Violence et favelas, 2 regards contradictoires :

Une nouvelle série de confrontation entre trafiquants et policiers, dans le nord de la ville de Rio de Janeiro ont attiré le regard des journalistes étrangers en octobre dernier : les combats sporadiques ont duré plusieurs semaines et 33 personnes ont perdu la vie. Le quotidien espagnol El Pais publie alors un article provocateur : « journaliste, arrête de trembler si on l’avait voulu tu serais déjà mort ». A l’opposé, mi-janvier, Arte diffuse un remarquable documentaire sur la vie quotidienne des trafiquants et des policiers dans cette même zone : « Le pasteur, le dealer et le flic ». Deux regards contrastés mais pertinents sur cette violence qui mine la « Ville merveilleuse».

Plongée dans une favela en pleine ébullition, à la remorque d’un journaliste espagnol qui s’y a est rendu tout seul. Une initiative quelque peu inconsciente qui a failli mal tourner…

« Dans la favela du Morro dos Macacos, l’offensive de la semaine dernière contre les narcotrafiquants s’est soldée par 33 morts. La misère qui transpire n’a pas l’air différente d’avant, mais les gens marchent plus vite  et tentent de s’exposer le moins possible dans la rue, par crainte de nouveaux tirs. C’est le visage le plus sombre et le plus angoissant de Rio de Janeiro. Il n’y a qu’une patrouille militaire. Les 3 policiers qui la composent paraissent tranquilles. Je me fais connaître comme journaliste.  « Y a-t-il d’autre patrouille à l’intérieur de la favela ? – je ne peux pas vous dire ».

Je décide d’avance vers le bas de la colline pour interroger quelques commerçants. La petite place sur laquelle je débouche est presque déserte, les rideaux des devantures sont baissés. Très vite, un individu de 40-50 ans s’approche. Il est torse nu, son crâne est rasé. Puis arrivent 3 autres personnes qui braquent sur moi des pistolets automatiques et des fusils d’assauts. Je reconnais une mitraillette UZI. Ma première réaction est de m’agenouiller et de lever les bras. J’ai peur, je sais que j’ai devant moi le chef de l’endroit.

L’homme le plus âgé me relève sans ménagement. Tous crient en même temps. Ils sont très jeunes. J’ai un pistolet de gros calibre appuyé contre la poitrine. « Maintenant tu vas nous dire qui tu es ». Je sors ma carte de presse. « Si tu es un de ces journalistes qui publient des reportages contre nous, tu peux te préparer ». Sueur froide. Le chef dit alors : « Journaliste, arrête de trembler, si on l’avait voulu, tu serais déjà mort ». Les premières paroles un peu tranquillisantes. « Cours vers la sortie, sans te retourner, sinon on te tue. » J’obéis et je détale. Il est 14h40. A la sortie de la favela, je retrouve les policiers. « Ils m’ont retenu pendant 10 minutes, ils m’ont presque tué !

– Ils avaient beaucoup d’armes ?

– Oui, beaucoup. »

Les policiers ne réagissent pas.

Plus tard, l’aube se lève. Je regarde une photo publiée par l’édition digitale d’un journal local. On y voit un homme mort, abandonné dans un chariot de supermarché, à l’entrée de la favela du Morro dos Macacos. Atteint au visage, il est complètement défiguré. Des témoins contemplent la scène et prennent des photos. Parmi eux, un de ceux qui m’ont menacé. L’assassinat a eu lieu quelques minutes après que j’aie quitté la favela. » Francho Baron, El Pais.

Autre regard sur le même sujet.

Le documentaire de Jon Blair diffusé sur Arte mi-janvier 2010. Une plongée de 90 minutes dans le quotidien de policiers, de trafiquants et d’un pasteur évangélique qui tente, seul, de ramener la paix. Un film exceptionnel par sa dimension de proximité et son abordage humain, sans sensationnalisme. Référence, sur le site d’Arte :

http://www.arte.tv/fr/semaine/244,broadcastingNum=1076808,day=5,week=3,year=2010.html

A noter encore, le rapport 2009 de l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch (HRW),

cité par l’Express, qui dénonce la police brésilienne à Rio de Janeiro et Sao Paulo « elle commet « régulièrement » des « exécutions », alimentant la spirale de violence dans ces deux mégapoles brésiliennes. Une étude médico-légale sur 51 morts suspectes attribuées à la police a montré qu’au moins 33 des personnes avaient été victimes d’un usage injustifié de la force, » dit l’organisation dans un rapport de 122 pages présenté début décembre à Rio. Dix-sept cas « montrent que la police a tiré sur ses victimes à bout portant, alors que l’inquiétude grandit à l’étranger face aux flambées de violence avant l’organisation des Jeux olympiques de 2016 à Rio. »

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