Le verdict est tombé brutalement pour les 90’000 habitants de Paragominas, une ville nouvelle d’Amazonie située à 300km de Belem. C’était en mars 2008, Paragominas figure en tête de la liste noire des municipalités pratiquant le déboisement illégal : 45% de la couverture végétale locale avait été abattue pour vendre sous le manteau des essences nobles protégées et préparer le terrain à l’installation du bétail, puis des culture de soja. Immédiatement, les banques publiques coupent les crédits.

Or 80% agriculteurs et éleveurs de Paragominas en dépendent, de ces crédits. La région entre en collapse avant de vivre une totale mutation. Aujourd’hui, Paragominas est champion de la préservation environnementale dans l’Etat du Para.

Principal pôle d’extraction illégale du bois

« Nous avons appris avec la crise », commente Adnan Demachki, préfet de la ville. « Mon grand-père avait déboisé la forêt atlantique dans le sud du Brésil. Mon père est venu ici déboiser la forêt amazonienne. Je suis fier d’être fils de ces pionniers », explique Mauro Lucio Costa, président du Syndicat local des Producteurs Ruraux, « mais maintenant, si je veux que mes enfants soient fiers de moi, je dois inverser travailler à protéger l’environnement. »

Ce qui n’est pas une mince affaire. Paragominas, fondée en 1965, est devenue rapidement le principal pôle d’extraction illégal de bois de la région. Avec la complaisance active des autorités locales : les titres de propriété par exemple, étaient octroyés aux exploitants seulement après que 50% de leurs terres aient été déboisées ! En 2008, juste après la publication de la liste noire, la Police Fédérale effectue une descente dans la commune voisine de Tailândia. Elle ferme 80% des scieries et saisit 13’000 tonnes de bois précieux commercialisé illégalement. La plus grande partie de ce stock provenait d’exploitations situées dans la municipalité de Paragominas. La ville a senti passé le vent du boulet et pour ne pas être la suivante sur la liste des opérations de choc de la Police Fédérale, elle a adopté des mesures drastiques.

Pacte de déboisement zéro

La Préfecture a réuni 51 associations de producteurs, éleveurs et exploitants forestiers. Ensemble, ils ont signé un pacte de déboisement zéro. A la base de cet accord, la régularisation des terres déjà exploitées, sans punition et la préservation du reste. Paragominas a ainsi cadastré 85% de son territoire.

La commune s’est aussi adjointe les services de l’Institut IMAZON de protection de la forêt à Bélem qui envoie chaque mois un bulletin basé sur des relevés par satellite. Dès que la municipalité repère un déboisement suspect à Paragominas, le Secrétariat à l’Environnement intervient, stoppe le processus et amende les fauteurs. Une première en Amazonie.

L’exemple fait école. 15 à 20 municipalités du Para sont en train d’imiter la politique de préservation de l’environnement appliquée à Paragominas. Cela ne va pas sans mal car les résistances à cette nouvelle approche sont nombreuses. « Changer cette culture est un travail de génération » rappelle Paulo Amaral, chercheur à l’Institut Imazon.

Le coût social du déboisement

Et ce n’est pas qu’un problème de culture. On estime que le gouvernement du Para devrait investir 15 milliards de R$ (9 milliards de CHF / 7,8 milliards d’€) pour récupérer les 7 millions d’hectares dégradés de son territoire. De leur côté, l’ensemble des activités forestières, agricoles et d’élevage rapportent 9 milliards de R$. « Il y a donc un manque 6 milliards pour équilibrer le compte, estime une source du gouvernement, qui paye la différence ? La collectivité publique et la forêt !»

Fort de l’expérience de sa ville, le Préfet de Paragominas risque un pronostic optimiste : « toutes les agrovilles amazoniennes passent par un processus de boum-collapse : enrichissement rapide avec le déboisement et la création de pâturage, puis épuisement tout aussi rapide des ressources naturelles qui rendent cette économie de prédation déficitaire. Si vous ajouter un peu de répression, comme la liste noire qui nous est tombée sur la tête en 2008, le changement est assez rapide. »

Publicités