Crise du change, le réal au plus haut ; crédit à la consommation, risque de bulle spéculative ; Embraer de retour de Chine ? Les banques au secours des PME qui fournissent Petrobras ; Publicis achète Talent Group ; le vin brésilien devient AOC.

Le dollar américain est tombé à 1,66 R$. Il était encore à 2R$ en début d’année. L’afflux de devises à la bourse de São Paulo ne cesse de croître. Pas vraiment étonnant quand on sait que les taux d’intérêts avoisinent le 0% en Europe et aux USA et sont ici de 11%. Acheter du dollar bon marché à l’extérieur pour l’investir en R$ fort au Brésil, c’est donc une bonne affaire pour les spéculateurs.

Pour les consommateurs aussi, qui profitent de produits étrangers à coût attractif. Jamais le Brésil n’avait autant importé de biens de consommation que cette année. Le pays compte aujourd’hui plus de 40’000 entreprises spécialisées dans l’importation.

Pour l’équilibre des finances publiques, le processus est pervers, toutefois. Voilà 3 mois que la balance des payements extérieurs est négative, le déficit atteint 50 milliards de US$ et ce déséquilibre pèse sur le budget gouvernemental. Les experts ne prévoient pas de retournement de situation avant la fin de l’année.

L’industrie d’exportation aussi, voit ses rentrées en US$ chuter alors que ses investissements en R$ ne cessent de croître. 80% des transactions mondiales se font en US$, et même si les échanges entre le Brésil et les Etats Unis ne représentent que 10% de ce que commercialise le pays, la plupart des transactions internationales se font en monnaie américaine, y compris avec les voisins d’Amérique du Sud.

Certes, cette crise du change touche tous les pays émergeants, mais les moyens de lutte pour endiguer ce phénomène semblent bien peu efficaces. Le FMI lui-même avoue son impuissance et le Ministère brésilien de l’Economie, qui a déjà augmenté de 2 à 4% la taxe sur les investissements étrangers sans effet sur la baisse du dollar envisage d’autres mesures qu’il ne dévoile pas. Le risque, et pas seulement au Brésil, c’est un retour au protectionnisme pour lutter contre la « concurrence monétaire déloyale » dont les effets peuvent être ravageurs.

Et s’il fallait encore un indicateur, le fameux « indice Big Mac » qui mesure la valeur des monnaies les unes par rapport aux autres en relation avec le coût d’un Big Mac aux USA montre que ce dernier coûte aujourd’hui 3,71 US$ aux Etats Unis, mais il est à 6,78 US$ en Suisse (le CHF est la monnaie qui s’est le plus valorisé face au dollar) et immédiatement derrière, à 5,26 US$ au Brésil, alors qu’en Chine, le Big Mac ne coute que 2,18 US$. Face au dollar américain, le réal brésilien s’est donc surévalué de 42% et le yuan chinois sous-évalué de 40%. C’est préoccupant.

Nombre d’analystes cependant, ne s’étonnent pas de l’envolée du R$, après que le Brésil ait été rehaussé dans l’échelle des agences internationales de classification des risques alors que les économies des pays du nord continuent à stagner. Ils n’anticipent aucune baisse de valeur de la monnaie brésilienne à court terme. Selon eux, une dévalorisation du R$ face au US$ serait temporaire et sans grand effet. La voie à suivre, c’est de faire baisser le « coût Brésil de production » en implantant un système de transport efficace des marchandises d’exportation vers les ports, un régime fiscal qui encourage les investissements et les exportations, un accès facilité au crédit bon marché et une législation du travail plus souple.

Crédit à la consommation, risque de bulle spéculative

En moyenne, chacun des 190 millions de brésiliens va dépenser 13,3% de son revenu pour payer ses dettes. C’est nettement plus qu’en 2006, le chiffre était alors de 11,6%. Et le phénomène est en voie d’accélération, en septembre de cette année, la demande pour du crédit à la consommation a augmenté de 18% par rapport à septembre 2009, un niveau encore jamais atteint depuis que cet indicateur a été mis en place en 2007.

Rapportée aux personnes qui ont effectivement pris un crédit, cette moyenne nationale montre que les débiteurs consacrent maintenant 39% de leurs biens à rembourser leur dette, contre 25% en 2006. La Banque Centrale, qui diffuse ses chiffres ne semble pas encore inquiète : « le taux de non remboursement est en chute au Brésil, les gens arrivent à payer leurs dettes » estime Carlos Hamilton Araujó, directeur de politique économique à la Banque Centrale.

