Jamais depuis 1991, le nombre de morts violentes n’a été aussi bas à Rio de Janeiro : 4’768 homicides, soit 29,8 pour 100’000 habitants, une diminution de  plus d’un quart par rapport à 2006. Idem à São Paulo qui a connu son plus faible taux d’assassinats depuis 1999. Pourquoi la violence s’est-elle ainsi réduite dans les 2 principales métropoles du Brésil ? La question divise les spécialistes.

L’interprétation de ces statistiques est en effet compliquée car les facteurs expliquant la diminution des agressions sont multiples. Ainsi, à São Paulo, les vols ont aussi diminué de 5% en un an et les séquestres de 13%. Un signe clair que la baisse de la criminalité serait liée à l’amélioration des conditions économiques, estime Paulo Storani, de l’Institut des Sciences Policières de l’Université Candido Mendes à Rio de Janeiro : « quand une personne se trouve satisfaite de sa situation, ses impulsions violentes diminuent ».

Démographie ou politiques publiques ?

Une explication insuffisante pour le politologue Guaracy Mingardi. Il attribue lui, l’essentiel du phénomène, au vieillissement de la population. « Les statistiques montrent que la plupart des assassins et de leurs victimes ont entre 15 et 30 ans. Or la population de cette tranche d’âge a passé de 17,5% à 13,4% en 10 ans au Brésil ».

Le comportement de la police et des autorités a aussi sa part de responsabilité dans cette baisse de la violence. Ainsi, à São Paulo, la stratégie adoptée par les forces de l’ordre, qui privilégie l’information et l’anticipation, au détriment de la confrontation, a permis plus d’arrestations, plus d’enquêtes qui aboutissent, et moins de morts.

A Rio de Janeiro où la politique d’implantation des Unités de Police de Pacification, les UPP’s dans les favelas a permis de reprendre le contrôle de ces quartiers, jusqu’ici dominés par les trafiquants de drogue. Ils y faisaient régner une justice expéditive, à coup d’exécutions sanglantes. Cela explique que la plupart des homicides ont lieu dans les favelas, explique Michel Misse, sociologue à L’Université Fédérale de Rio de Janeiro : « il faut faire l’éloge des bonnes politiques, lorsqu’elles sont menées avec efficacité et insister pour qu’elles durent. »

Récompense pour les bons policiers.

Message entendu du côté du Secrétariat à la Sécurité de l’Etat de Rio qui est en train de faire le ménage dans sa police. Une quarantaine de personnes, mouillées dans des actes de corruption et de collaboration avec le crime organisé ou les milices sont sous les verrous. L’enquête touche le chef de la Police Civile, Allan Turnowski, qui a été démis de ses fonctions.

Mais surtout, les autorités vont introduire systématiquement des « primes à la bonne conduite » pour faire diminuer le nombre de morts victimes de tirs de la police. Ils ont été 697 en 2010, contre seulement 388 à São Paulo, pourtant un tiers plus peuplée que Rio. L’an dernier déjà, ces primes introduites à titre expérimental pour encourager la baisse des homicides et des vols de voiture, ont permis de réduire les « bavures » de 22% par rapport à 2009.

C’est un complet retournement de politique pour Rio de Janeiro, qui avait instauré, entre 1995 et 1998, une « gratification far west » récompensant de fait les policiers qui abattaient les criminels violents ou dangereux. Abandonnée depuis 12 ans, cette « approche Rambo » est encore implicitement présente dans la tête de beaucoup de policiers.

Des indices de violence encore trop élevés.

N’empêche, il y a toujours trop de morts violentes au Brésil, en comparaison internationale dit l’OMS : un taux d’homicide de plus de 10% pour 100’000 habitants  indique une situation de violence endémique. C’est le cas pour les habitants de Rio de Janeiro, avec 29% d’homicides pour 100’000 habitants, et pour ceux de São Paulo.

« Avec un taux d’homicide de 25,8 pour 100’000 habitants, le Brésil reste le 6ème pays le plus violent du monde. Nous avons encore un long chemin à parcourir », commente Julio Jacobo Waiselfisz, auteur d’une étude annuelle, « Mapa da Violencia no Brasil ».

http://www.institutosangari.org.br/mapadaviolencia/MapaViolencia2010.pdf

El Salvador, la Colombie, le Guatemala, les Iles Vierges et le Venezuela précédent le Brésil dans cette macabre statistique, basée sur les derniers chiffres disponibles, qui datent de 2005/2006.

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