Le Haut Commissariat des Nations Unies lance une campagne de sensibilisation à la question des apatrides et cite le Brésil en exemple. En référence à la lutte acharnée d’une avocate vivant à Genève pour faire reconnaître la nationalité brésilienne de sa fille née en Suisse. Une bataille engagée en 1998, qui n’a aboutit qu’en 2007.

Irina naît à Genève de mère brésilienne et de père suisse en 1998. Les parents ne sont pas mariés, Irina n’obtient donc pas la nationalité suisse, même si son géniteur la reconnaît. C’est légal, la Suisse ne reconnaît que le droit du sang, pas celui du sol. Mais lorsque Denise, la mère d’Irina, se rend au consulat brésilien de Genève, surprise, sa fille ne peut pas non plus être brésilienne car elle est née à l’étranger !

La lutte des « Petits Brésiliens Apatrides ».

Denise ne comprend pas. Elle a un fils plus âgé, né lui aussi hors du Brésil, qui a obtenu automatiquement la nationalité brésilienne à sa naissance. On lui explique alors qu’une révision de la Constitution a été votée en 1994 par le Congrès et que les députés avaient tout simplement « oublié » de prendre en compte la question des enfants de parents brésiliens nés à l’étranger dans cette révision…

Denise se lance alors une longue bataille juridico-politique. Elle découvre que 200’000 enfants sont potentiellement dans le même cas que sa fille et commence à rassembler les parents concernés, d’abord en Suisse, puis partout dans le monde.  L’association des « Petits Brésiliens Apatrides » est fondée qui va concentrer ses efforts sur la sensibilisation des parlementaires de Brasilia afin de les inciter à revoir la Constitution. Denise et son compagnon viennent alors s’installer au Brésil pour poursuivre cette lutte qui aboutira finalement, en 2007. 13 ans après, l’ »erreur » est enfin réparée.

Vie quotidienne compliquée.

En attendant, la vie administrative d’Irina comme celle de son père, ressemble à un parcours du combattant. Lorsque la famille était encore en Suisse, les autorités helvétiques ont concédé à Irina un passeport provisoire qui lui permettait de voyager, et notamment de se rendre au Brésil où elle ne pouvait être admise que comme « touriste étrangère ». Mais ce document n’équivaut pas à une reconnaissance de citoyenneté, Irina restait apatride.

A son arrivée au Brésil, en 2000, elle s’est vue concédée un « certificat de Justice » au titre du Statut de Protection de l’Enfant et de l’Adolescent, qui lui a donné une existence légale à l’école, vis à vis de du système de santé, mais ne faisait pas d’elle une brésilienne.

Quant à son père suisse, les autorités lui refusaient le permis de séjour, qu’il aurait obtenu automatiquement s’il était père d’un enfant brésilien, justement parce qu’Irina n’était pas brésilienne !. Il a donc vécu avec un visa de touriste, qu’il devait renouveler chaque 3 mois, en quittant le pays et en y revenant.

12 millions d’apatrides.

Le HCR fait de cette histoire un symbole en soulignant à la fois la persévérance et la détermination de l’association des « Petits Brésiliens Apatrides » dans son combat et le « pragmatisme » des autorités qui ont permis à Irina de vivre normalement au Brésil durant le long processus politique engagé au Congrès, pour lui faire accepter son erreur et la corriger dans la Constitution.

Le HCR estime qu’il y a environ 12 millions d’apatrides dans le monde, des gens qui ne sont enregistrés nulle part. Ils sont ainsi privés des droits les plus élémentaires comme celui de travailler, de se loger, d’aller à l’école ou de bénéficier de soins médicaux. Le Brésil recense lui,106 étrangers apatrides vivant sur son territoire.

Parmi eux Ana Agnès Schultheisz, 69 ans, qui habite São Paulo. Elle est née en Hongrie, pays qu’elle a fui au moment de la 2ème guerre mondiale avec ses parents. Elle avait 2 ans. Le Brésil lui a délivré un « passeport jaune » d’apatride. Mariée à un italien, elle est mère d’un enfant brésilien âgé aujourd’hui de 48 ans, mais elle n’a toujours pas la nationalité brésilienne.

 

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