La Suisse maintient le blocage de l’argent détourné par Paulo Maluf ; l’immobilier explose à Rio; tour de vis pour freiner l’emballement des prix; coffre fort vinicole ; vie des entreprises : exode argentin, Crédit Suisse, Peugeot-Citroën, General Electrics.

La Suisse s’est dotée, le 1° février dernier, d’un outil législatif permettant aux banques de rendre plus rapidement aux pays concernés, l’argent dérobé par des politiciens corrompus, qui dort dans les coffres helvétiques. Le premier bénéficiaire de cette mesure sera le gouvernement  d’Haïti qui va recevoir 5,7 millions de US$ de l’argent détourné par Jean-Claude Duvalier, lequel vient de rentrer à Port-au-Prince pour tenter de se refaire une virginité politique. Il a immédiatement été arrêté et emprisonné.

Parmi les sommes bloquées par la justice helvétique et concernées par cette nouvelle directive, 13 millions de US$ de fonds publics accumulés Paulo Maluf alors qu’il était Gouverneur de l’Etat de São Paulo et déposés sur un compte à numéro helvétique. Une somme gelée depuis 2001. La Suisse vient d’accepter de prolonger ce gel, à la demande des autorités brésiliennes, mais elle ne peut pas rendre légalement cet argent au Brésil car le politicien n’a pas été condamné par la justice de ce pays. L’instruction s’éternise et en attendant, Paulo Maluf a été élu député fédéral en octobre dernier.

Il est par contre recherché par Interpol, sur plainte des autorités américaines qui l’accusent d’avoir fait transiter l’argent détourné vers la Suisse par une banque de New-York. Paulo Maluf ne peut donc pas quitter le Brésil sans risquer de se faire arrêter, même s’il nie en bloc les accusations. Ses avocats multiplient les recours pour vice de procédure et le serpent de mer juridique continue…

L’immobilier explose à Rio.

La Fondation de Recherches Economiques vient de mettre au point un « indice de l’augmentation des coûts de l’immobilier résidentiel » au Brésil, basé sur l’analyse de 200’000 offres paraissant mensuellement dans la presse. Les données collectées concernent les années 2008 à 2010. Résultat, l’augmentation nationale moyenne du prix au m2 a été de 80% en 3 ans, mais de 95% à Rio de Janeiro, qui détient la palme ! Le mètre carré le plus cher se vend à Brasilia, 7’004 R$  (4’002 CHF / 3’112 €), le meilleur marché à Salvador, 3’323 R$ (1’899 CHF / 1’476 €). A Rio le prix au m2 est à 5’655R$, nettement plus élevé qu’à São Paulo, 4’858 R$.

Cette survalorisation immobilière de Rio de Janeiro se retrouve au niveau du loyer des bureaux. Une recherche de l’agence « Office Space Across the World », portant sur 132 villes de 64 pays met Rio en 4ème position mondiale avec un loyer commercial à 107 US$ le m2 mensuel, juste derrière Hong Kong (216 US$), Londres (209 US$) et Tokyo (149 US$). C’est la première fois qu’une ville brésilienne dépasse le cœur financier américain de Manhattan dans cet indice. São Paulo est plus abordable pour les hommes d’affaires, 54 US$ le m2 mensuel de bureau, « parce qu’il y a plus d’espaces disponibles pour construire qu’à Rio de Janeiro, dont l’expansion géographique est limitée par les montagnes qui entourent la ville » note l’agence.

Tour de vis pour freiner l’emballement des prix.

Le R$ ne cesse de grimper, le dollar de baisser et le prix des denrées alimentaires mondiales d’exploser, une équation difficile à maîtriser pour les autorités monétaires brésiliennes. Coup sur coup, elles ont pris deux mesures pour tenter d’enrayer la hausse des prix, une augmentation d’un quart de point du taux d’intérêt de référence, qui passe ainsi à 11,25%, cela devrait freiner le crédit, et l’introduction d’une taxe dissuasive sur les achats en dollar des particuliers à l’étranger avec un impôt dite IOF sur les cartes de crédit qui passe de 0,38% à 4% ! Acheter à l’extérieur pour 2’000 R$ était taxé de 7,60R$, désormais, il faudra débourser 80R$ de plus.

Ces mesures peuvent résoudre en partie le problème de l’inflation, mais pas celui de la hausse de la monnaie brésilienne face au dollar. Au contraire, la hausse des taux d’intérêts stimule les placements financiers en R$ ce qui pousse la monnaie brésilienne à la hausse. Seule une politique d’austérité comprimant sérieusement les dépenses publiques pourrait faire diminuer la pression estiment les observateurs. Le gouvernement a fait un premier geste dans ce sens en annonçant des économies de 55 milliards de R$ sur le budget 2011, mais il ne dit pas encore où il va couper vraiment.

