Investissements étrangers record des multinationales et des touristes brésiliens ; semi privatisation des aéroports en vue ; une compagnie aérienne pour la poste ; remue ménage sur le marché des commodities ; la compétitivité du Brésil recule.

11 milliards de US$, c’est ce que les grandes compagnies brésiliennes ont investit à l’étranger en 2010, pratiquement l’équivalent de ce que ces mêmes compagnies avaient rapatrié au pays en 2009, 10,1 milliards de US$. Les chiffres sont de la CNUCED, l’Organisation des Nations Unies pour le Commerce et le Développement : « ces capitaux brésiliens ont servi à acheter en 2010 des entreprises de pays développés dans les domaines du minerai de fer, de l’acier, de l’alimentation, du ciment et des raffineries de pétrole. »

A l’origine de ce mouvement, bien sûr, la valorisation du réal brésilien et la baisse du dollar américain, un différentiel qui a aussi fait le bonheur des touristes brésiliens : en mars 2011, ils ont dépensé 1 milliard de US$ hors du pays, 87% de plus qu’en mars 2010. Un chiffre à nuancer cependant, cette année, les congés de Carnaval ont eu lieu en mars !

Semi privatisation des aéroports en vue

C’est Sepp Blatter, le Président de la Fédération Internationale de Football qui avait mis le feu aux poudres. Il s’est inquiété publiquement de la lenteur des travaux préparatoires de la Coupe du Monde de Football 2014 au Brésil. Dans une première réaction, le gouvernement a vertement tancé le patron de la FIFA, affirmant que le calendrier était respecté, puis il a fait volte face et admis, suite à une étude de l’IPEA, l’Institut Publique d’Etudes Economiques Appliquées, démontrant que les aéroports de 9 des 14 villes sièges des compétition ne seraient pas prêt pour 2014, qu’il lui fallait revoir sa copie.

La Présidente Dilma Rousseff a pris le taureau par les cornes et chargé son Ministre de la « Casa Civil » Antonio Palocci de plancher sur la solution. Une solution qui contredit ses promesses électorales et prend toute la gauche nationaliste à rebrousse-poil, certains aéroports vont être partiellement dénationalisés, les terminaux qui doivent être agrandis seront mis en concession à des entreprises privées.

Les grands consortiums de travaux publics se frottent les mains, les compagnies aériennes sont satisfaites et la FIFA rassurée, mais les autorités doivent manœuvrer avec précaution, tant les réticences d’une partie de la majorité parlementaire et de l’Infraero, l’entité publique qui administre les aéroports sont grandes. Seuls 3 aéroports seulement seront partiellement privatisés dans un premier temps, ceux de Guarulhos et Viracopos à São Paulo et celui de Brasilia. Dans un deuxième temps, ceux de Confins à Belo Horizonte et du Galeão à Rio de Janeiro suivront.

La concession au privé des aéroports ne suffira pas estime l’IPEA. « D’ici 2014, même les investisseurs privés n’auront pas le temps de réaliser les travaux importants nécessaires », Le gouvernement dément. Autre problème, malgré les agrandissements prévus, certains aéroports resteront en sous capacité : après travaux, celui de Guarulhos à São Paulo devrait pouvoir accueillir 35 millions de passagers, mais selon les projections d’augmentation du trafic aérien, il recevra 37 millions de voyageurs en 2014 !

Une compagnie aérienne pour la poste

Les postes brésiliennes, elles, ne seront pas privatisées, à l’instar de leurs consœurs d’une bonne partie des pays de l’Union Européenne, mais elles vont recevoir les mêmes prérogatives. Le gouvernement a ainsi décidé d’élargir les activités de l’entreprise publique chargée d’acheminer le courrier aux services financiers et bancaires électroniques. Libre à la poste de décider si elle va fonder sa propre banque ou s’associer avec l’une des grandes banques brésilienne, vraisemblablement Bradesco, qui assure déjà les payements pour la poste.

En outre, la poste va pouvoir se doter de son propre service de courrier aérien à l’intérieur du Brésil, là encore, soit en créant sa propre compagnie, soit en passant un contrat de avec une entreprise internationale de courrier rapide comme DHL. Enfin, la poste brésilienne est désormais autorisée à ouvrir des agences à l’étranger et à investir dans des grands projets d’infrastructures. Le premier sera sans doute celui de la construction du Train à Grande Vitesse Campinas-São Paulo-Rio de Janeiro.

Remue ménage sur le marché des commodities : hausse du fer, baisse du sucre

La sidérurgie brésilienne souffre : le prix du fer a augmenté de 6 à 10% sur le marché intérieur en avril. Il avait baissé de près de 30% en août 2010. A l’époque, un dollar bon marché leur avait permis d’acheter à l’extérieur. 22% du fer utilisé au Brésil en 2010 était importé, contre seulement 12% en 2009. Mais voilà, au niveau mondial, le cours du minerai de fer a bondi de 30% depuis début 2011 et les stocks de l’an dernier sont épuisés. Les entreprises sidérurgiques vont donc devoir passer à la caisse et répercuter la hausse sur leurs clients, particulièrement les fabricants d’automobiles et de camions.

Mouvement inverse sur le sucre, dont le cours a plongé de 27% depuis fin février. L’automne dernier pourtant, tout le monde s’attendait à ce que la flambée du sucre se prolonge à cause de la pénurie mondiale. Cependant, au Brésil, premier pays producteur, où la récolte commence, « les quantités escomptées apparaissent déjà meilleures que prévu » résument les spécialistes de BNP Paribas. « L’absence des phénomènes climatiques El Niño et La Niña permet aussi à l’Inde, deuxième récoltant, de s’attendre à produire cette année 24,5 millions de tonnes, soit plus que ses besoins, ce qui l’autorise à exporter 0,5 million de tonnes».

Logiquement, cela permet une baisse du prix de l’éthanol à la pompe, et ramène les automobilistes brésiliens vers l’alcool carburant qu’ils avaient déserté malgré la hausse du pétrole.

La compétitivité du Brésil recule

C’est le dernier classement IMD-Lausanne (Suisse) / Fondation Dom Cabral-Belo Horizonte (Brésil) qui l’affirme, le brésil a perdu 6 positions sur le ranking de la compétitivité mondiale, passant de la 38° à la 44° place. Il est devancé en Amérique Latine par le Chili, le Mexique et le Pérou, et, parmi les BRICs, par la Chine et l’Inde. Raison de ce recul, la perte d’efficacité des entreprises et l’augmentation du coût de la vie.

C’est la première fois que le Brésil recule au classement IMD-Dom Cabrla depuis le début du siècle. Entre 2000 et 2010, il avait gagné 11 places passant du 49° au 38 rang. Les champions de cette année sont, dans l’ordre, Hong Kong, les Etats Unis et Singapour. La Suisse se classe 5°, la France n’apparaît pas parmi les 20 premiers.

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