Nova Friburgo, 2 mois après les inondations ; l’aterro de Gramacho au bord du collapse ; pactole marin à l’horizon ; le Brésil principal exportateur… d’eau !

Je n’étais pas encore retourné à Nova Friburgo depuis les inondations de mi-janvier qui ont fait 421 morts et 85 disparus. Deux mois après, le paysage est toujours apocalyptique, les forêts sur les flancs de montagne sont strié d’innombrables coulées de terre rouge et là où la boue s’est arrêté, au fond des vallées, les maisons paraissent comme bombardées.

Autre constatation surprenante, la plupart des endroits d’où sont parties  les avalanches de boue sont vierges de toute occupation humaine. Selon les spécialistes, c’est la violence de l’orage et des éclairs qui a ébranlé le sol et provoqué ces coulées. Une violence naturelle extrême, qui n’a pourtant duré que 3 heures de temps. Ainsi, contrairement à ce qu’on a pu croire au départ,  croire, la main humaine n’aurait que peu de responsabilité dans ce désastre.

Aujourd’hui, des pelleteuses encore nombreuses déblayent encore les monceaux d’arbres et de terre qui encombrent le lit des rivières, mais la vie normale a apparemment repris son cours à Nova Friburgo. Apparemment seulement car les aides financières mise à disposition notamment des petites et moyennes entreprises qui ont tout perdu tarde à atteindre leurs bénéficiaires. Seules 15% des sommes promises ont effectivement été déjà versées. La faute à la bureaucratie et à la désorganisation post-catastrophe.

Ainsi ce petit entrepreneur en serrurerie a vu son atelier dévasté et a dû licencier ses 15 employés. Il a demandé secours à la BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Social qui dispose d’un fond d’urgence à taux d’intérêt privilégié. Mais pour y avoir accès, notre entrepreneur doit présenter un certificat fiscal en règle, attestation que le service des impôts lui refuse… parce que ledit service des impôts doit de l’argent à cet entrepreneur!!! Surréaliste mais vrai…

L’aterro de Gramacho au bord du collapse.

Le film documentaire « Lixo extrordinario » contant la vie des trieurs d’ordures de l’aterro de Gramacho, la plus grande décharge à ciel ouvert d’Amérique du Sud (voir Vision Brésil n° 16, août 2010), n’a pas obtenu d’Oscar à Hollywood, mais sa présentation a rendu internationalement visible cette plaie béante dans le paysage de palétuviers du fond de la baie de Rio de Janeiro. Gramacho devrait être désactivé en 2012 et la décharge sanitaire de Séropédica qui doit lui succéder va commencer à fonctionner ce semestre. Automatisée, elle ne permettra pas l’emploi des trieurs d’ordures qui s’activent aujourd’hui à Gramacho.

Une étude menée par l’Institut d’Etudes du Travail et de la Société, le Iets, menée à la demande du Secrétariat d’Etat à l’Environnement présente des résultats inquiétants : un drame social semble se préparer. 8’000 personnes, soit 2’000 trieurs d’ordures et leurs familles seront touchée par la fin des activités de recyclage sur la décharge et risquent de se retrouver sans travail alternatif, malgré les mesures sociales et environnementales prévues par l’Etat lors de la désactivation du site de Gramacho.

C’est que la plupart de ces mesures ne pourront entrer en vigueur qu’après la fin des activités, car elles dépendent de la vente du méthane qui s’échappe du dépôt et qui est maintenant récolté. Ce méthane donnera droit à des crédits de carbone qui serviront à financer le recyclage des « catadores », les trieurs d’ordure. Mais d’ici la mise en place de ce système, nombre d’entre eux vont se retrouver sans travail et sans ressource. Le Iets préconise donc des mesures financières d’urgence pour permettre d’assurer la transition de façon plus harmonieuse.

Pactole marin à l’horizon.

Les eaux territoriales brésiliennes ne recèlent pas que du pétrole. On y trouve aussi du potassium, du phosphate, du fer, du diamant et bien sûr, du sel et du sable… Lorgnant sur la valorisation de ces minerais sur le marché international, de plus en plus d’entreprises veulent se lancer dans l’exploitation de ces ressources du fond de la mer. Le Département National de Recherche Minérale du Ministère des Mines a reçu 637 demande de concession entre début 2009 et fin 2010, contre 56 seulement pour la période 2007-2008.

Ces demandes proviennent notamment de la multinationale du fer Vale, qui parie sur ces ressources pour diversifier son catalogue de production. Pour le moment, ces ressources représentent un potentiel pour le futur car les autorités avancent sur la pointe des pieds dans les autorisations, notamment par manque de connaissance des conséquences environnementales d’une intensification de l’exploitation du sous-sol marin. De leur côté, les entreprises minières intéressées font encore leurs calculs, les défis techniques et le coût élevé d’extraction sont encore mal connus. Mais tous sont d’accord qu’il y a là un potentiel à ne pas négliger. Les écologistes, eux, promettent de surveiller la chose de près.

Le Brésil principal exportateur… d’eau !

Les journées thématique de l’ONU ont une utilité : mettre à jour des défi du quotidien dont on est pas toujours conscient. La journée mondiale de l’eau du 22 mars n’a pas fait exception. On y a appris que le Brésil, qui détient la première réserve hydraulique de la planète, est aussi le plus gros exportateur d’eau du monde. Exportateur virtuel, s’entend car aucun navire chargé d’eau ne quitte les ports brésiliens à destination de l’étranger !

Le concept « d’exportation indirecte d’eau » a été élaboré par un chercheur anglais, Tony Allan et repris par le coordinateur du WWF Brésil, Samuel Barreto qui a ainsi calculé « l’empreinte hydraulique du Brésil », à partie de ses exportations agricoles. Il faut ainsi 15’500 litres d’eau pour produire un kilo de viande, 3’000 litres pour un kilo de riz, 140 litres pour une tasse de café. Le Brésil, grand exportateur de viande, de soja, de café et de coton se situe ainsi en tête du classement mondial pour la quantité d’eau qu’il « incorpore » dans ses exportations.

 

Selon ce calcul, contesté par certains scientifiques, mais dont le rôle pédagogique est évident, 160 des 200 principales économies du monde sont « importateurs d’eau ». Parmi celles qui en « exporte », on trouve, outre le Brésil, les Etats Unis, l’Australie et le Canada. Le défi pour ces pays exportateurs de produits agricoles, c’est de réduire le gaspillage et qui sait, un jour, de faire payer pour cette ressource !

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