succès n‘est pas garanti. Toutes les tentatives faites jusqu’à présent à partir d’animaux captifs n’ont rien donné.

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