« Lula, laisse la femme s’exprimer ! Le paternalisme de Lula est pathétique, c’est lui qui a le moins confiance en la capacité de Dilma de se débrouiller toute seule » ! Cri du cœur de Ruth de Aquino, journaliste à Epoca, qui traduit bien les doutes sur le futur éventuel gouvernement de Dilma Rousseff : sera-t-elle une exécutante docile des priorités de Lula qui tirerait les ficelles dans les coulisses, un peu à la manière du couple russe Medvedev – Poutine ?

Ce qui risque d’être difficile car personne ne sait si le charisme de Lula, hors de sa stature présidentielle, fonctionne encore. Et puis il y a le PT et l’équipe de militants historiques qui entourent la candidate. Parmi eux José Dirceu, l’homme qui, alors membre du premier gouvernement Lula en 2002 n’hésitait pas à dire : « les élus passent, les fonctionnaires restent ».

Le risque José Dirceu

Dirceu fut ainsi un des artisans principaux de l’occupation systématique des postes de l’Etat par des militants du PT, avant de tomber lamentablement suite au scandale du « mensalão », l’achat monnayé des votes de députés de l’opposition pour faire passer les projets du gouvernement au Congrès. Dirceu qui déclare maintenant : la victoire de Dilma, c’est la victoire du PT et de son projet. Lula était deux fois plus fort que le PT, mais Dilma est la candidate du PT.

Un projet du PT que José Dirceu ne se cache pas de vouloir imposer aux autres formations politiques, comme le PMDB qui formeront la coalition gouvernementale et qui peut faire craindre le pire : son cheval de bataille, c’est le « contrôle social des moyens de communication, qui jouissent d’une liberté excessive », un concept, estime Miriam Leitao, dans sa chronique quotidienne du journal O Globo, qu’on a déjà entendu ailleurs : « c’est ainsi qu’a commencé le Président Hugo Chavez, c’est dans cette direction que chemine le couple Kirchner en Argentine, c’est ce que prônent tous les régimes autoritaires, ils pensent tous qu’il y a un excès de liberté pour la presse. Au Brésil, José Dirceu estime qu’il y a un abus du droit d’informer ».

Une politique étatiste

Le « projet du PT » est aussi profondément étatiste. En cela il rejoint d’ailleurs la politique menée depuis l’an dernier par le gouvernement Lula qui a multiplié le nombre des fonctionnaires et mis en place une tutelle indirecte de l’Etat sur les secteurs économiques stratégiques. En créant une entreprise publique de contrôle de la répartition des royalties du pétrole, par exemple. Ou en décuplant les ressources que la BNDES, la Banque Nationale de Développement Economique et Social, met au service des grandes entreprises, à travers des participations croisées publiques-privées.

Des options qui mobilisent les finances publiques et favorisent les jeux d’influence dans la valse des postes à responsabilité à pourvoir. D’où une fiscalité qui ne cesse de gonfler et une hausse certaine de la corruption. C’est le World Economic Forum, le WEF qui l’affirme, dans son dernier rapport sur la compétitivité mondiale : le Brésil recule de la 56° à la 58° place en 2010, à cause du taux de corruption et du « spread bancaire », poussé par une fiscalité trop lourde. Entre 2008 et 2009, en pleine crise économique mondiale, le Brésil avait gagné 8 place, passant du 64° rang au 56° !

Sur tous ces points, projet du PT, négociations avec les autres partis de la future majorité parlementaire, contrôle social de la communication, contrôle étatique de l’économie, Dilma Rousseff reste silencieuse. Par inexpérience du pouvoir peut-être, mais en bonne partie parce que Lula occupe le devant de la scène dans la campagne électorale. Dès le 1er janvier 2011, sacrée première Présidente du Brésil, elle ne pourra plus se taire. « Lula, il faudra laisser la femme s’exprimer ! »

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