D’autres spécialistes sont plus inquiets, qui estiment qu’un taux d’endettement des ménages supérieur à un tiers des revenus peut mener à une bulle spéculative si la croissance ralentit et que les débiteurs, voyant leurs revenus diminuer, doivent renégocier leurs dettes. Une recherche de Serasa Experian à Sao Paulo montre qu’au mois de septembre, le nombre des personnes insolvables, a augmenté de 15,3% par rapport à l’année précédente, la plus grande hausse depuis l’an 2000.

Embraer de retour de Chine ?

L’avionneur brésilien pense fermer son usine de Harbin, dans le nord de la Chine, inaugurée en 2003, faute de commandes du gouvernement chinois. Seuls 4 ERJ 145 de 50 places sont en fabrication pour 2011, un modèle ancien considéré comme technologiquement dépassé, alors qu’Embraer espérait développer les ventes de son modèle ERJ 190 de 100 places. Mais voilà cet avion-là entre en concurrence avec un projet que China Aviation Industry développe avec le principal rival d’Embraer, le canadien Bombardier. « Les autorités chinoises semblent avoir choisi, commente le vice-président du secteur commercial d’Embraer, Paulo Cesar de Souza e Silva, ils ne nous considèrent plus aujourd’hui comme des partenaires. »

China Aviation Industry avait investi 25 millions de US$ dans la construction de la fabrique de Harbin dont Embraer détient 51% des parts. Officiellement, les négociations avec les autorités continuent et aucune décision ne sera prise avant début 2011.

Les banques au secours des PME qui fournissent Petrobras

Le géant pétrolier brésilien provoque des sueurs froides chez les investisseurs. Petrobras a annoncé qu’il ne remplira pas ses objectifs en matière de volume de production en 2010, il va manquer 2 à 3% pour atteindre les 2,1 millions de barrils par jour projetés en moyenne annuelle, et l’action Petrobras est la seule qui recule systématiquement depuis plusieurs semaines à la bourse de Sao Paulo. Une situation, explique l’entreprise, liée à des retards dans la livraisons de navires chargés de transporter le brut des plateforme off shore vers le continent et aux incertitudes sur la date de démarrage de l’exploitation du pétrole du « pré-sal ».

Cette situation se traduit par une diminution des ressources financières et donc une contraction des commandes passées auprès des 250’000 entreprises qui fournissent du matériel et des services en tout genre à Petrobras. Pour éviter un collapse dans ce secteur, un consortium des plus grandes banques du Brésil, Bradesco, Banco do Brasil, Itaú, Caixa Economica Federal, HSBC et Santander s’est accordé pour libérer une ligne de crédit de 3 milliards de R$ (1,75 millirds de CHF / 1,3 millirds d’€) destinées spécifiquement à ces sous-traitants.

Publicis achète Talent Group

Le groupe Publicis vient de racheter 49% des parts de l’entreprise brésilienne Talent Group, une des plus grandes agences de publicité du pays. La valeur de la transaction n’a pas été révélée. Publicis affirme que cette acquisition fait partie de sa stratégie de se renforcer au Brésil, « un marché en forte croissance ».

Publicis emploie 1’000 personnes au Brésil et détient déjà les marques F/Nazca, Leo Burnett, Publicis Dialog, Salles Chemistri, Taterka et AG2. Talent Group, elle, occupe 260 professionnels et est propriétaire de QG Propaganda, marketing digital. A terme, Publicis pense acquérir la majorité de Talent Group.

Le vin brésilien devient AOC

Les vins fins brésiliens vont procéder à leur révolution. 60 caves se préparent à obtenir leur « certificat de provenance géographique », un label indispensable à l’exportation vers l’Union européenne. Cet effort de qualité va se traduire par une augmentation des prix de l’ordre de 15% car les exigences de l’AOC brésilienne impliquent de suivre un certain nombre de règles contraignantes pour la sélection des raisins et le processus de vinification, des règles qui renchérissent le coût de production.

Actuellement, le Brésil est en retard sur ses voisins argentin et chilien où l’indication de provenance géographique de ses vins est déjà la règle. Au Brésil seuls 31 producteurs, tous concentrés dans la région de Bento Gonçalves au Rio Grande do Sul ont déjà franchi ce pas. D’ici 2012, cependant, estime l’Institut brésilien du vin, 6 nouvelles régions d’appellation contrôlée, 4 dans le Rio Grande do Sul, une à Santa Catarina et une dans le Pernambuco vont voir le jour. Le Brésil produit 242 millions de litres de vins mais n’en exporte que 1,1 million. La généralisation de l’AOC devrait stimuler les ventes à l’extérieur.

 

 

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