A la fin du cycle obligatoire, la majorité des élèves brésiliens ne savent pas que 50% est égal à la moitié et sont incapables de trouver l’idée principale d’un texte. Ils ont pourtant passé 12 ans sur les bancs de l’école. C’est le très officiel Indice National de l’Education de Base (Ideb) qui l’affirme.

La note moyenne de l’enseignement en 2009 a été de 3,6 sur 10, à peine 0,1 de plus que lors du précédent test, en 2007. Un raccourci saisissant de l’énorme goulot d’étranglement que doivent résorber les responsables de l’Education Nationale  au Brésil.

Les indicateurs internationaux ne sont pas moins inquiétants. Le rapport « Education pour tous » de l’UNESCO, classe le Brésil au 88° rang mondial, bon dernier en Amérique du Sud, derrière le Paraguay, l’Equateur ou la Bolivie. « Le taux d’alphabétisation de base est satisfaisant, note le rapport, mais les choses se gâtent ensuite à cause du redoublement massif : 19% des élèves répètent l’année contre une moyenne de 4% pour l’ensemble de l’Amérique latine.

Piètre niveau et dégradation avec le temps.

Les conséquences de ce piètre niveau de formation se reflètent sur le marché du travail qui manque cruellement de personnes formées et donc, correctement payées. « L’éducation explique 30 à 50% de l’inégalité de revenu au Brésil. Chaque année d’étude supplémentaire fait augmenter le salaire de 10% », note Merval Pereira, éditorialiste au Journal Globo.

Le journaliste risque une comparaison avec la Corée du Sud, un pays qui a misé sur la formation depuis une vingtaine d’années : dans la génération des 25-34 ans, 97% des coréens sont en possession d’un baccalauréat de fin d’études secondaires supérieures, leurs collègues brésiliens ne sont que 38% à l’avoir!

Pire encore, les choses se sont dégradées avec le temps. En 1960, le niveau scolaire des brésiliens était légèrement supérieur à celui des mexicains, en 2000, il avait pris 2,3 ans de retard. L’Inde avait en 1960 un niveau de scolarité inférieur à celui du Brésil, en 2000, le niveau indien était de 1,2 ans supérieur. Sans parler de la Corée du Sud avec qui l’écart s’est creusé de 6 ans depuis 1960 !

Rattrapage d’ici 2021 ?

Les autorités admettent mais affirment qu’elles ont commencé à renverser la vapeur en universalisant l’accès à l’école (97% des enfants vont à l’école obligatoire) et en se dotant d’outils d’évaluations plus efficaces. « Dans les années 80, la politique était  d’investir en qualité pour peu de monde. Il y avait un indice de redoublement extrêmement élevé : 40% seulement de ceux qui entraient à l’école terminaient la 4° année. Quand on applique un politique qui refuse d’exclure les élèves du système, c’est normal que la moyenne chute, » explique Eunice Durham, ex-Secrétaire à l’Education, aujourd’hui professeur à l’Université de Sao Paulo. Le retard devrait être comblé d’ici 2021.

A voir… Car si le Brésil a universalisé l’accès à l’école, il n’a pas universalisé la conclusion du parcours éducatif. Abandons et redoublements continuent à être des plaies massives : en 2007, le taux de conclusion de l’enseignement obligatoire était de 60%, c’est 2 fois mieux que 10 ans auparavant, mais 40% d’échec à la fin du parcours, c’est encore insupportable en comparaison internationale. D’autant que la qualité de l’enseignement dispensé est elle aussi très mauvaise : selon les notes PISA de 2006, le Brésil se classe 54° en calcul et 49° en lecture contre respectivement 4° et 1° pour la Corée.

Inefficacité et corruption.

Les budgets scolaires n’expliquent pas à eux seuls les piètres performances de l’éducation. A près tout, le Brésil a investi 3,7% de son PIB  dans la formation en 2006, soit presqu’autant que la Finlande (4% du PIB). Les plaies de la machine à enseigner brésilienne s’appellent corruption, bas salaire et mauvaise formation des professeurs.

