Trésors oubliés du Planalto ; vente d’uranium enrichi ; Rafale ou F18, choix repoussé d’un an ; incendie pré carnavalesque ; inondations de Nova Friburgo, une aide qui tarde ; les héritières de Tiradentes veulent des indemnités.

Il n’y a pas que sur la route maritime des galions espagnols de l’époque qu’on découvre des trésors. Le Palais présidentiel à Brasilia en regorge aussi et personne ne le savait ! C’est à l’occasion des travaux de réfection du Palacio do Planalto, l’an dernier, que l’ancien Président Lula avait demandé à sa commission culturelle de rassembler les œuvres d’art disséminées dans les bureaux pour les exposer plus à la vue des visiteurs, le long des vastes couloirs du bâtiment. Quelle ne fût pas la surprise de la commission lorsqu’elle a mis la main sur 2 toiles de Juan Miró ignorées, dont la valeur se monte à 1,5 millions de US$ par pièce.

L’une était dans le bureau d’un anonyme fonctionnaire, l’autre dans un dépôt empoussiéré. Et ce n’est pas la seule découverte des limiers de la Présidence : plusieurs meubles précieux en bois de jacaranda, datant de l’inauguration de Brasilia en 1960 ont aussi refait surface, et ont été réinstallé dans les salons de divers ministères.

Problème maintenant pour l’équipe de la nouvelle Présidente : réorganiser l’horaire des visites, qui se sont singulièrement allongées pour permettre au public de faire connaissance avec ces nouveaux trésors.

Vente d’uranium enrichi

Le Brésil veut profiter de l’augmentation de la demande mondiale en uranium enrichi pour mieux valoriser ses réserves, qui sont parmi les plus importantes du monde. Cette demande est poussée par la Chine, qui envisage de faire construire 30 centrales nucléaires, par la multinationale française AREVA, laquelle a quelques difficultés avec ses sources d’approvisionnements traditionnelles africaines, notamment au Niger. Des contrats seraient en phase finale de signature entre le Brésil et les autorités ou des entreprises privées de Chine, de Corée du Sud et de France.

Le Brésil maîtrise la technologie d’enrichissement de l’uranium à petite échelle et veut la développer. Il s’agit en l’occurrence de produire de l’uranium faiblement enrichi, à 2 ou 4%, utilisé dans les centrales électriques ou pour la propulsion des sous-marins nucléaires, et non d’U235 enrichi à 90 ou 99%, qui sert à la bombe atomique et génère une immense énergie en une fraction de seconde. Le Brésil, membre de l’AIEA, respecte le traité de non-prolifération nucléaire. L’an dernier, il s’est entremis avec la Turquie dans le conflit opposant l’Iran au Conseil de Sécurité de l’ONU à propos du développement de centres d’enrichissement d’uranium au pays des mollahs.

Rafale ou F18, choix repoussé d’un an.

Lorsqu’il était venu conclure l’année de la France au Brésil, fin 2009, Nicolas Sarkozy était reparti avec la certitude d’un contrat en poche : la vente de 36 avions de combat Rafale du constructeur Dassault à l’armée brésilienne. Le Président Lula, « son grand ami » lui avait assuré que la décision était prise. Une décision purement politique. Depuis, tout a mal marché : l’armée de l’air a protesté, arguant que le dossier technique était incomplet, puis le dossier s’est perdu dans les sables. Prudemment, Lula avait décidé de laisser la décision à son successeur.

Dilma Roussef vient de trancher, le choix de l’avion de combat n’est pas une priorité de son début de gouvernement, la « préférence française » n’est plus incontournable, – elle pencherait même plutôt, comme une partie des experts militaires, pour le F18 américain de Boeing -, et elle a décidé de repousser la décision à 2012.

Incendie pré carnavalesque.

Quatre heures de flammes spectaculaires ont consumé le travail d’une année de 3 des plus prestigieuses écoles de samba du carnaval de Rio. Costumes et chars allégoriques anéantis, « défilé des champions » perturbé, l’incendie qui a ravagé la « Cidade do Samba » le 7 février révèle pour beaucoup d’observateurs l’amateurisme qui règne dans la préparation de ce qui est vendu comme « le plus grand spectacle sur terre », financé en partie par les autorités et dont les entrées rapportent annuellement 42 millions de R$ (24 millions de CHF / 18,5 millions d’€).

