Il sera inauguré en septembre, 120’000 habitants du nord de la ville de Rio de Janeiro pourront alors se déplacer en survolant en télécabine la favela qu’ils habitent. Comme sur une piste de ski ! Un projet parmi d’autres qui révèle une nouvelle approche des autorités de Rio de Janeiro dans la ré urbanisation de ces quartiers déshérités.

« Le vrai défi c’est la maintenance, lance Benjamin Dunesme. Dans une station de montagne, on arrête l’installation hors saison pour la contrôler. Ici, elle va fonctionner toute l’année sans arrêt. L’entretien est beaucoup plus compliqué ! » Natif de Sallanches en Haute-Savoie, Benjamin Dunesme sillonne l’Amérique du Sud de puis plusieurs années pour le compte de l’entreprise grenobloise Poma, spécialiste des remontées mécaniques dans les Alpes.

« Le télécabine urbain, c’est l’avenir, poursuit Benjamin Dunesme. Dans les stations de ski, on approche de la saturation, alors qu’en ville, c’est plus facile et moins cher à construire qu’un métro. Surtout dans des pays neufs comme ici». Son premier projet, il l’a conçu à Medellin en 2004. Depuis, deux autres télécabines se sont ajoutés dans les quartiers populaires de la ville colombienne. Et bientôt, les 3,2km de l’installation du complexe de l’Allemand dans la zone nord de Rio de Janeiro complétera le tableau : 152 cabines de 10 places qui transporteront 3’000 personnes à l’heure.

Le retour de l’Etat

Avant le début des travaux

Avant le début des travaux, une place de jeux

Cela fait partie d’un projet plus vaste de récupération de cette immense région de bidonvilles, traditionnellement marquée par les violents affrontements qui opposent dans ses venelles, police et trafiquants de drogue, les vrais maîtres des lieux. « Jusqu’à l’an dernier, c’étaient des zones de non droit, explique Ruth  Jurberg, responsable des services sociaux de l’Etat de Rio. Les pouvoirs publics étaient absents, laissant le champ libre aux organisations criminelles. »

1700 familles délogées

Depuis, les travaux du téléphérique et ce qui va avec ont changé la donne. Il a fallu déloger 1’700 familles pour enraciner les 4 gares intermédiaires au milieu des habitations. Des gares qui serviront aussi de centres sociaux, avec bibliothèque, dispensaire médical et atelier de formation professionnelle. « Nous avons procédé au relogement de 10’000 personnes sans le moindre conflit » se réjouit Icaro Moreno, président de l’EMOP ; l’entreprise de Travaux Publiques de l’Etat de Rio de Janeiro. Un résultat possible grâce à un long travail d’approche social pour convaincre la population.

Des riverains convaincus

Après les travaux, une gade de la téléabine

D’abord sceptiques, les habitants semblent maintenant convaincus : « ça va résoudre le problème de beaucoup de gens, prévoit Daniele Mesquita, qui vit tout au bout de la ligne. Mais ça ne va pas suffire, la demande est très grande ». La télécabine risque en effet d’être vite saturée. Il faudra donc encore recourir partiellement aux motos taxi et aux mini vans qui embouteillent les ruelles de la favela pour se déplacer. Mais le plus important est peut-être ailleurs. « Grâce à la visibilité des travaux, les gens réalisent que l’Etat agit. Ils ne se sentent plus abandonnés par les pouvoirs publics et ils commencent à se prendre en charge par eux-mêmes.» conclut Icaro Moreno.

D’autant que le souci des autorités, a été d’associer la population tout au long du projet. Ainsi, une soixantaine de jeunes du quartier vont être formés comme employés de l’installation, pour faire monter et descendre les passagers des cabines et intervenir en cas d’urgence.

Nouvelle approche des favelas.

Le téléphérique de l’Allemand n’est pas un projet isolé. Il s’inscrit dans une initiative du gouvernement fédéral brésilien et des autorités de l’Etat de Rio de Janeiro pour récupérer les favelas, abandonnées à leur sort depuis près de 30 ans. 2 autres grands complexes d’habitation précaire, la Rocinha et Manguinhos connaissent des investissements du même ordre pour assainir et urbaniser les lieux.

Dans d’autres favelas, plus petites, c’est une présence policière quotidienne qui a été mise en place, avec l’implantation d’unité de police de proximité, suivie de la réactivation des services sociaux de base (écoles, dispensaires de santé, centres communautaires…) « C’est une approche complémentaire, explique Ruth Jurberg. La présence de la police permet d’étouffer la domination des trafiquants et la population recommence à vivre normalement. A partir de là, on  peut lancer des projets de ré urbanisation ».

Economiquement, on en voit déjà le résultat: la valeur de revente des appartements, près des favelas où l’Etat s’est à nouveau fait présent a augmenté de 25 à 30%! Sergio Cabral, le Gouverneur de l’Etat de Rio espère étendre cette politique aux 1,3 millions d’habitants des 1’020 favelas recensées dans l’agglomération d’ici les J.O de 2016. S’il est réélu pour 4 ans en octobre prochain !

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