Une enquête de la CGU, le Contrôle Fédéral des Finances, effectuée sur 59 communes prises au hasard a révélé que 25% de l’argent fédéral consacré à l’école obligatoire n’est jamais arrivé jusqu’aux portes des établissements en 2009 ! Il a été utilisé pour payer des pots de vins politiques, pour surfacturer des prestations ou pour renflouer des budgets concernant d’autres tâches municipales que l’éducation.

Cela a été rendu possible à cause de graves lacunes dans les mécanismes de contrôle des budgets municipaux : 40 des communes sondées n’ont pas pu fournir de décompte des prestations reçues, prétendant que « les documents comptables avaient disparus ou avaient été égarés ».

Salaires de misère et mauvaise formation.

Côté rémunération des enseignants, il existe depuis 2009 un minimum salarial officiel mensuel de 950R$, mais personne ne le respecte. Selon une étude de l’UNESCO, « professeurs du Brésil, impasses et défis »,  la moitié des 2,8 millions de professeurs gagnent moins que 720R$ soit l’équivalent de 1,16 salaire minimum. Paradoxe, l’école publique paie en moyenne mieux que l’enseignement privé, alors que la qualité de ce dernier est considérée généralement comme meilleure que celle des établissements publics.

Beaucoup de ces enseignants n’ont pas reçu une formation complète ou enseignent des matières qui ne sont pas celles pour lesquelles ils ont été préparés. Comme ce prof de math qui donne des cours de gym ou cette maîtresse d’art appliqué astreinte à donner des leçons de physique pour compléter sa charge horaire !

Faire respecter les objectifs définis.

« Pour que ça change, les autorités doivent d’abord, se donner les moyens d’appliquer les tâches qu’elles se sont fixées » estime, Lya Luft, pédagogue spécialisée de l’enseignement secondaire. Seuls 33 des 294 objectifs du Plan National de l’Education 2001-2010 ont en effet été réalisés à ce jour reconnaît le Ministère. Le Plan prévoit par exemple que 50% des enfants de 0 à 3 ans devraient pouvoir fréquenter une crèche. Ils ne sont que 18%. Dans l’enseignement supérieur, le PNE a fixé à 30% le nombre de jeunes qui devaient avoir accès à l’université. En 2008, ils n’étaient que 13,7%. Un taux qui s’explique par le bas niveau atteint à la fin de l’école secondaire.

Pour améliorer la qualité du savoir dispensé aux élèves, beaucoup préconisent le bonus à la performance pour les meilleures écoles et les bons professeurs. Cela se fait déjà en Finlande et Barack Obama le propose pour les USA. Dans certaines écoles de Sao Paulo et du Pernambuco, ce principe est appliqué avec succès depuis quelques temps.

Pression citoyenne.

Fernando Veloso, chercheur à l’IBMEC (Institut brésilien du marché des capitaux) pense aussi que pour obliger les politiques à prendre au sérieux l’urgence de la question pédagogique, « la société civile a un rôle fondamental à jouer en faisant pression sur les gestionnaires du système scolaireafin qu’ils rendent des comptes. Cela fonctionne bien en Corée du Sud où les parents s’investissent beaucoup dans la question de la qualité de l’enseignement dispensé à leurs enfants. »

Une telle « pression citoyenne » devrait aussi pousser le gouvernement à ouvrir un peu plus largement les cordons de la bourse afin de rattraper le retard. Le nouveau PNE 2011-2020, prévoit un investissement de 5% du PIB pour l’éducation. Les organes de la société civile consultés lors de l’élaboration du plan voulaient 10%. Actuellement le Brésil met 2 fois moins d’argent que le Mexique, et 3 fois moins que le Chili dans l’enseignement élémentaire.

Les milieux économiques appellent à réaliser un effort massif et urgent dans l’éducation afin de faire face à la concurrence intellectuelle des autres BRIC’s, l’Inde, la Chine et la Russie, qui ont une bonne longueur d’avance sur le Brésil dans ce domaine.

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