Ainsi les 4’000 sprinklers anti-incendie de la Cité de la Samba n’ont pas fonctionné. Ils n’étaient pas équipés de déclencheurs automatiques par détection de fumée. Les accessoires et autres déguisements en polystyrène ont donc flambé à volonté, 4 baraquements ont été réduits en cendre en un rien de temps. Pourtant, la Cité de la Samba a été construite en 2005, justement pour lutter contre les risques d’incendie parce qu’auparavant, les écoles de samba étaient logées dans des entrepôts précaire de la zone du port durant la préparation du carnaval. Il y avait eu 4 incendies au cours des 10 années précédentes. Or c’est justement le regroupement des baraquements dans la Cité de la Samba, trop proches les uns des autres, qui explique l’ampleur des dégâts cette fois.

3 écoles sur les 12 en compétitions dans le « groupe spécial » des meilleurs défileront avec un cortège réduit, elles ne pourront pas être jugées cette année, le Carnaval s’en ressentira. Le monopole de la LIESA, la Ligue des Ecoles de Samba sur le carnaval, désignée par la Préfecture de Rio comme organisateur unique en 1995, et reconduite chaque année depuis est mis en cause. Ce n’est pas une entité spécialisée dans ce type d’événement, mais un regroupement de notables des comités des écoles de samba, qu’on dit liés à la mafia du jeu de hasard.

En 2008, le nouveau Préfet de Rio, Eduardo Paes, a bien tenté de mettre au concours l’organisation du Carnaval, mais aucun candidat ne s’est présenté contre la LIESA. Un affrontement rop risqué sans doute…

Inondations de Nova Friburgo, une aide qui tarde.

Les conséquences des inondations qui ont ravagé les villes de Petropolis, Teresopolis et Nova Friburgo début janvier continuent à se faire sentir. Les secours d’urgence ont certes bien fonctionné et les dégâts les plus apparents ont été réparés. Les 3 villes des montagnes de Rio reprennent petit à petit un rythme de vie normal, même si les communications restent précaires par endroit.

Il n’en va pas de même pour les petites entreprises qui ont tout perdu dans la catastrophe. La BNDES, la Banque de Développement Economique et Social a débloqué une aide d’urgence de 400 millions de R$ (230 millions de CHF / 180 millions d’€) pour venir à leur secours, mais seul 1,6% de cette somme a réellement été distribuée aujourd’hui. En cause, les lenteurs bureaucratiques et les exigences administratives démesurées faites à ceux qui veulent relancer leur négoce : c’est ainsi qu’un menuisier de Nova Friburgo, dont les machines sont recouvertes de boue, doit maintenant fournir un certificat de conformité environnementale pour obtenir l’argent nécessaire au nettoyage de son atelier. C’est en effet une exigence pour toutes les entreprises du secteur du bois ! En attendant, les ouvriers qui devraient nettoyer la boue chôment…

Autre effet secondaire des inondations qui vient compliquer la donne, des centaines de petits artisans du secteur informel, profitant de la catastrophe et du nouveau statut de petit entrepreneur individuel que le gouvernement facilite depuis un an, tentent de se légaliser pour accéder aux crédits de la BNDES. Un plus, certes, à terme pour l’économie locale, mais une complication pour la distribution de la manne de la Banque de développement qui n’avait pas prévu ce cas de figure.

Les héritières de Tiradentes réclament des indemnités.

Elles ont 67 et 71 ans et sont les arrière-arrière-petites filles de Tiradentes, héros de l’histoire brésilienne, mort il y a 219 ans et elles réclament au gouvernement une pension mensuelle à titre d’indemnisation ! A la fin du XVIII° siècle, Tiradentes avait en effet pris la tête de la révolte des « Inconfidents » contre la domination portugaise. Vaincu, il a été pendu le 21 avril 1792 et son corps écartelé. Il est aujourd’hui considéré comme un héros national.

Malgré le temps passé, Carolina et Belita, les deux descendantes de Tiradentes réclament justice à l’Etat et elles risquent fort d’obtenir gain de cause ! Une loi proposée en effet en 1992 par le Président Itamar Franco et sanctionnée en 1996 par son successeur Fernando Henrique Cardoso a permis d’octroyer une indemnité mensuelle de 200 R$, à leur sœur cadette Lucia de Oliveira Menezes, âgée de 65 ans aujourd’hui. Se réclamant de ce précédent, Carolina et Belita demandent une pension de 727 R$ par mois, « compte tenu de l’inflation » qui court depuis 1996 pour pouvoir honorer dignement la mémoire de notre ancêtre » .

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