En juin dernier, le Président Lula dépose devant le Congrès un projet de loi visant à mettre en place une politique nationale de l’Economie Solidaire qui devrait permettre aux entrepreneurs qui s’engage dans cette voie de bénéficier d’appuis techniques et de recours facilités au crédit, par l’intermédiaire de la création du FNAES, le Fond National de l’Economie Solidaire. C’est une reconnaissance que cette activité économico-sociale, encore très marginale au Brésil, jouera une rôle important à l’avenir.

Colivre a été créée à Salvador en 2006. C’est une coopérative qui vise à diffuser des technologies informatiques et des softwares libres de droit le plus largement possible, à prix coûtant, pour les PME et les initiatives sociales. Colivre est l’exemple même d’une entreprise d’économie solidaire qui marche bien. Elle occupe une dizaine de personnes. On est loin de l’artisanat rural ou des services de nettoyage qui forment le lot traditionnel de cette branche d’activité.

Une forme d’échange qui se répand partout.

C’est qu’au Brésil, l’économie solidaire, née d’abord dans les quartiers les plus pauvres des villes ou dans les campagnes reculées, tend à se répandre de plus en plus dans toutes les couches de la population. On trouve par exemple des entreprises d’économie solidaire qui proposent d’aider à commercialiser un produit, de donner des conseils financiers, de vendre des billets de spectacles par internet, de réparer des instruments de musique ou des ordinateurs, d’organiser le ramassage collectif des ordures, de physiothérapie, de fournir des équipement pour installer des égouts ou vendre des plants pour reboiser la mangrove !

Le nombre de ces entreprises est encore microscopique, 21’000 en 2007, dernière année d’un recensement systématique, le triple aujourd’hui d’après les estimations. Mais si cela ne pèse rien dans le PIB national, cette forme de production permet déjà à ceux qui la pratiquent de vivre presqu’entièrement en ne recourant qu’aux échanges solidaires.

La future loi sur la Politique Nationale d’Economie Solidaire va donner des ailes à ce secteur. Déjà, l’ONG Ecosol, née du premier congrès national de l’économie solidaire en 2001 est devenu l’interlocuteur privilégié du gouvernement. Son expérience et l’appui qu’elle apporte à des milliers d’initiatives du secteur font autorité. Antonio Vieira, membre du Secrétariat Executif du Forum de Coopérativisme Populaire estime que l’influence d’Ecosol croît pour deux raisons principales : l’insatisfaction de salariés qui se plaignent de relations de travail privilégiant le bénéfice et la hiérarchie et cherchent une alternative, d’autre part, la volonté grandissante des petits entrepreneurs du secteur informel de s’insérer dans un système de production légal.

Des acteurs sociaux dynamiques.

Pour renforcer ce mouvement, les autorités ont mis en place l’an dernier un Secrétariat Spécial au Développement de l’Economie Solidaire. Il a permis d’élaborer le projet de loi sur la politique nationale d’Economie Solidaire qui sera débattue aux Chambres prochainement.

Les acteurs sociaux, cependant, n’attendent pas la loi les bras croisés. Le 27 septembre, le projet Ethno-développement a été lancé à l’Université Fédérale de Rio de Janeiro, en présence de représentants de 11 Etats du Brésil. Son objectif, stimuler la naissance de projets d’économie solidaire dans les Quilombos, ces communautés de descendants d’esclaves qui vivent collectivement sur des terres qui leur ont été attribuées depuis 2003, au titre de dédommagement historique.

105 communautés, regroupant 37’000 personnes devraient adhérer au projet. Il vise à développer des activités en accord avec les coutumes ethniques de ces quilombolas et prévoit aussi la réalisation d’une enquête ethnologique auprès des communautés concernées, pour recenser et diffuser leur héritage historique.

 

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