Les prévisions de croissance économique du Brésil pour 2011 oscillent entre 4,5 et 5%, celle de l’inflation entre 5,7% et 6%, dépendant de l’évolution du comportement du baril de brut. C’est un taux bien supérieur à l’objectif de 4,5% d’inflation fixé par le gouvernement en début d’année.

Coffre fort vinicole.

L’idée est brésilienne, elle a été élaborée en France et implantée en Suisse. De quoi faire un bon crû. D’autant qu’il s’agit de vin ! C’est en effet une « cave à bons crus » que vient de mettre sur pied Philip Opdebeeck, 30 ans, un brésilien d’origine hollandaise vivant a Paris, qui a eu le déclic en découvrant une annonce bancaire sur internet : « à louer, coffres-forts à Genève ». Amoureux du vin et avisé commerçant, Philip Opdebeeck flaire la bonne affaire : il aménage une cave blindée de 975m2, à 9 mètres en dessous du plancher d’une banque du bout du Lac Léman, dont le nom est jalousement gardé secret, et y stocke 40’000 des meilleures bouteilles de Bordeaux, Château-Margaux et autres Romanée-Conti, mais aussi des crus chiliens, argentins et californiens que ses clients s’achètent et se revendent en bourse.

Certes, les vins ne restent pas éternellement dans leur coffre-fort, car à la différence des capitaux, certains de leurs propriétaires les retirent pour leur propre consommation. Y compris Philipp Opdebeeck qui affirme avoir « une toute petite réserve, car comme je le dis toujours à mes clients, le vin, il est fait pour être bu. » Philippe Masset, économiste à l’Ecole hôtelière de Lausanne salue la créativité de l’inventeur brésilien : « le vin devient de plus en plus un objet de transactions sur les marchés financiers. La réponse apportée par Philippe Opdebeeck est parfaitement adaptée à cette nouvelle réalité ». Michel Dérobert, Secrétaire Général de l’Association suisse des banquiers privés suisse se réjouit aussi de cette diversification de la place financière genevoise : « Les placements sur le vin ce n’est plus seulement tendance : le vin est une vraie liquidité et ceux qui l’aiment ont en général des moyens, donc les prix montent en bourse. »

Vie des entreprises : exode argentin, Crédit Suisse, PSA, General Electric,

La Présidente Christina Kirchner est une mauvaise élève du libre-échange au sein du Mercosur qui regroupe l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Brésil. Elle multiplie les entraves au commerce sous forme de mesures d’exception pour protéger les entreprises nationales. Début février, la liste des produits ne pouvant pas bénéficier de licence automatique d’importation du Mercosur pour l’Argentine a été augmentée de 400 à 600. Résultat, les entreprises brésiliennes sont de plus en plus nombreuses à s’installer directement de l’autre côté de la frontière pour contourner ces chicanes douanières : elles étaient 100 à avoir fait le pas en 2000, 270 aujourd’hui.

Dans la digne tradition de discrétion des banques helvétiques, le Crédit Suisse a ouvert une agence de private banking à Rio de Janeiro, la seconde au Brésil après São Paulo. On y fera surtout de la gestion de fortune, ce ne sera donc pas une agence grand public. La décision du Crédit Suisse vient confirmer l’importance de plus en plus grande prise par Rio de Janeiro dans la gestion de fortune au Brésil. La métropole carioca talonne São Paulo dans ce domaine, avec un actif de plus de 68 milliards de R$ (39 milliards de CHF/ 30 milliards d’€).

PSA Peugeot Citroën a connu en 2010 une année record au Brésil, avec 174’000 véhicules vendus. Face aux 4 majors brésiliens que sont Volkswagen, Fiat, General Motors et Ford, PSA fait encore figure d’outsider avec un petit 5,2% du marché, mais la marque française veut agrandir son usine de Porto Real dans l’Etat de Rio de Janeiro et pour y lancer 12 nouveaux modèles spécifiquement adaptés à l’Amérique latine. PSA vise une croissance de 20% en 2011 et espère atteindre les 7,5% de parts de marché au Brésil en 2015.

 

General Electric concrétise son projet de centre de recherche conjoint avec l’Université Fédérale de Rio de Janeiro dans les domaines des technologies de pointe pétrolières, de la santé et des communications (voir Vision Brésil n° 18, octobre 2010 : « fabrique de cerveaux »). Une rencontre entre le directeur exécutif de GE, le nouveau ministre des Sciences et de la Technologie Aloizio Mercadante et la Présidente Dilma Rousseff a scellé l’accord. A terme, 1’000 poste de travail vont être créés, dont 200 dans la recherche.

Publicités