Depuis plusieurs mois, une nouvelle route de l’émigration haïtienne s’est ouverte vers le Brésil, plus exactement dans l’état d’Amazonas, aux frontières du Pérou et de la Colombie. Pourquoi les haïtiens ont-ils choisi une route d’émigration aussi longue et tortueuse ? La misère et le désordre régnant dans ce malheureux pays après le tremblement de terre de l’année dernière n’explique pas tout. L’attraction pour le Brésil est aussi liée au fait que le contingent des casques bleus de l’ONU qui assurent le maintien de l’ordre à Port au Prince est dirigé par le Brésil. Des liens se sont donc tissés entre les haïtiens et les soldats brésiliens, qui contribuent à faire du Brésil un « pays de Cocagne » pour ces réfugiés de la misère des Caraïbes.

Ce sont nos confrères de « Brasyliane », un blog d’information sur le Brésil édité en Guyane, qui révèle cette affaire. Nous reproduisons avec plaisir leur article et inaugurons ainsi avec eux une collaboration épisodique.

(http://www.brasilyane.com/index.php)

Une image positive du Brésil

Rançon du nouveau statut du Brésil, il accueille désormais « sa part de la misère du monde », selon l’expression de Michel Rocard, avec une immigration planétaire qui, si elle est de tradition sur les terres sud-américaines, voit s’ouvrir de nouvelles routes, depuis l’Afrique, l’Asie ou les Caraïbes. Effet sans doute aussi de l’image positive du Brésil en Haïti, où la population supporte depuis longtemps la seleção dans les compétitions internationales, renforcée par l’intervention bien orchestrée des casques bleus brésiliens dans le pays.

Les ponts culturels ne manquent pas non plus entre le pays du candomblé et celui du vaudou, tous deux marqués durement par l’esclavage.

Une nouvelle route Caraïbes-Amazonas

Voilà donc qu’une improbable route migratoire s’est ouverte, le long d’un itinéraire partant de la République Dominicaine, passant par Panama City puis Quito (Equateur), Lima (Pérou) et enfin, en bus, Iquitos puis Tabatinga, ville frontalière brésilienne de l’état d’Amazonas. En 2010, près de 500 immigrants haïtiens ont été dénombrés dans cette ville, déjà près de 300 depuis le début de l’année 2011, et de nouveaux entrants traversent la frontière chaque jour.

Si l’espoir d’un statut de réfugié a habité les premiers arrivants, la Police Fédérale refuse désormais les demandes en ce sens, les Haïtiens n’entrant pas, selon les autorités brésiliennes, dans la définition légale de ce terme.

Echoués dans la ville-frontière

Les candidats à l’exil se retrouvent donc échoués en nombre croissant dans cette petite ville frontière du Brésil (45.000 habitants), leurs économies intégralement consommées par leur incroyable périple et sans moyen de subsistance. Même ceux qui ont obtenu un titre de séjour n’ont plus d’argent pour rejoindre Manaus, où ils auraient une chance de trouver du travail.

Selon un prêtre interrogé sur place par Globo, les Haïtiens voient les Brésiliens comme un peuple plutôt accueillant (et les nombreux reportages sur le pays caribéen et les interventions des militaires brésiliens là-bas ont effectivement donné un a-priori positif aux Brésiliens) et le pays comme une grande puissance susceptible d’offrir des perspectives d’emploi. Mais la dimension du pays leur échappe et complique singulièrement le problème.

D’autres routes s’ouvrent

La population locale leur vient en aide comme elle peut, mais la situation risque de se détériorer à force de s’aggraver et de perdurer, la ville n’offrant guère de possibilités. En attendant de trouver du travail ou de l’argent pour rejoindre Manaus, ils s’entassent dans des baraquements.

Une autre route les fait maintenant entrer par l’Etat de l’Acre, un peu plus au sud, où près de 200 Haïtiens auraient également été enregistrés. Problème: le Brésil lui-même ne manque pas d’une nombreuse main d’œuvre peu ou pas qualifiée, notamment nordestine, avec laquelle ces nouveaux venus vont entrer en concurrence…

(Écrit par François-Xavier Gérard)

Un gouvernement pris de court.

Prises par surprise pas cette vague inattendue d’émigration, les autorités brésiliennes ne savent pas trop comment réagir. La plupart de ces réfugiés entrent avec un passeport en règle, impossible donc de leur fermer la frontière. En attendant, le Chef de la « Casa Civil » de la Présidence, Antonio Palocci a ordonné au Conseil National des Migrations, qui dépend du Ministère du Travail de trouver une solution provisoire pour les quelques 700 haïtiens qui sont déjà au Brésil. Ils recevront vraisemblablement un « visa de séjour temporaire humanitaire », qui leur permettra de rester et travailler quelques temps au Brésil, avant d’aller chercher fortune ailleurs, mais pas de s’y établir.

« On ne peut pas laisser ces gens, qui sont sur notre sol, sans ressource et sans nourriture » justifie Antonio Palocci. Le ministre de la Casa Civil dit ne pas vraiment craindre une vague massive d’immigration haïtienne car la route vers le Brésil est longue, difficile et coûteuse. La plupart de ceux qui l’ont parcourue avec succès affirment ne pas vouloir rester au Brésil, mais « chercher seulement ailleurs que dans leur pays, un moyen de sortir de la misère ». Du côté de la Guyane où on parle français ?

(Jean-Jacques Fontaine – Vision Brésil)

 

 

 

 

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