Plan de lutte contre le crack ; faveladogame ; la bourse-famille ne résout pas tous les problèmes.

En 5 ans, le nombre des usagers du crack a doublé au Brésil passant de 380’000 à 600’000. Le gouvernement s’en inquiète et lance un plan d’action national pour lutter contre ce fléau. Un combat long et difficile en perspective.

«La dépendance au crack est bien plus forte que celle des autres drogues. Nos connaissances en la matière sont encore balbutiantes au Brésil » observe Luiz Flavio Sapori, sociologue, qui coordonne le Centre d’Etudes sur la sécurité publique de l’Université catholique de Belo Horizonte.

Les services sanitaires qui traitent ces toxico-dépendants sont en effet désarmés. A Sao Paulo 160 agents communautaires procèdent chaque jour à 300 abordages dans la rue pour tenter de convaincre cette population à risque de demander de l’aide. Sans grand succès.

Dans la région de Fortaleza, au Nord-Est, ce sont les communautés indigènes qui succombent au crack. La drogue se répand à grande vitesse dans les 17 villages de l’ethnie des Tapeba, provoquant une onde de violence inconnue jusqu’alors. Josemir Rodrigues, indien lui-même, est agent de santé depuis 7 ans à Ponte de Tapeba, il a jeté l’éponge, par peur des agressions dont il pourraitmêtre victime, Il envisage de déménager.

La campagne que lance le gouvernement va coûter 410 millions de R$. Elle devrait aider à sensibiliser les consommateurs sur les dangers du crack et former les professionnels de la santé à mieux pouvoir faire face à ses ravages.

Faveladogame, à vous de jouer

Pour savoir e que ça fait de vivre comme un « favelado », précipitez-vous sur faveladogame , un jeu en ligne qui reproduit des situations de la vie quotidienne dans les quartiers déshérités de Rio de Janeiro. En cours de route, vous vous saoulerez, vous risquez de commettre un crime ou de devenir le caïd d’un gang de rue. « Faveladogame » est en fait un dérivé de « Mendigogame », développé il y a 3 ans par deux jeunes allemands sur un scénario d’embûches dont sont victimes les clochards et autres SDF des grandes villes. La version originale de « Mendigogame » a pour cadre Hambourg.

Plus de 3 millions d’internautes sont devenus des adeptes inconditionnels de ce jeu en ligne qui a vite accouché de variantes pour Paris, Londres, Varsovie, Madrid, et Istanbul. C’est maintenant le tour de Rio de Janeiro. Les créateurs se défendent cependant de vouloir renforcer les stéréotypes sur la violence et la pauvreté des favelas car, affirment-ils, « le jeu ne reflète pas la réalité, il est plein de clins d’œil satiriques et humoristiques. »

Un humour que ne partage pas Pedro Strozenberg, responsable du Centre communautaire de médiation de Chapeu Mangeira et Babilonia, deux favelas de la zone sud de Rio de Janeiro. « Ici les préjugés et les stigmates sur les favelas sont immenses. Il faut prendre beaucoup de distance pour s’en détacher et regarder ce jeu pour ce qu’il est : une fiction. » Une distance qui manque à une bonne partie des internautes brésiliens estime Pedro Stotzenberg.

La bourse-famille ne résout pas tous les problèmes.

Plus personne ne conteste le succès de la « bourse-famille » implantée par le Président Lula en 2003. Combinée à la croissance économique, elle a permis à quelques 30 millions de brésiliens d’échapper à la pauvreté absolue et est devenue un programme de référence mondial pour l’ONU.

Portant, certaines poches de misère résistent. Selon les derniers chiffres du Ministère du Développement Social, 7,5 millions de familles vivent encore avec moins de 60 R$ par mois au Brésil, c’est à dire avec un revenu inférieur au seuil de 70R$ qui définit la limite de la pauvreté absolue. Parmi elles, 2 millions survivent dans un état d’extrême misère.

La Ministre du Développement Social Marcia Lopes précise que les subsides de la bourse-famille vont actuellement à 49 millions de foyers dont le profil type est celui d’une mère célibataire de 37 ans avec 4 enfants à charge. 12 millions de bourses supplémentaires devraient être octroyées à fin juin, puis 12 autres millions en décembre.

Outre les pauvres parmi les pauvres, les personnes sans domicile fixe pourront aussi recevoir désormais une bourse-famille, dans les même conditions que les autres, à savoir en prouvant qu’ils envoient leurs enfants à l’école et suivent le programme de vaccination infantile obligatoire.

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