La géographie du vote ; l’histoire du vote au Brésil ; la loi « ficha limpa » ; la bourse famille comme moteur électoral ; les défis sociaux du prochain gouvernement :

La carte ci-dessus montre un Brésil à l’échelle du poids électoral de chacun des Etats. On constate tout de suite l’écrasante domination de Sao Paulo où se concentre 22% de l’électorat total, soit 28 millions de votants, un électorat majoritairement hostile à Dilma Rousseff.

Si on en croit cette carte, la candidate de la continuité aura d’ailleurs de la peine à s’imposer dans le Sud et le Sud-Est. Les collèges électoraux de Rio de Janeiro (10 millions de votants), de Minas Gerais (13 millions) et de son fief du Rio Grande do Sul (7 millions) devraient tout de même lui assurer une courte victoire dans cette partie la plus riche et la plus peuplée du pays.

Repère 2 : l’histoire du vote au Brésil.

Le Brésil est devenu un des plus grand collège électoral du monde après un long chemin : du temps de la colonie, seuls les nobles s’élisaient entre eux. Avec l’empire, en 1822, les députés au Congrès étaient désignés de manière indirecte, par les seuls hommes riches. Pauvres, femmes et esclaves ne participaient pas au scrutin. Avec la constitution de 1891, le critère de la richesse a été abandonné, tout comme la prérogative laissée à l’exécutif de dissoudre les Chambres. Mais les analphabètes, les indiens et les femmes ne pouvaient toujours pas voter. L’interdiction de vote pour les analphabètes subsiste encore dans la Constitution de 1946.

Après le coup d’Etat militaire de 1964, l’élection du Président au suffrage direct est abolie. Seule subsiste l’élection des exécutifs locaux, strictement encadrée, seuls deux partis, celui des militaires et la seule formation d’opposition reconnue, le MDB peuvent concourir. C’est avec la Constitution de 1988 que le vote est redevient universel et que la démocratie moderne s’installe, à tous les échelons de pouvoir au Brésil. Cette constitution a aussi introduit le vote facultatif pour les jeunes à partir de 16 ans. A la première élection, suite à ces nouvelles règles, il y avait 82 millions de votants, 12 élections plus tard, 135, 8 millions !

Repère 3 : la loi « Ficha limpa »

Une des principales nouveautés de cette élection 2010, c’est la lutte active contre les candidats corrompus ou accusés de malversation, grâce à la nouvelle loi « ficha limpa » finalement appliquée dès ce scrutin (Vision Brésil n° 14, mai 2010). 438 candidats ont ainsi été empêché de faire campagne, soit 2% des 21’192 prétendants à une charge publique le 3 octobre prochain. L’effet dissuasif concret risque d’être assez maigre car les candidats interdits d’élection peuvent faire recours au Tribunal Suprême Electoral et dans l’intervalle, continuer leur campagne. Mais l’effet psychologique, lui peut être grand pour l’électeur et modifier la donne au niveau des élus locaux et régionaux. C’est une des grandes inconnues de ce scrutin.

Un récent sondage révèle à ce propos des tendances très contradictoires : 85% des électeurs disent appuyer la loi « ficha limpa » mais 13% d’entre eux admettent qu’ils changeront leur vote si un candidat leur offre un avantage matériel. Ils sont même 21% à défendre ce comportement dans le Nord-Est !

Repère 4: La « Bourse famille », moteur électoral du clan Lula-Dilma

La « Bourse-famille est actuellement distribuée à 12 millions de foyers, soit 50 millions de personnes. Ce programme d’assistance a commencé le 1° janvier 2003, huit ans plus tard, 28 millions de brésiliens sont sortis de la misère. En 2003, 12% de la population souffrait de la faim, ils n’étaient plus que 4,8% en 2008, soit 10 millions de personnes. La malnutrition a reculé de 73%.

Repère 5 : les défis sociaux du futur gouvernement :

– Il manque 5,8 millions de foyers pour que tous les brésiliens aient un toit décent.

– 37 millions de personnes n’ont pas les ressources nécessaires pour payer tous les jours le prix du transport qui les amènent à leur travail.

– Dans les campagnes du Nord-Est, le nombre de morts dans les accidents de la route est 11 fois plus grand que dans les villes… à cause du nombre de charrettes tirées par des ânes qui encombrent les routes.

– 24 à 51% des jeunes, selon les Etats sont au chômage alors que le taux moyen global est de 9,8%

– La majorité des élèves qui terminent l’enseignement publique primaire ne savent pas faire l’équivalence entre 50% et la moitié.

– L’OMS classe le Brésil à la 125° place sur 191 pays en ce qui concerne la qualité des soins de santé publique, derrière la Bosnie et le Liban.

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