Les petits ruisseaux font les grandes rivières… et rapportent de l’argent ! C’est en tout cas le point de vue d’Hélio de Lima, agriculteur à Extrema, à la frontière des Etats de Minas Gerais et de São Paulo. Il a réduit son troupeau de vaches de 40 têtes pour préserver la qualité de l’eau des sources de sa propriété. En compensation, il reçoit 1’300 R$ chaque mois de la préfecture parce que 100km plus bas, les habitants de la périphérie de São Paulo peuvent boire une eau moins traitée car plus pure à la source. Des exemples comme celui-ci se multiplient au Brésil, y compris dans les grandes entreprises qui commencent à gagner de l’argent en polluant moins.

Evidemment, Hélio de Lima ne vit pas des 760 CHF (570 €) mensuels « environnementaux » de la municipalité. Il a gardé 58 vaches, mais en limitant ainsi son troupeau, il a diversifié ses sources de revenus. Désormais, il est payé pour son lait, sa viande et les « services écologiques rendus pour non usage du sol », c’est comme ça que cela s’appelle. Le tarif est certes un peu arbitraire, mais l’argent entre chaque mois.

Savant calcul

Calculer la valeur des ressources naturelles est une science complexe. Plusieurs facteurs se mélangent, pas tous chiffrables, comme la richesse subjective de paysages préservés ou la valeur potentielle d’un écosystème, – il peut abriter une plante encore inconnue dont le principe actif permettra la fabrication d’un médicament très lucratif.

Néanmoins, les experts commencent à établir des règles pour « tarifer » la préservation du milieu ambiant. En calculant le bénéfice obtenu grâce à la préservation et en le comparant au préjudice correspondant à la destruction ainsi évitée. La valeur, par exemple, de la préservation d’un biosystème permettant aux abeilles qui vont polliniser naturellement les plantes de se reproduire librement, additionnée du coût que représenterait l’introduction artificielle de ces mêmes abeilles dans un milieu qui en est dépourvu donne un coefficient de coût négociable ensuite sur le marché écologique.

Les économistes brésiliens sont de plus en plus engagé dans ce type de calcul. Ricardo Arnt, journaliste, vient de sortir un livre à ce sujet, « ce que les économistes pensent du développement durable ». Parmi les témoignages recueilli, celui d’Antonio Delfim Netto, ministre de l’économie durant la dictature et artisan du miracle économique des années 1970 : « aujourd’hui, nous sommes en train d’incorporer au raisonnement économique l’idée de la finitude de la Terre ». Ou encore celui d’André Lara Resende, ex-président de la BNDES et créateur, avec Fernando Henrique Cardoso du Plan Real en 1994 : « le problème environnemental a toujours existé, mais il était marginal. L’idée de restriction n’était jamais prise en compte. Aujourd’hui oui. »

Les multinationales s’y mettent

Cet intérêt pour le « business vert » touche les plus grandes multinationales brésiliennes. Trois d’entre elles, Suzano Papier & Cellulose, Andrade Guiterrez Construction et Vale, second producteur mondial de fer viennent d’être récompensées par le « Prix du changement climatique » décerné par la revue « Epoca », pour les économies qu’elles ont réalisées dans le domaine des rejets de CO2 en 2010.

« Suzano Papel  & Celulose » s’est distinguée par la méthode de diagnostic de ses sources d’émissions de CO2. Elle a ainsi pu calculer que le papier issu de forêts d’eucalyptus de reboisement présente un solde de rejets CO2 positif : non seulement le rejet de CO2 dans l’atmosphère est égal à zéro parce qu’absorbé par les arbres en poussant, mais encore, pour chaque tonne de CO2 émise durant le processus de fabrication, les plantations de Suzano absorbent 3,8 tonnes de CO2. L’entreprise vend donc sur le marché des crédits de carbone un solde positif de 2,8 tonnes par tonne émise. Un résultat monnayé aussi dans le domaine du marketing, Suzano commercialise maintenant un papier intitulé « carbone zéro » !

Andrade Guiterrez, constructeur notamment à l’époque du barrage d’Itaipu, seconde usine hydroélectrique du monde et spécialiste des grands travaux d’infrastructure a lancé une chasse systématique au gaspillage écologique dans toutes ses filiales. Cela va du renouvellement de sa flotte automobile et de ses machines afin qu’elles fonctionnent plus économiquement et à l’éthanol ou au biodiesel, jusqu’à l’usage systématique de la vidéo-conférence pour réduire le nombre des voyages aériens de ses employés. Andrade Guiterrez, présente aujourd’hui dans 12 pays d’Amérique, d’Europe, d’Asie et d’Afrique a réduit ses émissions globales de CO2 de 15’000 tonnes par an, soit 20%. « C’est un argument de poids sur les marchés européens notamment qui exigent un certificat environnemental de toutes les entreprises qui veulent participer aux marchés publics » explique Rachel Biderman, du Centre d’Etudes Environnementale de la Fondation Getulio Vargas.

Du minerai de fer à l’huile de palme carburant

Quant à Vale, dont les mines d’extraction de fer, de manganèse et de bauxite émettent des quantité impressionnante de CO2, elle s’est lancée dans la diversification verte en s’associant avec l’entreprise Biopalma pour récupérer des zones déboisées de l’Etat du Para en Amazonie en plantant des arbres dont elle extrait de l’huile transformée ensuite en biodiesel. Vale espère retirer de ses plantations 160’000 tonnes de biocarburant à partir de 2014, qui vont servir à faire fonctionner les trax de la mine de fer de Carajas, toute proche. Cela augmenterait de 33% la proportion d’énergie propre utilisée à Carajas. En outre, 450 villageois de la région ont trouvé un emploi dans ces nouvelles forêts de palme qu’ils exploitent à leur compte, pour Vale-Biopalma. La multinationale du fer est donc récompensée pour combiner plus value environnementale et bénéfice social.

Bunge, HSBC, Telefonica, Honda et les autres…

Parmi les autres multinationales distinguées cet année par le « Prix du changement climatique », Bunge Brésil, géant de l’agrobusiness qui prévoit d’être auto-suffisant en énergie en 2013 grâce à la production d’électricité via le brûlage des déchets de canne à sucre non utilisés dans la fabrication de l’alcool carburant. Ou la banque HSBC qui envoie ses employés faire des stages dans diverses ONG environnementales pour les rendre conscient des effets du changement climatique. La filiale brésilienne de la compagnie espagnole « Telefonica » va introduire elle une prime environnementale récompensant ses fournisseurs qui font des effort de préservation de la nature. Quant à « Honda Moto do Brasil », premier constructeur mondial de motos fonctionnant à l’éthanol, elle a restructuré les locaux de son usine de Manaus pour limiter l’emploi des climatiseurs et augmenter la lumière naturelle dans les ateliers. Economie attendue, 1 million de R$ d’ici fin 2011.

On le voit, au Brésil, le « business vert » n’est plus l’apanage des seuls écologistes et le pays est en train de rattraper son retard sur les nations européennes plus avancées dans la protection de l’environnement comme la Suisse, l’Allemagne ou les pays nordiques. Faut-il le rappeler d’ailleurs, à la Conférence de Copenhague sur les Changements Climatiques, en 2009, le Brésil est un des seuls pays à s’être engagé de manière contraignante à faire baisser ses émissions de CO2 de 20% d’ici 2020.

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