Bonjour,

Les événements qui ont secoué Rio de Janeiro ces dernières semaines méritent qu’on s’y arrête un peu car ils marquent un tournant capital dans le rapport que la ville entretien avec ses espaces de « non-droits », abandonnés depuis des années aux mains des trafiquants en tout genre. Ils suscitent la réflexion à la fois à la fois sur ce qu’ils nous enseignent et sur l’avenir qu’ils préparent. C’est pourquoi j’ai décidé de faire une édition supplémentaire de Vision Brésil qui leur est spécifiquement consacrée.

Ce numéro spécial tente quelques pistes à travers les propos d’une importante ONG carioca « l’Observatorio de Favelas » qui mène de nombreux projets sociaux dans les favelas dont une école de « photographie du peuple ». Je reviens aussi sur un article que j’ai publié dans un journal suisse en 2007, à propos d’une première « guerre de l’Allemand », dont le déroulement était très différent d’aujourd’hui. Preuve, peut-être que même s’il reste encore beaucoup à faire, le rapport à la violence et la criminalité  s’est vraiment modifié à Rio de Janeiro.

Une autre stratégie.

L’occupation presque sans bavure du « Morro do Alemão », le Complexe de l’Allemand, le dimanche 28 novembre dernier, traduit une nouvelle manière d’agir des forces de l’ordre, à la fois déterminée, cohérente et efficace, qui tranche avec la pratique adoptée jusqu’ici du coup de force ponctuel dans les favelas, suivi du repli et de l’abandon. Preuve de la réussite de cette nouvelle stratégie : très peu de victimes de balles perdues parmi la cinquantaine de morts et aucune polémique dans la presse sur des exactions éventuels des policiers durant les affrontements.

Tout n’est cependant pas réglé avec l’occupation par l’armée du « Morro do Alemão ».  Même si l’installation des UPP’s, les Unités de Police de Pacification, dans une dizaine d’autres favelas depuis 2008 indiquent la voie à suivre. Aussi, lorsque le responsable de la police de Rio de Janeiro, José Mariano Beltrame proclame qu’après la reconquête de ce territoire des mains des trafiquants, le marché de la drogue est désarticulé et la criminalité réduite à presque néant, il a à la fois raison et tord :

Nuancer les chants de victoire

Il a raison car les coups portés au trafic sont significatifs. Mais ce dernier n’est pas mort. Témoin la découverte du réseau d’égouts, sous le Complexe de l’Allemand, qui a permis aux gros bonnets du trafic de s’enfuire à la barbe de la police, un jour avant l’assaut. Les caïds de la drogue courent donc toujours, ils contrôlent d’autres favelas et sont encore opérationnels. Les attraper un à un est un travail de très longue haleine.

José Mariano Beltrame a aussi raison quand il évoque la politique de présence permanente de la police dans les favelas « pacifiées » qu’il a mise en place. Elle permet de contrôler au quotidien ces territoires et de les réintégrer à l’Etat de droit en y faisant revenir les équipements sociaux qui y font défaut : écoles crèches, centres de santé, équipements de loisirs…

Cependant, il a tord de penser que tout est résolu ainsi car l’action des pouvoirs publics continue à être menée du haut vers le bas, sans une participation véritable de la société civile. C’est une fragilité, car tant que la population ne s’approprie pas elle-même ce nouvel espace de liberté et ne s’organise pas de façon autonome pour le faire vivre et assurer sa permanence, un retour en arrière est toujours possible.

D’ailleurs, dans les favelas où les UPP’s  sont installées, les sbires du trafic ressurgissent discrètement de temps à autre pour faire pression sur les habitants. Le nombre de dénonciations de ce type d’agissement auprès du « Disk denuncia » le téléphone anonyme de la police est là pour en témoigner.

Jean-Jacques Fontaine, Rio de Janeiro, 4 décembre 2010

© Toutes les photos de ce numéro spécial ont été faites par les photographe de « l’Agencia Fotos do Povo » de l' »Observatorio de Favelas » durant les événements.

 

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