Le rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, le belge Olivier de Schutter, qui a succédé au polémique professeur suisse Jean Ziegler vient de rendre son premier rapport sur le Brésil : « un pays à deux faces qui a fait de notables progrès dans la lutte contre la faim au sein de profondes inégalités sociales ».

Olivier de Schutter relève que malgré de notables progrès, « des lacunes persistent en ce qui concerne le droit à l’alimentation ». Une claire allusion aux déficiences de la politique de la réforme agraire. Le rapporteur spécial de l’ONU est venu Brésil en octobre dernier. Ses conclusions sont plus nuancées que celle de son prédécesseur Jean Ziegler lequel avait traité les autorités brésiliennes « d’assassines » parce que : «  alors qu’il n’a pas atteint l’autosuffisance alimentaire, au lieu de développer des cultures vivrières, le Brésil transforme la forêt amazonienne en culture de soja qui sera utilisé à nourrir les poulets européens. »

Olivier de Schutter, lui, préconise pour éliminer la faim au Brésil, « la consolidation de politiques sociales visant une plus grande égalité dans la distribution de terre, l’appui continu à l’agriculture familiale et une réforme fiscale progressiste. » Le même argumentaire, en langage plus diplomatique !

Bourse famille insuffisante.

Il salue au passage la politique d’assistance de la « bourse famille » du Président Lula et propose que d’autres pays s’en inspire, mais souligne que cette mesure ne résout pas les a déséquilibres structurels de la campagne : « le Brésil a parié sur un modèle exportateur. Il a mis l’accent sur l’extension des cultures de soja et de canne à sucre pour l’éthanol. Il faudra évaluer vraiment les effets redistributifs de cette politique ».

Des effets insuffisants, estime Olivier de Schutter. Malgré les efforts du gouvernement pour promouvoir l’agriculture familiale, le secteur d’exportation jouit toujours d’un appui public disproportionné : 47’000 grandes propriétés, représentant 1% des exploitations, occupent 43% de la surface agricole et ont la priorité pour ce qui est du financement fédéral. « L’agriculture familiale, qui contribue pour 38% à la production totale et crée des milliers d’emplois, a été négligée pendant des décennies. »

Chercher d’autres voies ?

Reste une grande interrogation : une politique volontariste de promotion de l’agriculture vivrière est-elle encore possible face au rouleau compresseur de l’agro-industrie qui balaye le pays ? Beaucoup en doutent et pensent que non et qu’il faut chercher d’autres pistes pour sortir les exploitations familiales de leur misère.

Le développement de niches de production comme les cultures biologiques, qui font de plus en plus de succès auprès des consommateurs brésiliens pourrait représenter une alternative. Nombre de petits maraîchers s’y sont déjà convertis avec succès, dans les montagnes qui dominent Rio de Janeiro par exemple. Mais pour généraliser ce genre d’expérience, il faut investir dans l’éducation et l’encadrement technique et ouvrir les cordons de la bourse.

Tout un programme… Pas encore vraiment prioritaire dans les couloirs du Ministère de l’Agriculture. C’est pourtant le seul peut-être, capable de sortir le Brésil de ce stérile et meurtrier affrontement entre grande et petite agriculture.

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