Le Président Lula l’avait promis, il allait dépoussiérer les droits de l’homme au Brésil. Un vaste Programme National des Droits de l’Homme a donc été élaboré, qui vient d’être mis en consultation. Les sujets qui crispent, ce sont la création d’une « Commission pour la Vérité », chargée d’enquêter sur les crimes commis durant la dictature militaire et la liberté de l’avortement.

Elle remet en effet en question l’amnistie décrétée en 1979 pour les militaires. A sa tête siège Paulo Vanucci, Secrétaire Spécial aux droits de l’homme, un personnage particulièrement détesté des généraux. C’est un ancien guérillero qui a participé au séquestre de l’ambassadeur américain Charles Elbrick en 1969.

« Commission des calomnies »

Responsable du personnel de l’Armée de terre, le général Santa Rosa vient de mettre de l’huile sur le feu en qualifiant cet organisme de  « commission des calomnies, formée de fanatiques ». Il a immédiatement été démissionné, mais le Président Lula, qui est aussi chef des armées, a promis de faire retirer du texte les allusions à la « répression politique » et à « la recherche des faits sur les violations ». Le mandat de la Commission de Vérité se limitera désormais à « examiner les violations des droits de l’hommes qui se sont produites durant la dictature».

Second front d’opposition au Programme National des Droits de l’Homme, l’Eglise. 66 évêques, dont l’archevêque émérite de Rio de Janeiro, Dom Eugenio Salles ont signé une pétition demandant de retirer du texte de loi la décriminalisation de l’avortement, le mariage entre personnes du même sexe et l’interdiction du crucifix dans les écoles, « des propositions qui banalisent la vie quotidienne et risquent de raviver des conflits qui ont été résolus » souligne le manifeste des évêques.

Non à la décriminalisation de l’avortement

Promesse leur a été faite qu’on allait renoncer à la décriminalisation de l’avortement, mais pas au reste ! Au Sénat, l’opposition, encouragée par le lobby des propriétaires terriens qui ne veut pas entendre parler du nouveau droit de la terre, a obtenu la réalisation d’une session spéciale qui devrait se tenir avant fin avril, date à laquelle la campagne électorale pour les présidentielles d’octobre va réellement démarrer.

« Une bonne chose », commente Luis Fernando Verissimo, écrivain et analyste, « quand un Etat se permet de discuter ouvertement d‘objets comme ceux-ci, cela signifie que les grands problèmes ont été réglés et que la démocratie avance ». On saura sans doute avant l’été ce qu’il en sera de la nouvelle philosophie des droits de l’homme au Brésil pour le XXI° siècle.

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