Notre collaboratrice Lisa Elkaim écrit elle aussi parfois pour des journaux francophones. C’est ainsi qu’elle a publié  dans « Le Petit Journal » un quotidien sur internet destinés aux expatriés français, un dossier sur l’avenir de l’oenologie au Brésil. Vision Brésil vous propose de le découvrir.

Le vin brésilien n’a pas bonne presse, surtout comparé à ses voisins chilien et argentin… et pourtant ! Cela fait maintenant 200 ans qu’Auguste de Saint-Hilaire a contribué à la culture du vin au Brésil. Depuis il ne cesse de se raffiner et gagne sa place sur le marché international.

C´est lors d’une de ses excursions dans les Minas Gerais qu´Auguste de Saint-Hilaire (1779-1853), botaniste français, s´est aperçu d´une particularité dans la cueillette des raisins de cette région. En effet, les cultivateurs produisaient leur vin durant la période de sécheresse (en hiver) alors que selon lui à cette époque, il ne pouvait servir qu´à faire du vinaigre. Les saisons étant inversées, la solution se trouvait donc là ! C’est ainsi qu’il établit une cartographie des régions viticoles et transmit ce savoir-faire aux autres contrées.

Aujourd’hui au Brésil, neuf régions produisent du vin, mais toutes ne réunissent pas les meilleures conditions pour produire de grands crus. Récemment encore, le bon vin n´était produit que dans le Rio Grande do Sul, mais à partir des années 80, une nouvelle frontière s´est ouverte dans le Vale do São Francisco, où le climat, les technologies de culture et d´irrigation ont permis plus d´une récolte par an. Depuis, cette situation se répète à São Joaquim, dans la région du Planalto Catarinense, qui est maintenant un nouveau terroir pour la production d´une boisson de meilleure qualité. À Três Corações (MG), pour cueillir des raisins en hiver, les viticulteurs ont dû inverser le cycle de la plante, modifier la taille des vignes en raison des périodes de pluies et de la température. Selon le chercheur du Núcleo Tecnológico de Uva e Vinho de Epamig, Murillo Albuquerque Regina, les conditions climatiques du sud de l´État de Minas Gerais sont très proches de celles que l´on trouve dans les meilleures régions productrices de vins au monde. Ainsi, les viticulteurs ont pu transformer une zone traditionnelle de plantation de café en une région délimitée par un vin de garde.

Conquérir le marché : un défi aux couleurs brésiliennes

Pour se faire sa part de marché, même au niveau national, il faut d´abord connaître la cartographie climatique puis investir en technologies et formation. Un programme du gouvernement a même été implanté pour stimuler les viticulteurs de la région, suivant l´exemple du sud des Minas Gerais. Ces trois activités mûrissent peu à peu, surtout à São Roque, une petite ville de l´État de São Paulo qui s´y est mise la première ! L´image du vin paulista est désormais associée à cette région montagneuse, à quelques kilomètres de la capitale. Même s´ils sont considérés d´une qualité inférieure, les vins produits là-bas représentent 85% du marché brésilien !

Au niveau international, une étude du guide Wine and Spirit Record (2006) a indiqué que la consommation de vins au Brésil était de 325 millions de litres par an, soit 1,7 litre par personne. Une moyenne considérée basse si comparée au Chili, où la consommation était de 30 litres par personne. Certes, si l´implantation de technologies est fondamentale pour l´amélioration de la matière première, il faudra aussi faire face à la concurrence de grands producteurs voisins comme le Chili et l´Argentine. Pour inciter les gens à goûter les vins du Brésil, l´entreprise publicitaire Ibravin a lancé une campagne : un tire-bouchon jaune et vert, aux couleurs du Brésil. Transformer l´image des vins brésiliens sur la scène internationale peut prendre du temps, mais pour le Baron Philippe de Rothschild, « faire du vin est la partie la plus facile. Difficiles sont les premiers 200 ans… » Adage noble et sage quand on sait que le vin brésilien a déjà reçu plus de 1700 prix internationaux !

Lisa ELKAIM (www.lepetitjournal.com – São Paulo)

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