La fiscalité « mange » aujourd’hui 36,5% du PIB, contre 26,5 en  1995. Une augmentation fulgurante qui fait des impôts brésiliens les plus lourds du continent, devant l’Argentine (30,6%) et Cuba (25,2%). Selon la CEPAL, la Commission Economique des Nations Uni e pour l’Amérique latine, la moyenne régionale de la fiscalité est à 18,7%, quasiment la moitié du taux de taxation brésilien.

Dans un récent élan d’emportement, le Président Lula a vivement défendu la politique fiscale du Brésil, affirmant « qu’un pays qui se vente de ne prélever que 10% d’impôts n’a pas d’Etat et ne peut pas mener des politiques sociales.» 10 à 15% d’impôt, c’est pourtant ce que prélèvent en moyenne les « tigres asiatiques », qui «libèrent ainsi des ressources pour la consommation et l’épargne », releva la Fecomeercio, la Fédération du Commerce de Sao Paulo.

L’injustice des impôts indirects.

Pire, la politique fiscale brésilienne pénalise d’abord, les plus pauvres, à cause des taxes qui grèvent les produits et les services. Ainsi, la part que l’Etat prélève est de 53% sur la plaque de beurre, de 19% sur le kilo de riz ! « Le résultat, note Alberto Carlos Almeida, chercheur en sciences sociales, c’est que celui qui gagne moins de deux salaires minimaux paye 54% d’impôts et celui qui reçoit plus de 30 salaires minimaux 29% ».

Le temps de travail nécessaire pour payer ses impôts est ainsi de 147 jours en moyenne, mais de 197 jours pour les plus pauvres. « Les gens ne s’en rendent pas compte parce que la perception de l’impôt n’est pas transparente », se désole Joao Olenike, président de l’Institut Brésilien de Planification Fiscale, l’IBTP. Pour rendre les choses plus claires, il préconise d’adopter la méthode américaine où les prix sont affichés en magasins sans taxes, laquelle se rajoute à la facture lorsqu’on passe à la caisse.

Les prix brésiliens parmi les plus chers du monde.

Les conséquences des lourdes taxes indirectes se reflètent sur le prix final des produits. Une enquête de la revue Epoca révèle qu’en comparaison avec 12 autres pays, dont l’Allemagne, la France, la Chine, l’Afrique du Sud, les Etats Unis, l’Argentine et le Mexique, les prix de l’électro-ménager, des ordinateurs portables, des montres, lunettes et vêtements de marque sont les plus élevés du monde au Brésil, soit un tiers plus cher que la moyenne des pays pris en compte.

Pour ce qui est des téléphones portables, de l’essence, des médicaments et du fast food, les prix brésiliens se classent en seconde position mondiale. Seuls les livres, les cigarettes et, curieusement le parfum Chanel n°5 sont meilleur marché qu’ailleurs ! De janvier à avril 2010, le fisc brésilien a récolté 500 milliards de R$ (320 milliards de CHF / 220 milliards d’€), plus que durant toute l’année 2009.

C’est surtout la classe moyenne qui souffre.

Cette politique fiscale pénalise particulièrement la classe moyenne, pas tellement du fait de la quantité d’impôts prélevés sur leurs revenus, mais à cause da la faible performance des services de l’Etat. « Nous payons des impôts européens pour des services africains » notait il y a quelques temps un chroniqueur économique du journal « Estado de Sao Paulo ».

Il se référait notamment à la mauvaise qualité de l’enseignement et de la santé publique. La classe moyenne, un peu mieux nantie que le reste de la population recours à l’assurance maladie individuelle et aux écoles privées pour compenser ces déficiences. « Elle paye donc deux fois, note Carlos Alberto Sardenberg éditorialiste à la Télévision Globo, une fois à l’Etat à travers l’impôt et une autre fois directement aux prestataires de ces services privés. »

« Une réforme da la fiscalité est urgente pour réduire les impôts indirects et améliorer les performances de la machine publique » conclut Rogerio Werneck. Aucun gouvernement n’a encore osé s’y lancer véritablement, par crainte de fâcher ses bases politiques qui dépendent des fonds recueillis à travers les impôts pour entretenir leur popularité dans leurs fiefs locaux à coup de dépenses parfois pharaoniques…

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