Shell se lance dans l’exportation de l’éthanol brésilien ; des peaux de bananes pour sauver les rivières; électricité solaire pour les cueilleurs de caoutchouc ; encyclopédie virtuelle des oiseaux.

Shell vient d’absorber Cosan, distributeur de la marque Esso au Brésil et prévoit de faire de cette joint-venture une plateforme mondiale de distribution de l’alcool carburant. 1,5 milliards de US$ seront investis dans l’opération. Il s’agit non seulement d’augmenter la production d’éthanol au Brésil, mais de tester des technologies de seconde génération qui permettront de produire du carburant de façon plus rentable à partir de la canne à sucre et d’autres matières végétales.

« A plus long terme, explique Mark Gainsbourg, vice-président du secteur énergies alternatives de Shell, il s’agit de créer une compagnie globale de biocombustibles qui fasse partie des majors internationaux. Il y a un grand potentiel pour l’exportation de l’éthanol brésilien.»

De son côté, le Ministère des Relations Extérieures publie un bilan de 30 années d’utilisation de l’alcool carburant au Brésil. On y découvre que les surfaces consacrée à la canne destinée à produire de l’alcool ne représentent que 1% de la superficie cultivée du pays, avec une productivité meilleure qu’ailleurs : 7’000 litres de carburant à l’hectare, contre 5’500 litres pour le blé et la betterave européenne et 2’400 litres pour le maïs américain.

Chaque unité d’énergie non renouvelable utilisée dans la production de l’éthanol au Brésil génère 9 unités d’énergie renouvelable (contre 2 unités pour le blé ou la betterave et 1,5 unité pour le maïs). En outre, l’utilisation des résidus de canne permet aux usines de production d’alcool d’être autosuffisantes en énergie électrique, ce qui a permis d’économiser, au cours de ces 30 dernières années 850 millions de tonnes de rejets de CO2 dans l’atmosphère.

Le secteur de l’alcool carburant au Brésil occupe 835’000 personnes dans 440 usines, sans compter l’armée des coupeurs de canne engagés saisonnièrement sur les plantations pour les récoltes.

Des peaux de bananes pour sauver les rivières

Cela a l’air d’une recette de cuisine, mais c’est une idée géniale qui a valu à Milena Boniolo, une jeune chimiste de Saõ Paulo le premier prix des Jeunes scientifiques en 2007. En réduisant en bouillie des peaux de bananes dans un simple broyeur de cuisine et en jetant ensuite le mélange dans un seau rempli d’eau polluée à l’uranium, Milena s’est rendu compter que le métal lourd venait se fixer sur les résidus de banane. « Je m’en doutait un peu, précise la chercheuse, car la peau de banane est constituée de molécules chargées négativement qui attire le métal, composé lui, de molécules chargées positivement.

En sachant que rien qu’à Saõ Paulo, 4 tonnes de bananes sont jetées aux ordures chaque jour, on peut imaginer la source potentiel d’économie pour nettoyer les rivière polluées par des métaux lourds. D’autant que le système peut fonctionner avec d’autres résidus de fruits, des essais positifs ont été tenté avec les peaux d’orange.

L’invention de Milena Boniolo commence à être connue et elle reçoit régulièrement des demandes de paysans ou de petites entreprises qui désirent appliquer cette technique sur le terrain. Elle est encore obligée de décliner l’offre car il manque des moyens financiers pour tester cette technologie à l’échelle commerciale, hors des laboratoires de l’IPEM l’Institut de Recherches en énergie nucléaire de l’Université de Sao Paulo.

Electricité solaire pour les cueilleurs de caoutchouc

Comment faire parvenir les bénéfices de la modernité aux confins de la forêt amazonienne, là où vivent et travaillent les cueilleurs de caoutchouc ? Un défi extraordinaire, qui commence par l’installation de l’électricité, susceptible de remplacer les lampes à kérosène polluantes et permettre d’installer un frigo dans des habitations dispersées, toutes très éloignées les unes des autres. Et pourtant, le gouvernement l’avait promis en 2003, il allait installer gratuitement l’électricité dans les campagnes pour les plus pauvres. 10 millions de foyers ont déjà été raccordés et le programme « Luz para todos » est prolongé jusqu’à fin 2011.

Mais voilà, tirer des lignes électriques pour les cueilleurs de caoutchouc de l’Etat d’Acre, situé à l’extrême ouest du pays, le long de la frontière avec la Bolivie et le Pérou, cela est hors de prix et impliquerait de déboiser massivement. D’où l’idée du recours à l’énergie solaire. Un essai a été tenté dans la municipalité de Xapuri, lieu d’origine de l’écologiste Chico Mendes, assassiné en 1988 par un tueur au service des grands propriétaires terriens. 3 plaques photovoltaïques fournissant 13kwh ont été installées dans 100 maisons et 3 écoles. L’an prochain, l’expérience devrait être étendue à 14’000 familles de la région.

Si Electrobas, en charge de l’opération, réussit à résoudre 3 problèmes qui bloquent encore  la généralisation du projet à tout le pays : comment relever la consommation et faire parvenir le décompte aux usagers dispersés au fond de la forêt sans que cela ne coûte plus cher que la facture elle-même ? Comment remplacer les batteries qui accumule l’énergie des panneaux photovoltaïques et doivent être changées tous les 2ans, sans déséquilibrer le budget de l’opération : l’installation du système coûte pour chaque raccordement 7’000 R$ et l’entretien 264 R$ par an. C’est encore beaucoup trop.  Enfin, comment modifier la législation de l’Agence Nationale de l’Energie Electrique pour inclure l’énergie solaire dans sa définition. Une question politique qui devra être discutée au Parlement.

Ce n’est donc pas encore demain que les cueilleurs de caoutchouc pourront tous, comme Francisco Barbosa, déguster une bière fraîche en fin de journée, par 40°, grâce au petit frigo solaire qu’il a pu installer dans sa maison du Seringal Iracema.

Encyclopédie virtuelle des oiseaux

Ils sont plus de 4’000 chasseurs volontaires dans tout le Brésil. Des chasseurs d’image qui traquent les oiseaux, caméra en main. A partir de l’initiative d’un informaticien de Minas Gerais, Reinaldo Cesar de Oliveira Guedes, ils sont en train de constituer sur internet, la plus vaste encyclopédie des oiseaux du Brésil. Cela fonctionne sur le modèle de Wikipédia, et s’appelle WikiAves. Le site contient déjà plus de 130’000 photos et 9’400 enregistrements sonores.

Chacun peut y participer, en ajoutant ses remarques personnelles aux photos envoyées et des modérateurs vérifient ensuite la pertinence des témoignages apportés. 1’598 des 1’800 espèces ailées à plume recensées au Brésil figurent déjà sur WikiAves, qui a même réussi à identifier un oiseau jusqu’alors inconnu, l’anambé-de-whitely, repéré dans une localité située près de la frontière avec le Guyana et le Vénézuela.

« C’est une forme de science collaborative, explique le vétérinaire Joaõ Marcelo da Costa, un des modérateurs du site, où chacun peut apporter sa contribution à ce qui est en train de devenir le plus vaste programme volontaire de recensement des oiseaux de toute l’Amérique du Sud. ». « WikiAves n’existe que depuis décembre 2008, mais son catalogue est déjà plus vaste que celui de n’importe quelle université spécialisée du pays » complète Luis Fabio Silveira, ornithologue, qui gère les collections du musée zoologique de l’Université de Saõ Paulo.

Pour en savoir plus : http://www.wikiaves.com.br/

 

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