« Rien de ce que n’a entrepris Lula n’aurait été possible sans les réformes que j’ai faites » ; « FHC a laissé un héritage désastreux que j’ai dû redresser » Entre les deux derniers Présidents  brésiliens, Lula, 8 ans de mandat, encore en poste jusqu’en décembre et son prédécesseur Fernando Henrique Cardoso (FHC), 1994 à 2002, Les escarmouches sont desormais quotidiennes.

Ce sont les prémisses de la campagne électorale d’octobre, censée pourtant démarrer seulement après avril. L’occasion de faire le point sur les ressemblances et les différences entre Lula et FHC. Il y a d’abord, ce qui réunit ces deux gouvernements : une stabilité économique et monétaire qui ont favorisé le décollage du pays ces 16 dernières années, la réduction aussi du poids de la dette, inférieure aujourd’hui aux réserves en devises du Brésil. Mais des points négatifs aussi : excès commun de bureaucratie, impôts élevés, croissance mal contrôlée des dépenses publiques, lutte molle contre la corruption.

Le social et la réforme agraire.

C’est sur le bilan social que porte aujourd’hui l’essentiel du débat. En pratique, un presque match nul, avec un très léger avantage pour le gouvernement Lula : il a fondé la « Bourse Famille », qui a subventionné 7 millions de familles depuis 2002, mais elle trouve son origine dans les programmes d’aide sociale créés par FHC, la bourse-école, la bourse-alimentation et la bourse-gaz, lesquels ont touché 5 millions de foyers entre 1994 et 2002.

A la campagne aussi, les chiffres de la réforme agraire sont comparables : 540’000 familles ont reçu de la terre durant le mandat de FHC, 574’000 durant celui de Lula. Globalement pourtant, le gouvernement Lula est tout de même considéré comme plus social : 12 millions de foyers ont reçu l’aide des différents programmes sociaux, contre 5 millions durant l’ère FHC.

Le service public et la charge fiscale.

Lula et son équipe ont par contre été nettement plus gourmands en ce qui concerne les dépenses de l’Etat : 100 milliards de R$ supplémentaires pour les fonctionnaires entre 2003 et 2009, 38 milliards d’augmentation seulement, octroyés par FHC entre 1995 et 2002.

Curieusement, enfin, alors que la gestion de Fernando Henrique Cardoso prônait l’austérité budgétaire et celle de Lula le renforcement de l’assistance, la charge fiscale a moins augmenté avec Lula qu’avec FHC : +4 points entre 1994 et 2002, +2,4 points seulement de 2002 à 2009. C’est sans doute une des raisons qui explique la popularité de Lula en fin de parcours (75% d’opinions favorables), alors que FHC a terminé son mandat avec un indice de rejet très élevé.

30 ans de lulisme ?

Mais ce n’est pas la seule raison. « En combinant un projet de redistribution de la richesse et de maintien de l’ordre social, la période Lula a profondément transformé la géographie de l’électorat brésilien  » affirme André Singer, politologue, ancien porte-parole du Président en exercice, cité par la revue Epoca.  Pour ce chercheur en Sciences sociales, le « lulisme », à l’instar de la mutation du Parti Démocrate aux Etats-Unis après Roosevelt, peut se transformer en une force politique dominante pour les 30 prochaines années.

« La grande différence entre le scrutin de 2002 et celui du second mandat en 2006, c’est que Lula a perdu l’appui de la classe moyenne traditionnelle, qui forme la base de son parti, le PT, au profit des électeurs à faibles revenus, qui lui étaient hostiles auparavant, tout en gardant la confiance du monde économique ».

Cette combinaison entre un électorat urbain déshérité, une population rurale pauvre et un appui du patronat moderne change la donne. Elle marginalise la classe moyenne qui incarne le baromètre traditionnel de l’électorat au Brésil. « Cela explique la stratégie des alliances politiques, parfois mal comprises, menées par Lula lors de son second mandat, poursuit André Singer. Il y a une réorganisation effective de la base gouvernementale, au sein de laquelle ni le Parti des Travailleurs majoritaire, ni les formations de l’opposition, ne sont plus leaders ».

Risque de populisme à la Chavez ?

Un grand mouvement d’opinion présidentialiste qui transcende les forces politiques traditionnelles, cela ne mène-t-il pas tout droit au populisme autoritaire que connaissent le Vénézuela et, dans une moindre mesure, la Bolivie et l’Equateur ? Ce serait un grand risque pour la démocratie brésilienne ! « Je ne crois pas estime André Singer. Même si Dilma Rousseff, la candidate désignée à la succession fait montre de tendances plus centralisatrices et autoritaires que son mentor, le fait que Lula ait définitivement rejeté l’idée d’un troisième mandat donne de sérieuses garanties dans ce domaine ».

Et d’ironiser en forme de conclusion : «  l’opposition va même être obligée de trouver une formule magique pour se rapprocher des électeurs de faibles revenus et tentar de les convaincre que son candidat incarne une meilleure forme de continuité du lulisme que la prétendante officielle du régime ! »

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