Philtre d’amour mortel pour les dauphins, encore la viande issue du déboisement illégal; Nord-Est, sècheresse toujours, 100 ans après ; réchauffement : disparition du brouillard de Sao Paulo.

L’histoire serait belle si elle n’était pas cruelle : on raconte le long des rivières du nord du Brésil, que le tucuxi, un dauphin d’eau douce qui vit dans le fleuve Amazone, se transforme la nuit en un beau jeune homme qui sort de l’eau pour séduire les jeunes filles des villages, incapables de résister à son charme.


Depuis la nuit des temps donc, et c’est la face sombre de la légende, les habitants prélèvent les organes génitaux des tucuxi pour en faire des élixirs d’amours qu’ils vendent sur les marchés. La pratique est bien sûr punissable, mais tant qu’elle était limitée, on pouvait la considérer comme tolérable, au nom de la tradition.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui car ces philtres d’amour sont maintenant vendus à grande échelle, sur internet. Même si cette espèce de dauphins gris d’Amazonie n’est pas en voie de disparition, le risque d’un carnage existe, qui préoccupe les protecteurs des animaux.

Ils ont donc enquêté et fait une drôle de découverte : l’analyse de l’ADN contenue dans une quarantaine de fioles vendues sur les marchés de Bélem et Manaus contenaient bien des extraits de dauphin, mais pas de dauphins d’eau douce ! La presque totalité provenaient d’organes génitaux de dauphins vivants en mer et prélevés sur des animaux morts étouffés dans les filets des pêcheurs. On ne dit pas si le philtre d’amour, ainsi fabriqué est encore efficace, mais les écologistes ont changé de combat ! Plutôt que de demander la punition des vendeurs d’élixir d’amour qui sévissent sur internet, ils réclament une nouvelle législation sur les filets de pêche afin de préserver les dauphins de mer du massacre.

Viande issue du déboisement illégal, encore.

Le steak de bœuf du Brésil que vous venez de manger est certainement de provenance illégale. Celui que vous achèterez demain aussi. Malgré les efforts déployés pour mettre fin à ces pratiques. Il y a un an en effet, le Ministère Public Fédéral de l’Etat du Para lançait la campagne « Carne Legal » afin d’obliger les éleveurs à certifier que leur bétail n’était pas engraissé sur des zones déboisées illégalement, ni soigné par des employés soumis au travail esclave. 40’000 propriétaires de l’Etat ont adhéré à l’initiative, réduisant singulièrement le déboisement dans la région.

Mais le problème reste entier… à l’autre bout de la chaîne. L’association brésilienne des supermarchés a pourtant signé un accord avec le Ministère de l’Environnement, dans lequel elle s’engageait à indiquer la provenance de la viande vendue. La BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Social, principal financeur de la filière de l’élevage promettait dans le même temps d’exiger un certificat de traçabilité avait d’octroyer un  prêt. Tout cela devait entrer en vigueur avant le 15 décembre 2010. Il n’en a rien été. Dans les rayons, aucune étiquette ne fait aujourd’hui mention de l’origine de la viande exposée. Exception, 2 chaînes de supermarché, Walmart et Pão de Açúcar, qui proposent sur des gondoles spéciales, de la viande munie d’un certificat de traçabilité, vendue plus cher !

Nord-Est, sècheresse toujours, 100 ans après

Créé il y a 100 ans pour amener l’eau aux habitants du sertao nordestin, le Dnocs, Département National des Travaux contre la Sècheresse fête son anniversaire au milieu d’un des pires étiages de ces dernières années et au mileur d’un parfum de scandales et de corruption. Alors que les camions citernes de secours peinent à atteindre les villages reculés du Ceara, le Tribunal des Comptes de l’Union met à jour une multitude d’irrégularités dans l’exercice comptable 2009 du Dnocs : surfacturation, dépenses somptuaires, réservoirs construits dans des endroits déserts, travaux demandés au nom de l’urgence et jamais réalisés etc…

Depuis l’arrivée au Brésil du roi du Portugal Don Joao VI au début du XIX° siècle, qui affirmait vouloir « vendre les bijoux de la couronne pour aider le Nord-Est », l’argent des programmes de développement du sertão a toujours servi à remplir les poches des politiciens. 2009 ne fait pas exception à la règle et le directeur du Dnocs, Elias Fernandes, déclare prudemment que les conclusion du tribunal des Comptes ne sont certes pas concluantes, mais qu’elles vont être analysées, que les erreurs seront réparées et les malversations punies ».

Au-delà, c’est toute la question de l’approche du développement dans le Nord-est qui est à revoir, estime le sociologue Francisco de Oliveira, professeur à l’Université de São Paulo. « On continue à imaginer de grands projets pour amener l’eau sur de grandes surfaces à exploiter industriellement, comme c’est le cas avec le chantier titanesque de la transposition des eaux du Rio Sao Francisco, sans voir que la qualité de la terre dans le sertao n’est pas favorable à une telle agriculture. Les rendements qu’elle fournit ne pourront jamais concurrencer ceux des sols fertiles du sud du pays. Mieux vaudrait élaborer des petits projets, spécifiques à certaines régions, qui s’y  prêtent mieux que d’autres. »

Autre observation de Francisco de Oliveira : si la situation s’est un peu améliorée dans le Nord-Est, ce n’est pas à cause de l’irrigation mais parce que les gens ont émigré ! Il y a donc moins de pression sur la terre, mais le problème s’est reporté sur les villes. « Plutôt que  de dépenser des millions à creuser des puits inutiles pour freiner l’exode, l’Etat aurait mieux fait de préparer les villes à recevoir décemment ces migrants. Cela aurait peut-être évité la croissance sauvage des favelas. »

La disparition du brouillard de Sao Paulo

Sao Paulo est une ville grise à cause de ses buildings, mais aussi parce que chaque matin, un fin brouillard humide recouvre toute l’agglomération. Recouvrait plutôt, car depuis quelques années, le brouillard a disparu à São Paulo. La faute au réchauffement climatique ? La faute au réchauffement tout court, affirme Carlos Nobre, directeur de l’Institut National de Recherches Spatiale. « Ces 70 dernières années, le réchauffement global a été d’environ 0,4 degré. Celui de São Paulo de 2 à 3 degrés. A cause de la quantité de béton due à l’urbanisation et à cause de la disparition des espaces verts ».

Mais alors, le brouillard ? Il se forme par condensation de l’humidité qui monte du sol le matin. Le sol n’est plus que bitume et maintenant, les gouttelettes en suspension s’évaporent immédiatement à cause de la chaleur. « C’est tout le régime des pluies qui s’est modifié à Sao Paulo avec la multiplication d’épisodes d’orages torrentiels qui submergent les rues. Le brouillard matinal, lui, il ne reviendra plus. » La fin de 2010 et ce début d’année 2011 ne font pas exception, la métropole a déjà connu 44 jours ininterrompus d’orages.

Carlos Nobre estime qu’on peut apprendre pour l’avenir climatique de la planète avec ce qui se passe à Sao Paulo : « cette ville est le meilleur laboratoire du Brésil pour expérimenter des politiques publiques permettant à la population de s’adapter progressivement au réchauffement global. Une des pistes, c’est le reboisement des zones urbaines pour limiter l’emballement de la température dans les grandes agglomérations ».

 

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