On devrait pouvoir s’en réjouir… Selon l’Institut britannique Chatham House, le déboisement illégal a diminué de 75% en 2009 dans les 3 principaux pays producteur de bois tropicaux, le Brésil, le Cameroun et l’Indonésie. 17 millions d’hectares de forêts ont donc pu être préservé du défrichement, l’équivalent de tout le Royaume Uni.

Un résultat obtenu grâce aux efforts de surveillance des autorités et à la diminution de 30% des ventes de bois de provenance non certifiée dans les pays consommateurs.

Au Brésil pourtant, les risques d’une reprise du déboisement ne sont pas écartés, car les messages officiels concernant la préservation de l’Amazonie sont contradictoires. C’est ainsi, les opérations de répression contre les scieries clandestines ont été multipliées par 10 l’an dernier, mais seuls 2,5% des amendes qui ont prononcées ont été réellement appliquées. « C’est un signal qui encourage l’impunité » note l’Institut Chatham House.

Puni pour n’avoir pas déboisé…

De son côté, le quotidien O Estado de São Paulo publie un reportage édifiant sur les contradictions des politiques foncières appliquées en Amazonie. Le journal révèle qu’un propriétaire du Mato Grosso est menacé d’expropriation par les services de la réforme agraire parce qu’il préserve la forêt. L’INCRA considère en effet sa terre comme improductive car il y maintient 80% de forêt primaire alors qu’une ancienne loi lui permettrait de défricher 50%. Une loi en contradiction avec les normes appliquées par l’IBAMA, l’Institut d’Etat de l’Environnement qui exige lui la préservation de 80% de la couverture végétale ! Mais voilà, INCRA et IBAMA dépendent de ministères différents et ne communiquent pas.

Un campement du Mouvement des paysans sans terre est installé à l’entrée de la propriété concernée. Parmi eux, plusieurs scieurs attendent le feu vert de l’INCRA pour commencer à déboiser. Des dizaines d’exemples identiques peuvent être recensés dans toute l’Amazonie, conclut O Estado de São Paulo, renforçant l’insécurité des propriétaires et le sentiment d’impunité chez les exploitants de la région.

L’industrie du charbon de bois clandestin.

Autre souci, relevé par IMAZON, un institut de recherche basé à Bélem (Para), qui fait autorité en matière de surveillance par satellite du déboisement, la dégradation croissante des marges de la forêt. si la superficie déboisée annuellement diminue régulièrement depuis 2004, de 27 millions de km2 à 7,5 millions, elle augmente autour des zones déjà déboisées. « Ces zones dégradées sont les prémisses d’un nouveau déboisement dénonce IMAZON. Leur augmentation nous inquiète ».

C’est l’extension des pâturages qui explique en bonne partie cet abattage illégal aux marges de la forêt primaire, mais aussi la demande en charbon végétal utilisé par les entreprises sidérurgiques. Ainsi, dans la région du Carajas où se trouve une des principales mines de fer du monde, 9 millions de tonnes de charbon de bois auraient été consommées en 2008. Mais l’Etat du Pará affirme n’avoir autorisé qu’une production totale de 5 millions de tonnes pour la même année! 4 millions de tonnes ont donc disparu des statistiques, du charbon clandestin originaire du déboisement illégal !

L’échec de« Terra Legal »

Troisième facteur de préoccupation, la question foncière. En 2009, le Ministère du Développement Rural crée le programme « Terra Legal », afin de pouvoir régulariser la propriété de 49 millions d’hectares dans 400 municipalités d’Amazonie d’ici 2014. Cela représente 180’000 titres de propriétés à légaliser et à distribuer. Mais les concepteurs du projet ont très mal évalué la difficulté de la tâche : 53% des terres concernées sont l’objet de conflits entre propriétaires différents. Résultat, après 2 ans de fonctionnement, « Terra Legal » n’a pu émettre que 400 titres de propriété.

Le programme est aussi mal adapté à la réalité amazonienne : seules les propriétés de moins de 2’500 ha peuvent être prises en considération, Au-delà, les surfaces devraient redevenir propriété de l’Etat et être redécoupées. Cela exclut du processus tout l’agrobusiness. Et pousse à la fraude. Des grandes propriétés sont divisées en lots plus petits par ceux qui se les sont attribuées pour être légalisées par des prête-noms et ensuite reconstituées. C’est relativement facile car les contrôles sont quasi inexistants : Ils se font par satellite et GPS. Seule une infime minorité des terres titularisées font l’objet de visite des autorités.

Exploitation forestière durable.

Il existe pourtant d’autres solutions pour renforcer la protection de la forêt et stabiliser le déboisement. A commencer par la privatisation sous contrôle, de zones destinées à une exploitation forestière durable. Le Service Fédéral des forêts a ainsi mis aux enchères en 2010 3 lots dont l’exploitation devrait lui rapporter plus de 6 millions de R$ de royalties dans les prochaines 40 années. Versés par les acquéreurs qui commercialisent de manière respectueuse de l’environnement les arbres poussant sur leur concession.

Peuvent s’inscrire des grandes entreprises forestières nationales ou étrangères, capables de respecter techniquement les règles très strictes imposées par le service des forêts : sur un même hectare, les arbres ne sont abattus qu’une fois en 30 ans et encore, avec interdiction de toucher aux espèces en voie de disparition où à celle dont on trouve moins de 3 exemplaire sur un même hectare. C’est à ce prix qu’un certificat d’origine peut être délivré et la concession renouvelée. Cette politique devrait s’accélérer dans les années qui viennent.

La pression du marché… et de Google.

« Cela nous ouvre les portes du marché européen et nord-américain du bois précieux, note Roberto Waak, président de l’entreprise Amata, qui a obtenu une des concessions dans l’Etat du Rondônia. Là-bas, les consommateurs n’achètent plus que du bois certifié et dont l’origine est transparente. » Une pratique dont on en est encore loin au Brésil, car aucune loi n’oblige les fabricants de meubles à indiquer la provenance de leur bois. Ceux-ci sont pourtant les principaux clients des scieries amazoniennes dont le chiffre d’affaire annuel « officiel » tourne autour des 5 milliards de R$ !

Autre initiative, qu’on doit à Carlos Souza, un des chercheurs de l’équipe d’Imazon, la mise en place sur Google Earth d’un outil de surveillance du déboisement, le « Google Earth Engine ». La méthode, déjà utilisée par les services officiels de surveillance, devient ainsi accessible au grand public dans le monde entier. Elle permet d’afficher à la demande l’image satellite d’une portion de forêt à des périodes définies. Le programme affiche une succession de photos permettant de suivre l’évolution du déboisement dans le temps et de repérer une éventuelle augmentation. « Cela va permettre un contrôle citoyen et collectif du déboisement, à travers la mise en place d’un réseau social de surveillance » s’enthousiasme Carlos Souza. « Google Earth Engine » n’est encore disponible que sur une partie du territoire amazonien, mais il devrait bientôt s’étendre à d’autres régions du globe terrestre.

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